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Sivens : le point de vue d’un officier de gendarmerie

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Fabrice Fenet, colonel (er) de gendarmerie.

♦ « De quoi encourager les audaces illégales et violentes, mettre en difficulté les forces de l’ordre et affaiblir encore la puissance publique de notre démocratie vacillante ».

Au commencement coulait paisiblement le Tescou à Sivens dans le Tarn, un petit cours d’eau que des élus voulaient barrer pour irriguer quelques dizaines d’exploitations agricoles. Après études, enquêtes et autorisations, les premiers coups de pelles mécaniques déclenchent la colère d’adversaires radicaux de la société de consommation qui nous consume ainsi que celle des écologistes protecteurs des faunes et flores nichant dans cette zone humide : de quoi animer la vie de ce petit département paisible sans pour autant déchaîner les éléments !


C’était sans compter avec les camarades journalistes très majoritairement engagés à l’extrême gauche ou soumis à la ligne éditoriale dictée par l’Agence France Presse, Le Monde, Libération, Le Canard enchaîné et Mediapart. De locale, la cause devient nationale et s’agglomère avec les combats militants de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, du site de stockage atomique de Bure, de la ferme picarde des Milles Vaches, le tout baigné dans l’ambiance frondeuse des crypto-gauchistes du Parti socialiste.

Mais voilà, foi de premier ministre ex-premier flic de France à la mode Clemenceau, force restera à la loi ! Les gendarmes rompus au maintien de l’ordre en campagne sont dépêchés pour endiguer les adversaires du barrage et permettre son édification.

L’occasion est rêvée pour nos écolos pastèques (« verts au dehors, rouges en dedans », comme disait André Frossard) et les professionnels de la castagne adeptes des drapeaux rouges-marxistes et noirs-anars, les Black Blocs. Les voilà d’attaque avec leurs cocktails Molotov, leurs bouteilles d’acide, leurs pétards et fusées de détresse et autres équipements permettant d’exprimer des arguments frappants.

Face à eux des gendarmes placés en dernier ressort sous les ordres du préfet (qui en l’occurrence devait être en liaison très étroite avec le ministre de l’Intérieur), des gendarmes habitués à encaisser les provocations et disposant, quand la coupe est pleine et à l’initiative du représentant du gouvernement, de l’usage de la force pour appliquer la loi. Par ailleurs, les gendarmes peuvent faire usage de leurs armes dans les cas de légitime défense et aussi pour arrêter un délinquant ayant commis un crime grave et refusant de se rendre aux sommations.

Adeptes de la riposte graduée, les pandores opposent toujours aux manifestants d’abord leur flegme, puis les grenades lacrymogènes simples, les lacrymogènes explosives qui ajoutent le bruit aux larmes, et enfin, si nécessaire, les grenades offensives. « Offensives » car destinées à effrayer les adversaires par leur déflagration assourdissante et permettre, en même temps que leur lancement, de passer à l’arrestation ou au refoulement des émeutiers. Cette grenade, composée d’explosif enfermé dans une très fine enveloppe, n’a pas pour effet de blesser ni de tuer comme le ferait une grenade « défensive » qui projette des morceaux de métal et qui est employée par les militaires en opérations de guerre. Cette grenade mal baptisée « offensive » est seulement dangereuse quand elle explose au contact du corps, notamment quand un manifestant la ramasse pour la relancer sur les forces de l’ordre. Quelques activistes y ont malheureusement perdu la main.

Bien sûr, nos plumitifs taisent cette réalité technique par ignorance ou par manipulation : « Voyez ces vilaines brutes casquées qui lancent des grenades offensives sur de gentils manifestants adeptes des zones humides. »

Mais tout le monde sait qu’en participant à des manifestations violentes, on prend le risque de recevoir un mauvais coup qui ne vous est pas destiné. Que faisait réellement Rémi Fraisse dans cette manifestation, quel était son comportement, l’enquête et les vidéos des particuliers comme celles des gendarmes le diront. Malheureusement, il a eu la tragique malchance de recevoir une grenade offensive qui s’est vraisemblablement coincée entre son sac à dos et ses omoplates et l’a ainsi mortellement blessé, comme l’aurait fait un gros pétard lancé par les Black Blocs.

Cette mort inutile et regrettable est évidemment mise en exergue par une presse voulant en faire une affaire d’Etat alors que plus de 72% des Français ne la considèrent pas ainsi. Elle n’est en fait qu’une affaire mal gérée par un pouvoir en manque crucial de légitimité et apeuré au moindre signe d’agglomération des oppositions.

Bilan : la construction du barrage est suspendue pour ne pas dire abandonnée alors qu’elle avait été reconnue d’utilité publique. Pour faire bonne mesure, la puissance publique (qui n’a jamais aussi mal porté son nom) interdit dorénavant l’utilisation par les forces de l’ordre des grenades dites « offensives » et n’autorise que des grenades lacrymogènes manifestement insuffisantes pour contenir et contrôler des activistes bien entraînés, surtout en zone rurale où le gaz lacrymogène se disperse rapidement.

De quoi encourager les audaces illégales et violentes, mettre en difficulté les forces de l’ordre et affaiblir encore la puissance publique de notre démocratie vacillante :

-Vacillante sous l’inaction coupable de l’Etat face aux violations répétées des lois dans les zones de non-droit abandonnées aux mains des délinquants par peur d’explosions communautaires, alors que la grande majorité des habitants des banlieues, qu’ils soient français de souche ou français de fraîche date, aspirent à vivre normalement en respectant les normes et à être protégés de la dictature quotidienne des malfrats.

-Vacillante face à la marée humaine venant du monde entier, cette misère du monde que nous ne pouvons plus accueillir sous peine de sombrer à notre tour et de ne plus pouvoir aider les pays pauvres afin qu’ils offrent à leur population un cadre de vie adapté à leurs traditions et à leur civilisation.

-Vacillante sous l’abandon de nos valeurs mises à mal notamment par des lois contre nature fragilisant la famille.

-Vacillante par l’abandon de notre outil industriel à la concurrence mondiale où règne l’exploitation d’une main-d’œuvre sous-payée et sans droits qui permet au capitalisme international d’engranger des bénéfices toujours plus grands.

Il est grand temps de restaurer les fondements de notre pays patiemment instaurés par notre histoire et le dévouement des Français.

Colonel (er) de gendarmerie Fabrice Fanet
4/11/2014

Correspondance 5/11/2014

Image : « Adeptes de la riposte graduée, les pandores opposent toujours aux manifestants d’abord leur flegme ».