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Covid-19. Un pouvoir empêtré dans la crise sanitaire et économique – La revue de presse de Radio Courtoisie

Covid-19. Un pouvoir empêtré dans la crise sanitaire et économique – La revue de presse de Radio Courtoisie

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Par Michel Leblay et Laurent Artur du Plessis ♦ La revue de presse du Libre journal de Dominique Paoli sur Radio Courtoisie du 13 mars portait évidemment sur l’épidémie de Coronavirus et ses conséquences.


Quatre semaines après l’annonce, le 16 mars 2020, par le Président de la République, Emmanuel Macron, du confinement de la population française pour endiguer l’épidémie du Covid 19, les perspectives pour les prochaines semaines et les prochains mois relèvent de nombre d’inconnus.

La crise sanitaire et son anticipation

Sur le plan sanitaire d’abord, où il apparaît au fil des jours une situation de plus en plus complexe tant au niveau de la connaissance de l’épidémie dans ses différents aspects, notamment son évolution, que du point de vue des traitements possibles. Il en résulte des interrogations croissantes sur la date de déconfinement et surtout sur ses modalités. Si le système hospitalier a jusqu’à maintenant remarquablement réagi à l’épreuve, les autorités se révèlent démunis face à des manques de moyens dus pour certains à des défaillances politiques s’agissant du stockage préalable de matériels sanitaires indispensables tels les masques ou des produits essentiels au fonctionnement des services de réanimation.

Il faut rappeler qu’une loi promulguée le 5 mars 2007 (Loi relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grande ampleur) avait défini un dispositif de prévention face à un risque d’épidémie en créant d’une part, un corps de réserve sanitaire et d’autre part, un établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus). Cet établissement public avait pour mission l’acquisition, la fabrication, l’importation, le stockage, la distribution et l’exportation des produits et services nécessaires à la protection de la population face aux mesures sanitaires graves (voir Le Monde du 30 mars 2020 Coronavirus : « En 2007, la France avait su mettre au point un dispositif de protection très ambitieux contre des pandémies » Tribune de Claude Le Pen).

Le dispositif mis en place s’avérait donc conséquent. Mais, le 16 mai 2013 le ministre de la Santé, Madame Marie Sol Touraine décidait de transférer aux employeurs la responsabilité du stock de masques. Le 1er mai 2016, l’Eprus a été intégrée dans Santé publique France, agence nationale de santé publique, nouvellement créée.

Ce n’était donc pas que la France n’était pas préparée à l’éruption d’une épidémie fort contagieuse et possiblement mortelle pour les personnes médicalement les plus vulnérables, c’est que par la recherche d’économies budgétaires mal appropriées, des autorités politiques avaient renoncé à s’y préparer. L’actuel gouvernement héritait donc d’une situation désastreuse du point de vue de l’emmagasinage d’un matériel indispensable. Ce constat n’exonère pas le gouvernement de sa responsabilité puisque des signes en provenance de Chine au début de cette année 2020 auraient dû inquiéter les professionnels du ministère de la Santé préposés à la veille et aboutir à la prise de mesures d’anticipation.

Il faut reconnaître que parmi les pays Européens et d’autres, la France n’a pas été la seule a être prise de court. En témoigne la situation en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni (plus de 75 000 morts en Europe, dont 80% en Italie, en France et au Royaume-Uni, la France compte près de 14 000 morts, et près de 7 000 personnes nécessitant encore des soins intensifs site Le Monde 12 avril 2020) sans parler outre atlantique des Etats-Unis. L’Allemagne et les pays d’Europe centrale au vu des bilans paraissent à ce jour avoir beaucoup mieux résister à la vague épidémique. Le recul du temps et les études épidémiologiques permettront des appréciations plus précises et des explications approfondies.

Une analyse non sans intérêt sur la relation à la mort dans nos sociétés

Avant d’aborder les conséquences politiques et économiques de l’épidémie, il convient d’en situer le contexte dans le monde présent pour mieux en appréhender les effets sur la psychologie individuelle et collective de la population. Cette psychologie retentit sur les conséquences évoquées.

Si l’histoire a été traversée de manière récurrente par des crises humanitaires, famines et épidémies auxquelles s’ajoutaient les guerres et leurs dévastations, les peuples occidentaux vivaient depuis les années qui suivirent la seconde guerre mondiale dans l’idée que la précarité due à la nature n’appartenait plus qu’au passé. La menace des effets d’un réchauffement climatique, politiquement exploitée et controversée, était dans la pratique bien abstraite.

