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Cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie de coronavirus

« Il n’y aura pas de deuxième vague ! » L’avis d’un scientifique

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Par le professeur Yonathan Freund, médecin urgentiste ♦ « Il n’y aura pas de deuxième vague ! » Voilà le point de vue clair de Yonathan Freund, médecin urgentiste. Un avis solidement argumenté et un ton posé, dénué d’esprit péremptoire. Cela change des médecins de plateaux télé. Voilà pourquoi nous avons choisi de partager aux lecteurs de Polémia l’intégralité du fil Twitter de ce scientifique.
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Pourquoi je pense qu’il n’y aura pas de 2eme vague, ou en tout cas que l’épidémie actuelle est terminée. Je vais essayer de détailler. C’est ma conviction, mais si elle ne vous plait pas rien ne vous oblige à lire ou à commenter on ne débattra pas ici.

« Une bonne partie de la population n’est pas touchée par le virus »

Tout d’abord, je précise que le confinement était INDISPENSABLE. Sans cette décision, les hôpitaux auraient été submergés, mais vraiment, et il y aurait eu une sacrée surmortalité. Le confinement a limité l’ampleur de l’épidémie, mais peut-être pas sa durée.

Premier indice, le 93 et d’autres régions à forte densité de population, où le confinement n’est pas possible ou en tout cas pas autant qu’ailleurs. Très vite, dans ces lieux, plus de circulation de virus et quasiment plus d’infection aiguë symptomatique.

De la même manière, à quelques exceptions près (on ne peut pas tout comparer) les courbes semblent grosso modo similaires là où il y a eu confinement et là où il n’y a pas eu (cf. les états américains !)

Là où j’ai été très étonné, c’est sur le modèle qu’a constitué notre service d’urgences. Les 2 premières semaines de “la vague”, il y a eu près de 20% des médecins (sénior ou internes) touchés. Tous les 3j un nouveau. Et ce alors que nous prenions des précautions énormes.

Au bout d’un moment, on s’est relâché, comme tout le monde. On est humain. Entre nous, et avec les malades. Un peu moins de précaution. Il n’y a plus eu un seul infecté. Donc 80% du service n’a pas été touché malgré une certaine exposition

Tous les tests sérologiques de ces “non infectés” étaient négatifs, donc il ne s’agissait pas d’infection asymptomatique. Ou en tout cas pas celle qui fait de l’anticorps qu’on retrouve.

Très vite, nous sommes nombreux à réaliser qu’une bonne partie de la population ne semble pas pouvoir être touchée par le virus. On ne voit pas trop pourquoi, mais c’est comme ça.

La confirmation est venu récemment de 2 belles études dans Cell et Nature (c’est autre chose que la revue de Raoult excusez…) et il doit y en avoir plein d’autres : il y aurait une immunité croisées avec d’autres virus.

Il y aurait donc une bonne proportion de la population que le virus ne peut toucher. Par ailleurs, les sérologies ont de nombreux faux négatif. On peut donc dire qu’il y a beaucoup plus de 5 % de patients avec des anticorps. Ajoutons à ça tous les asymptomatiques…

Il y aurait donc, parmi ceux qui peuvent être touchés (40% de la pop ?), une bonne partie de gens déjà immunisés (20% 50% j’en sais rien). Au total, le virus circulera difficilement.

« Cette épidémie est terminée chez nous »

D’une manière générale, ce qu’a fait @raoult_didier à la science est impardonnable. Impardonnable. Mais ce n’est pas le sujet ici. Il a eu raison de dire qu’une épidémie c’est en cloche. On me sort “oui mais la grippe espagnole” bon les données de 1918 sont pas dingues dingue.

Le confinement était vraiment limite sur la fin à Paris, et dans certains quartiers en particulier (dont chez moi). Pourtant, 3-4 semaines après ces relâchements, zéro cas. ZERO cas (allez, 1-2 par semaine) de nouveaux cas diagnostiqués dans notre hôpital. Constant partagé ailleurs

Que le virus mute et revienne cet hiver, pourquoi pas! mais c’est une éventualité de chaque année. Chaque année la grippe ou le coronavirus peut muter en un truc méchant, +/- contagieux +/- mortelle.

Mais cette épidémie est terminée chez nous. Peu importe les clusters par ci par là, et peu importe tel autre système qui a d’autres résultats. Le confinement a sauvé des vies. Maintenant, il s’agit d’arrêter d’avoir peur.

Enfin, si vous pensez “c’est un fou dangereux, jamais on ne peut faire confiance à une impression”, et bien ouvrons les vannes monitorons tout de près, et si ca repart on le verra très vite, et on pourra prendre des mesures.

Je ne répondrai bien sûr à aucune insulte, j’aurai du mal à débattre sur chaque critique, chaque contre-argument. C’est ma conviction, et si ça ne vous intéresse pas je m’excuse et espère que vous n’avez pas tout lu. Bien à vous tous.

Yonathan Freund
23/05/2020

Source : Fil Twitter

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