Accueil | Société | Dominique Venner : la force de l’effet produit

Dominique Venner : la force de l’effet produit

Dominique Venner : la force de l’effet produit

par | 22 mai 2013 | Société

La mort de Dominique Venner, ce 21 mai, donne déjà lieu à de nombreux hommages mérités. Compagnons d’armes ou de plume, ses vieux camarades servent sa mémoire, racontent sa geste et témoignent de l’homme qu’il fut.


Parce que la différence d’âge a fait de nous des camarades de ses enfants plus que de lui-même, nous pensons que le meilleur hommage à lui rendre est de saluer le choix, rayonnant d’intelligence et de puissance, de son sacrifice.

Dominique Venner croyait à l’Histoire. Il savait que celle-ci se forge autour de longues et patientes évolutions, mais plus souvent encore par l’irruption de l’imprévu, de l’inattendu, de l’événement qui embrase tout, précipite les choses – au sens chimique – pour assurer le basculement d’un monde ancien vers un nouvel ordre à bâtir.

La seconde passion de Dominique Venner, c’était la patiente recherche du meilleur effet produit. Sans illusion sur la dureté des temps, il a, toute sa vie durant, après avoir connu l’ivresse des combats, militaires puis militants, cherché à peser et être utile au meilleur endroit, au meilleur moment, avec les meilleures armes politiques, intellectuelles, esthétiques ou morales.

Le choix de sa mort est, à ce titre, troublant de pertinence. Elle lui ressemble totalement.

Dominique Venner

Dominique Venner

Il a choisi un acte pur, romain, sans peur ni faiblesse. Quelles que soient les analyses médiatiques qui seront faites, la nudité et la pureté de son acte ne pourront être salis et, dans notre inconscient engourdi de Vieux Européens, cette mort volontaire nous saisit plus fortement que nous le pensons nous-mêmes. Elle nous rappelle le sens du tragique, à tous ces moments de l’histoire où nos ancêtres ont eu leur propre vie entre leurs mains, bien loin des douceurs émollientes de notre époque d’enfants gâtés.

Il a choisi un lieu d’une puissance évocatrice exceptionnelle. Un lieu symbolique de la Chrétienté, si fortement malmenée depuis longtemps et pourtant si puissamment réveillée, ces derniers temps, par le sursaut de ces centaines de milliers de manifestants qui, partout en France, défendent une certaine conception de la civilisation européenne et chrétienne sans être nécessairement de fervents catholiques. Un lieu laïc aussi, car Notre-Dame est la cathédrale de Paris, capitale de la France, ce qui permet à tous de s’y identifier, quelles que soient leurs options intellectuelles, philosophiques, morales ou religieuses.

Il a choisi un moment opportun. Celui où, dans le sillage des grands cortèges de la Manif pour Tous, de jeunes générations s’éveillent au combat militant et à la défense de leurs valeurs, face au silence des immobiles, au mépris des médias ou aux mensonges de l’Etat. Dominique Venner a vu, lui, que ces jeunes sont un levain, un ferment, l’avant-garde d’une nouvelle génération de Français et d’Européens qui, inconsciemment ou non, tardivement peut-être, ont décidé de ne pas abdiquer le droit de vivre leurs vies d’hommes dans la fidélité à leur identité. Lui, l’observateur des joutes politiques trop souvent stériles, a compris que ces jeunes gens ont besoin de repères, d’illustrations, de symboles. De quelque chose qui parle à leur Etre.

Il a, enfin, choisi l’humilité. Sa renommée et la force de sa plume auraient pu lui faire préférer l’écriture d’un nouveau bréviaire pour jeunes militants, ou d’un livre définitif sur sa vision de l’histoire et de notre devenir. Il a choisi de ne donner qu’un seul signe, qu’un seul exemple. En rappelant que toute cause ne vaut que si le sacrifice ultime fait partie des options, que toute cause n’est véritablement sacrée que si elle engage sa vie même, il a offert aujourd’hui la sienne pour que vivent, demain, dans la fierté retrouvée, de nouvelles générations d’Européens.

En ce sens, nous qui n’avons pas partagé avec Dominique Venner les passions de sa jeunesse, nous qui n’avons pas, pour nous réchauffer de son absence, les souvenirs des combats du passé, nous voulons dire combien nous nous inclinons devant la lumineuse intelligence de sa dernière action, sans doute la plus politique de ses vingt dernières années.

Nous n’avons pas de peine. Nous sommes frappés par la lucidité de son choix et le courage de son acte. Ce qu’il nous reste, c’est la joie de l’avoir suffisamment connu pour comprendre la puissance de cet acte et apprécier la force de l’effet produit. Il nous faudra désormais rester fidèles et être à la hauteur.

 Philippe Christèle et Grégoire Gambier
22/05/2013
© Polemia

 Image : Marcus Curtius. – Jeune Romain qui se dévoua aux dieux infernaux pour sa patrie. Un large gouffre s’étant ouvert au milieu du Forum, et l’oracle ayant déclaré qu’il ne se refermerait que lorsque Rome y aurait jeté ce qu’elle avait de plus précieux, Curtius, déjà célèbre par ses exploits, se précipita tout armé dans l’abîme : le gouffre, dit la légende, se ferma aussitôt (360 av. J.-C.).

Cet article vous a plu ?

Je fais un don

Soutenez Polémia, faites un don ! Chaque don vous ouvre le droit à une déduction fiscale de 66% du montant de votre don, profitez-en ! Pour les dons par chèque ou par virement, cliquez ici.

Je m'abonne

Trois fois par semaine dans votre boîte aux lettres électronique, la Lettre de Polémia.
 

I-Média n°314 – Deux journalistes menacées de mort par des islamistes

Comme chaque semaine, I-Média décrypte l’actualité médiatique en déconstruisant le discours...

Beaucoup de musulmans étrangers vivant en France votent islamiste

Par Paul Tormenen, juriste ♦ La France compte la plus importante communauté musulmane...

Face à l’Iran, les pays sunnites se rapprochent d’Israël grâce à Donald Trump

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère...

Un été meurtrier pour la macronie

Et si l’on donnait la parole aux Français ? (XXXVII) Par Michel Geoffroy, auteur de La...

Peine de mort : pour un vrai débat

Rediffusion Polémia - François Mitterrand a ouvert symboliquement sa présidence en abolissant la...

Rétablir la peine de mort : une rupture nécessaire avec l’idéologie dominante

La peine de mort frappe d’effroi par son caractère implacable et définitif. Son évocation prête...

Au pays de la peine de mort réservée aux victimes innocentes

Rediffusion Polémia - Alors qu'un sondage récent IPSOS/Sopra donne le chiffre de 55% de Français...

Face au chantage aux « valeurs de la république », pourquoi pas la sécession ?

Par Julien Dir, contributeur à Breizh-Info ♦ Julien Dir, chroniqueur et polémiste officiant...

Tensions avec la Turquie : prémices d’une Europe qui se défend ?

Par Jean-David Cattin, directeur national des Identitaires ♦ Les visées impérialistes de la...

Les Oscars gagnés par la fièvre diversitaire et inclusive

Par Jean-Pierre Pélaez, auteur dramatique, pour le site Boulevard Voltaire ♦ Le...