Le premier élément à retenir est l’extrême médiatisation de l’évènement qui accapare la totalité de l’information et des commentaires diffusés sur les chaînes d’information en continue. Chaque soir est égrené à l’antenne le bilan des cas constatés, du nombre des personnes en soins hospitaliers et des décès. L’action gouvernementale apparaît exclusivement concentrée sur l’épidémie et ce qui en résulte. Il en découle une préoccupation exclusive d’autant plus intense que le confinement, obligé pour endiguer la propagation de l’épidémie, contraint à l’enfermement physique et pour beaucoup à la rupture avec le lien social que constitue le monde du travail. Les sorties autorisées pour les courses de subsistance et pour ceux qui poursuivent leur activité professionnelle sont entourées d’un luxe de précaution.

Sans aucunement restreindre la réalité de la tragédie humaine que représente ces morts quotidiennes qui frappent majoritairement la population la plus âgée, il n’est pas sans intérêt de mentionner la réflexion de Guillaume Cuchet, présentée sur Figarovox, le 10 avril 2020. Cette analyse sur le rapport à la mort dans notre société mérite une attention : Guillaume Cuchet : « Le virus, ou la mort imprévisible que nous avions oubliée ». Sa démonstration s’appuie sur une distinction entre la mortalité ordinaire et la mortalité extraordinaire. S’agissant de la première, il remarque que : la mortalité juvénile a quasiment disparu ; nous avons gagné une vie de plus en termes d’espérance de vie ce qui bouleverse aussi bien la structuration des existences individuelles que l’équilibre des générations dans les familles ; les décès ont tendance à se concentrer au-delà de 65 ans. À telle enseigne que nos contemporains considèrent désormais qu’ils ont une sorte de droit à vivre jusqu’à 80 ans, barre en deçà de laquelle tous les décès leur paraissent plus ou moins prématurés.

La mortalité extraordinaire a subi une transformation profonde puisque les grandes catastrophes naturelles qui ravageaient les populations ont disparu de même que les guerres sanglantes dont la dernière date de la seconde guerre mondiale. A ces causes constatées par l’auteur, il pourrait être ajouté, sans que les proportions soient les mêmes, la réduction drastique en un demi-siècle des morts par accidents de la circulation : 18 000 en 1972, un peu plus de 3 200 en 2019.

Face à ces évolutions des mortalités ordinaire et extraordinaire, Guillaume Cuchet observe : Alors que dans l’ancien monde, le problème majeur était de faire face à l’imprévisibilité de la mort, le nôtre serait plutôt inverse : c’est sa trop grande prévisibilité qui tend à devenir anxiogène.

En soulignant encore le drame que constitue chacune de ces morts, si l’on se place dans une perspective historique, cette remarque de Guillaume Cuchet ne saurait être refoulée : L’écart entre la minceur de l’événement sur le plan démographique (qui ne laissera sans doute pas de traces dans la pyramide des âges) et l’ampleur de ses conséquences, sanitaires, sociales, écologiques, économiques, psychologiques, est frappant.

Cependant, il faut observer que le prix que nos sociétés modernes, occidentales attachent à la vie est peut-être leur plus grande conquête depuis les trois-quarts de siècle qui nous séparent de la seconde guerre mondiale.

Un pouvoir empêtré dans la crise

Si les commentaires et les analyses ne manquent pas, il est fort difficile de prévoir toute la portée politique, économique, sociologique d’un évènement inédit par rapport à ce que sont nos sociétés présentes. S’il y a ceux qui tentent avec réflexion d’entrevoir les voies possibles en soulignant que les moments prochains seront économiquement difficiles, d’autres cherchent dans cet évènement, à travers leurs projections, une confirmation de leur vision du monde. L’expérience apportée par l’histoire montre que beaucoup d’effets attendus sont loin de devenir une réalité.

Au regard de l’extrême médiatisation de l’évènement et de l’angoisse légitime qu’il suscite chez les Français, le pouvoir, déjà pour le moins fragile par rapport au crédit que pouvait lui accorder l’opinion, est de plus en plus mis en cause par l’opinion du fait de ses insuffisances, de ses incohérences, de ses manquements et de ses fautes de communication. S’il a voulu s’abriter dans ses décisions derrière l’avis d’une expertise scientifique instituée en conseil, les divisions exprimées au sein de la communauté médicale et affichées n’ont en fait rendu que plus difficiles l’action du Président de la République et de son gouvernement.

