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L'Oligarchie européenne contre les peuples d'Europe

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L’association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), proche de l’UDC, a organisé une université d’été romande au Sentier (Suisse) les 27 et 28 août 2011, sur le thème « L’Europe contre l’Union européenne ». Nous reproduisons ici le texte de l’intervention de Yvan Blot consacrée à l’Oligarchie européenne contre les peuples d’Europe.

Polémia


 

Le peuple pour le peuple. Deux questions se posent à propos de l’Union européenne : le ou les peuples ont-ils leur mot à dire ? L’action de l’UE se fait-elle pour le peuple ou non ?

1/ Le pouvoir européen est oligarchique et non démocratique

  • Le pouvoir européen a trois défauts constitutifs graves : il a été conçu dès l’origine pour établir une contrainte économique sur les peuples (la « solidarité de fait » de Robert Schuman) ; il repose sur une « Haute Autorité » (vocabulaire initial utilisé pour la CECA) rebaptisée « Commission », instance autoritaire nommée et non élue ; il est le reflet des gouvernements des Etats-membres, eux-mêmes de nature oligarchique.
  • a/ Une contrainte économique sur les peuples : l’Union européenne vient de la communauté du charbon et de l‘acier dont le but était de créer une « solidarité de fait » qui empêcherait le retour des guerres en Europe. A l’époque, on croyait naïvement sous l’influence du marxisme que seule l’économie comptait : le « père de l’Europe » Schuman des années après a reconnu que c’était une erreur et que le « culturel » était plus important que l’économie. Mais les oligarques européens qui sont souvent incultes hors le droit et la macro-économie continuent à ignorer le facteur culturel dans l’identité des peuples. C’est ainsi qu’ils veulent faire entrer la Turquie en Europe bien que culturellement et religieusement hétérogène. La conception de départ de cette Europe est matérialiste, sans âme, et reflète les intérêts des managers des grandes entreprises multinationales. Elle n’a que mépris pour l’entreprise patrimoniale de taille moyenne.
  • b/ Le cœur du pouvoir est à la « Commission » de Bruxelles composée de « Commissaires » (nom qui rappelle les Soviétiques) nommés par les gouvernements mais non responsables devant eux. Cette commission est censée incarner un « intérêt européen » qu’elle définit elle-même face aux intérêts nationaux considérés comme suspects d’emblée. Les commissaires règnent sur des dizaines de milliers de fonctionnaires européens nantis de privilèges fiscaux inouïs sous prétexte qu’ils n’ont de compte à rendre à aucun Etat. Cette commission qui seule à l’initiative des lois européennes n’a aucune justification dans une démocratie !
  • c/ L’Europe est le reflet des états membres qui sont tous de type oligarchique aujourd’hui : le parlement y est à la botte du pouvoir exécutif et les lois sont rédigées par les hauts fonctionnaires, les lobbies sous la surveillance des syndicats, des medias et des oligarchies associatives qui se prennent souvent pour des « autorités morales ». Les trois principaux pays qui ont fondé cette Europe, la France, l’Italie et l’Allemagne sont des oligarchies. En France, De Gaulle dénonça cette situation qu’il appelait le « régime des partis ». En Allemagne et en Italie, démocrates chrétiens et socialistes (en Allemagne) ou démocrates chrétiens et communistes (Italie) verrouillèrent le pouvoir pour que le peuple ne soit jamais consulté. Il fallut la réunification allemande et la chute des partis traditionnels en Italie pour qu’on introduise des éléments (modestes) de démocratie directe.

Le comble c’est que dans ces trois pays, c’est la classe politique qui a voté les pleins pouvoirs aux dictateurs fascistes : le parlement français les a votés pour le maréchal Pétain, le Reichstag les a votés à Adolf Hitler et c’est le parlement italien qui a voté sa confiance à Mussolini ! Et après cela, on a le culot de dire que c’est le peuple, et non la classe politique, qui est dangereux !

2/ Le pouvoir européen ne travaille pas « pour » le peuple mais pour la machinerie oligarchique au pouvoir

On le voit en examinant les conditions de fonctionnement des trois pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif.

