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Emmanuel Macron et la mise en scène de la mémoire nationale

Emmanuel Macron et la mise en scène de la mémoire nationale

par | 31 mars 2026 | Politique, Société

Emmanuel Macron et la mise en scène de la mémoire nationale

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Dans son style habituel, Guillaume d’Aram de Valada livre une critique virulente de la récupération politique de la mémoire nationale et du détournement symbolique des lieux militaires par Emmanuel Macron.
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Les Invalides détournés de leur vocation première

À chaque jour suffit sa peine, nous dit le vieux proverbe.

Le locataire élyséen, qui aux dernières nouvelles nous sert de président, semble se démener à l’ouvrage quotidiennement en s’évertuant surtout à bricoler sa petite gloriole éphémère.

L’Hôtel des Invalides, édifice commencé sous le règne du Roi Soleil et terminé sous l’Empire napoléonien, se voulait être, dès son origine, un lieu de mémoire militaire et d’hospice pour retraités et invalides de guerre.

Sa vocation, avec la Cathédrale Saint Louis des Invalides, ne devait aucunement servir de célébration d’obsèques nationales à des morts civils, fussent-ils prestigieux et renommés.

Ce lieu devait garder sa destination initiale, celle de la reconnaissance de la France envers ceux ayant servi ses Armes.

Depuis quelque temps déjà, les autorités successives de l’État ont détourné cette vocation pour en faire un édifice national comme un autre en y faisant célébrer des funérailles nationales pour des personnalités civils, politiques, artistes, ou autre.

Et pourquoi donc ?

Sans doute, pour accoler et confondre ce lieu à celui du Panthéon.

À ce propos, il est aussi intéressant de rappeler, comme une anecdote significative, que le Panthéon n’a pas toujours été une nécropole républicaine.
Sous Louis XV, comme pour l’Hôtel des Invalides, une église fut construite à Paris, à la gloire de Sainte Geneviève, sur la « montagne » du même nom. L’église fut désacralisée plusieurs fois par la république pour finir comme un monument funéraire à la gloire de personnages ayant été utiles à l’édification de la république.

Il semblerait qu’on s’y bouscule parfois au portillon.

Lionel Jospin, décédé le 23 mars dernier, ne sera pas panthéonisé. Sans doute ne remplissait-il pas toutes les cases requises d’un serviteur de l’appareil d’État ?

Il bénéficia néanmoins d’un hommage dit « national » dans l’enceinte même des Invalides.

L’avait-il seulement souhaité ? On ne le saura jamais. Qu’importe, c’est secondaire.

Emmanuel Macron, une fois de plus, a pu s’adonner à son exercice de prédilection : s’écouter discourir.

Les litanies égrenées à la « gloire politique » de cet ancien premier ministre ont peut-être même gêné certains dans l’assistance, tellement la tartufferie inondait le verbe macronien.

Pourquoi s’étonner, quand on mesure, au fil du temps qui passe, le degré de médiocrité et de négligence atteint par nos politicailleurs en charge du destin de notre pays !?

Toutefois, ces choix sont loin d’être anodins.

Il s’agit de travestir en quelque sorte l’héritage national, le confondre dans une même idée, et faire de ce lieu, réservé aux militaires, un lieu banal de mélange des genres.

Pendant ce temps, un adjudant-chef de Chasseurs Alpins tombait dans l’exercice de sa mission en Irak le 12 mars 2026.

Et rien !

Pas d’hommage national aux Invalides pour ce brillant sous-officier, comme c’était le cas entre 2001 et 2011 pour les soldats tombés en Afghanistan !

Une fois de plus, le cliquet monte d’un cran de plus dans la roue du républicanisme en utilisant ce lieu prestigieux sans en respecter sa vocation initiale.

Pour finir dans l’anecdotique de ce détournement, vous vous souvenez sans doute, en 2021, de l’hommage rendu à Jean-Paul Belmondo dans ce même Hôtel des Invalides.

On peut supposer sans risquer de se tromper que ce grand acteur français ne l’avait vraisemblablement jamais souhaité.

Et là encore, le lieu ne s’y prêtait pas.

 

Mais tant pis, il fallait dérouler le cérémonial.

 

Et quand le corbillard traversa la cour d’honneur, comme on regarde passer le peloton du tour de France, l’assistance se mit à applaudir, Macron en tête !

Cette nouvelle pratique grotesque est même presque devenue un rituel quasi systématique.

Et ça dure, ça dure…

L’applaudissement a remplacé le silence et le recueillement au passage de celle ou de celui qui s’en va.

C’est aussi le signe d’une époque où le bruit sert d’exutoire et où il faut masquer le vide par des exhibitions surexcitées.

Et gare à celui qui ne claque pas dans ses mains !

Une mémoire nationale transformée en spectacle

Dans le même genre, faut-il encore se rappeler des commémorations, en 2016, du centenaire de la bataille de Verdun.

Une mascarade grotesque fut organisée au milieu des milliers de croix alignées au pied du fort de Douaumont : Une ruée de 3 400 jeunes, français et allemands, surgis de la forêt et lancés à travers les lignes formées par les tombes des combattants.

Cette course folle désordonnée s’est soldée par un simulacre de combat se terminant par l’écroulement des adolescents au pied de l’ossuaire, le tout en se roulant par terre au rythme fracassant de « roulement de tambour » sur des bidons métalliques !

François Hollande, qui présidait cette commémoration, fit un discours aussi creux qu’insignifiant, sous le regard complice d’Angela Merkel : « Verdun est pour la première fois honoré non pour son passé de souffrance mais pour son message d’espérance ».

Quel talent !

Pour galvaniser ce « message d’espérance », on transforma la commémoration en un spectacle bariolé, bruyant et volontairement irrespectueux des lieux. Ce jour-là, sous les piétinements de milliers d’adolescents instrumentalisés pour la circonstance, la mémoire des poilus était honteusement travestie comme un vulgaire spectacle à la foire du trône.

Et comme l’écrivait Robert Redeker, à juste titre, au lendemain de cette journée : « A quoi a servi cette fête ? A organiser l’oubli du soldat, et l’oubli du pourquoi de son sacrifice. Sous la présidence de François Hollande, le soldat inconnu venait de mourir une seconde fois. Nous n’étions plus à Douaumont, nous étions dans la Verdun Pride ! »

« Défaire, c’est faire » devrait être la devise grandiloquente de notre vieille république qui ne sait plus comment organiser ses sorties de route !

À force de se croire obliger de tout confondre, ses figures imposées contribuent à forger un sentiment d’incertitude permanent quant à notre devoir de mémoire, en fragilisant toujours un peu plus notre mémoire collective.

Il y a de bons mots définitifs, comme celui qu’écrivait Chesterton pour décrire ce spectacle extravagant :

« Aujourd’hui, on ne peut pas dire que les gens ne croient plus en rien, mais qu’ils peuvent croire en n’importe quoi. »

Guillaume d’Aram de Valada
31/03/2026

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