Emblématique en ce domaine est la réaction suscitée par le traitement proposé par le professeur Raoult. La controverse scientifique a tourné en polémique politique amenant le Président de la République a rencontré le professeur dans ses locaux marseillais. Resurgit alors l’affrontement entre le peuple et ses élites bien que l’immunologiste figure dans les premiers rangs de ces dernières. La polémique, dans ses ressorts profonds, a été fort bien analysée par Jérôme Sainte-Marie dans un entretien accordé à Figarovox le 10 avril 2020 : « La construction du professeur Raoult en héros populaire doit beaucoup à ses adversaires ». Il souligne, entre autres : La construction du professeur Raoult en héros populaire doit beaucoup à ses adversaires. Chacun a pu observer, à la télévision ou sur les réseaux sociaux, quelques fameux thuriféraires d’Emmanuel Macron se gausser du médecin marseillais, voire le sommer de se taire. Il se trouve que ces mêmes figures médiatiques s’étaient distinguées à l’hiver 2018 par leur détestation volubile des « gilets jaunes ». Il ajoute : Plusieurs cultures politiques se rejoignent ainsi en une même prise de position. Une culture souverainiste, une culture contestataire et aussi, chose plus inattendue, une culture de droite classique, largement réticente à l’égard du phénomène des « gilets jaunes ». L’émulsion médiatique autour du professeur Raoult a certes réveillé les clivages de cette crise sociale majeure, mais ne s’y réduit pas.

Bien entendu, il ne s’agit en aucune manière d’émettre un jugement sur le traitement mis en œuvre par le professeur Raoult mais il faut reconnaître que le tort de certains de ses pairs, dont les arguments ne sauraient être discutés par un non initié vis-à-vis d’un domaine scientifique particulièrement complexe, est de s’être exposé médiatiquement en critiquant une méthode jugée expéditive devant une opinion saisie par l’urgence.

Déjà malmené par cette controverse médicale, l’exécutif est maintenant mis en cause pour sa gestion de la crise par un ancien directeur général de la santé, le professeur William DAB (Coronavirus en France : « En matière de prévention, nous ne sommes pas à la hauteur de l’épidémie »Le Monde 11 avril 2020 ; William Dab : “Plus on retarde le travail de terrain, plus il va falloir prolonger le confinement” – France Inter 11 avril 2020). Il en ressort principalement le propos suivant : Je ne dis pas que les gens qui travaillent actuellement travaillent mal. Je dis qu’il n’y a pas de commandant en chef contre cette épidémie.

Croyant se protéger derrière l’avis scientifique, le pouvoir en devient la victime. Emmanuel Macron a parlé de guerre, le terme étant impropre au vu de la nature de l’évènement, mais qu’il s’agisse de la guerre ou d’autres circonstances, le pouvoir politique est le décideur suprême, il ne saurait chercher un quelconque abri ou une quelconque caution. Ce qui n’avait l’apparence que d’une ombrelle se retourne contre lui. Si l’heure du bilan pourra se révéler dure, il dispose pour le moment d’un dernier atout : l’absence d’une opposition ayant un réel crédit.

Les premières conséquences économiques

A la mise en cause de gestion de la crise sanitaire viendront s’ajouter toutes les contestations qui vont naître du choc économique qui en résulte. Au fur et à mesure que les jours s’écoulent, les prévisions quant à l’ampleur du choc s’aggravent. Dans un article publié sur le site Les Crises.fr, le 11 avril, Jacques Sapir ([RussEurope-en-Exil] Mise à jour des chiffres du coût économique de la crise du coronavirus au 10 avril), sur la base de sources de référence et de calculs propres a évalué la baisse du PIB pour l’année 2020, suivant deux hypothèses (confinement de 6 semaines ; confinement de 8 semaines) entre 7,6% et 8,5% pour la première et entre 9,7% et 10,3% pour la seconde. Le déficit budgétaire évoluerait entre 11% et 11,4% dans la première hypothèse et entre 13,5% et 13,9% pour la seconde. Pour l’endettement public, Jacques Sapir s’est appuyé sur une étude d’Unicrédit qui l’évalue en 2021 en 112,7% du PIB.

Dans sa dernière étude sur la situation économique de la France (France – Impact Covid-19 10 avril 2020), le service des études économiques du Crédit agricole indique que le PIB pourrait se contracter de 7,2% en 2020 avant de rebondir en 2021. Le déficit public pourrait atteindre 9% du PIB en 2020. La dette publique avoisinerait alors les 115% du PIB.

S’il faut prévoir un rebond de croissance en 2021 par rapport à 2020, selon les évaluations d’Unicrédit fournies par Jacques Sapir, le PIB de la France en 2021 s’élèverait seulement à 96,2% du niveau atteint en 2019.

Michel Leblay et Laurent Artur du Plessis
14/04/2020

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public

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