  • a/ Le parlement ne fonctionne pas normalement : un cartel des chrétiens démocrates et des socialistes décide des lois et il n’y a pas de véritable opposition sinon marginale. Les députés votent comme des robots : leur groupe politique leur prépare des fiches de votes avec le numéro de l’amendement à voter et les signes + ou – ou 0 qui signifient : voter pour, contre ou s’abstenir. Le député vote ainsi sans savoir le contenu des textes : il fait confiance aux spécialistes (fonctionnaires) du groupe. Le cartel des centristes et des socialistes assure une majorité stable pour soutenir la politique de la commission. Ce cartel pourrait se justifier s’il y avait des possibilités de référendums populaires contre les lois comme en Suisse. Mais ce n’est pas le cas : l’initiative citoyenne européenne du traité de Lisbonne n’est qu’une pétition de citoyens qui demandent à la commission de bien vouloir examiner un texte : c’est l’équivalent des remontrances dans l’Ancien Régime où l’on faisait appel à la grâce royale ! Sauf que la commission n’a ni légitimité dynastique ni légitimité démocratique
  • b/ Le système judiciaire : haute cour de justice pour l’Union européenne et Cour européenne des droits de l’homme pour le conseil de l’Europe est totalement politisé. On nomme des amis des politiciens ou des hauts fonctionnaires pour les remercier. L’ancien président du tribunal fédéral suisse, Martin Schubarth a parfaitement analysé ce processus dans son livre « Verfassungsgerichtbarkeit ». La jurisprudence est impérialiste et les juges interprètent les traités comme ils le veulent surtout quand les traités sont flous comme c’est le cas pour la charte européenne des droits de l’homme. Ainsi, le fameux arrêt Lautsi qui condamnait la présence de crucifix dans les écoles italiennes a été cassé deux ans plus tard par la même cour de Strasbourg qui entretemps avait subi des pressions d’une dizaine d’Etats solidaires de l’Italie : presque tous ces états étaient des anciens états communistes qui savaient ce qu’était une dictature antireligieuse. Les juges se croient juges des coutumes et traditions populaires qu’ils sont prêts à piétiner sans vergogne au nom de l’égalitarisme. (voir le jugement de la haute cour de justice sur les primes d’assurance automobile pour les femmes : celles- ci devront payer des primes d’assurance égales à celles des hommes bien qu’elles causent moins d’accidents, ceci au nom de l’égalitarisme).
  • c/ Le pouvoir exécutif légifère (commission + conseil) : il n’y a pas de séparation des pouvoirs en Europe et le parlement est tenu par le système des partis. On a ainsi créé une gouvernance toute puissante qui n’a rien de démocratique et le peuple n’a pas le dernier mot : il n’est même pas consulté la plupart du temps sur des textes d’essence constitutionnelle comme le traité de Lisbonne. On le voit dans la crise financière actuelle : gouvernement, commission et exécutif de la banque centrale européenne taxent les contribuables « pour sauver l’euro » sans qu’il y ait la moindre contestation démocratique possible contrairement à ce qui se passe en Islande (non membre de l’Union européenne). Cette gouvernance agit selon les intérêts de la caste et non selon les volontés des peuples. Les nations doivent se soumettre et il n’y a pas de peuple européen réel pour les remplacer.

Conclusion : la politique de l’Union européenne n’est inspirée par aucune vision fondée sur des données humaines telles que l’histoire ou les traditions religieuses. Elle se fonde sur sa vision macroéconomique qui date d’un demi-siècle et sur le droit qu’elle secrète elle-même (soit trop précis soit trop flou comme le sont les droits de l’homme). Aristote aurait dit que l’Europe n’a ni cause finale (philosophique ou religieuse) ni cause motrice (historique). Elle n’a qu’une cause formelle (son propre droit positif) et matérielle (sa politique économique et financière). Elle a donc tendance à ignorer toujours plus les identités nationales et les droits des peuples constituant l’Europe historique. Elle est donc un danger réel, telle qu’elle est aujourd’hui, pour nos identités nationales et nos libertés.

Yvan Blot
Ancien député européen
Président d’Agir pour la Démocratie Directe
27/08/2011