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L’école de la République, creuset de la libanisation du pays

L’école de la République, creuset de la libanisation du pays

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Général Antoine Martinez, écrivain.

♦ Dans son éditorial de juin, le général Martinez traite magistralement l’une des racines du mal qui ronge la France : les défaillances et les compromissions de l’Education nationale. A le lire, on se prend à rêver de voir un homme de cette trempe prendre les rênes du « Mammouth ». Non seulement pour le dégraisser, mais surtout pour lui rendre résolument sa vocation première de creuset d’intégration républicaine, par l’éducation et la culture.

« La vraie raison de l’échec est là, car la conséquence est que l’espace scolaire est quotidiennement exposé à des tensions ethnoculturelles et qu’il est devenu le lieu de revendications qui découlent d’une expression communautariste ».

Minurne résistance.


La décision de publier dans la précipitation le décret sur la réforme du collège est un coup de force destiné à couper court à toute discussion sur un sujet pourtant capital. Elle fait suite au rejet par la ministre de l’Education nationale, visiblement agacée, des critiques formulées par des « pseudo-intellectuels » comme elle les a qualifiés avec des propos teintés de condescendance arrogante et blessante.

Mais le plus grave dans cette affaire est que cette réforme ne représente pas la priorité aujourd’hui. En effet, tout le monde s’accorde pour reconnaître le fiasco de l’Education nationale mis en évidence depuis de nombreuses années mais qui ne cesse de s’aggraver dans le domaine de la gestion de ses ressources humaines et financières, et surtout dans celui des résultats obtenus. Ces derniers sont affligeants : près d’un élève sur quatre ne sait ni lire, ni écrire, ni comprendre un texte ou un raisonnement, ni s’exprimer correctement à l’entrée au collège.

La réforme prioritaire à entreprendre n’est donc pas celle du collège mais, dans un premier temps, celle de l’école primaire. Il faut être cohérent et procéder dans l’ordre. Par ailleurs, pour réussir une réforme, il faut tout d’abord dresser un constat, puis établir un bon diagnostic, c’est à dire déterminer les causes de l’échec avant de décider des actions à engager. Et rien ne sert de changer ou de réformer les programmes si l’effort n’est pas porté sur l’acquisition des fondamentaux : lire, écrire, compter. Si sur le constat les différents points de vue peuvent être proches les uns des autres, il est à craindre que sur le diagnostic on soit très loin d’obtenir un consensus en raison du déni de réalité de nos gouvernants et de l’idéologie mortifère qui guide les « experts » de la pensée et du pédagogisme qui ont la mainmise sur l’Éducation nationale depuis de très nombreuses années. De surcroît, en moins de trois ans, trois ministres se sont succédé à la tête de ce ministère (mais peut-être y en aura-t-il encore un autre avant la fin de ce quinquennat) ce qui n’est pas un gage d’efficacité dans un registre qui conditionne pourtant l’avenir du pays.

L’école est ou devrait être, au moins dans sa phase initiale (maternelle, primaire), le premier creuset dans lequel sont inculqués les repères sociaux qui gomment les différences, un espace où sont dispensés des savoirs, un lieu où on s’approprie et où on partage les valeurs de notre République : liberté, égalité, fraternité. L’acquisition de ces savoirs est impérative si on veut espérer réussir la deuxième phase, avec l’entrée au collège et au lycée, qui prépare l’entrée dans la vie sociale et professionnelle.

Cependant, la naïveté de nos élites politiques, pour être bienveillant, démontre leur incapacité à élaborer et à appliquer un projet cohérent et conforme, d’une part aux principes et valeurs portés par notre République, d’autre part aux intérêts de la Nation française. Leur faute – et ici il est difficile d’être indulgent – par leur cécité et leur entêtement à ne pas corriger le cours des choses, prédit des lendemains douloureux. Car l’école prépare la France de demain qui risque de se réveiller privée d’unité, de cohésion, de valeurs communes avec pour conséquence l’absence ou plus exactement la disparition du sentiment du vouloir vivre ensemble.

On a déjà pu constater cette évolution avec les émeutes de 2005 et plus récemment après les attentats de janvier dernier. Alors, pourquoi cette inquiétude doit-elle être manifestée avec force face à l’aveuglement incompréhensible de nos élites politiques ?

L’Education nationale, outil fondamental au service de la Nation est devenue un véritable monstre incapable de bouger, au point que l’un de ses ministres l’a qualifiée de mammouth, il y a quelques années. Mais surtout, elle remplit mal sa mission en raison de la présence d’élèves issus d’une immigration extra-européenne trop nombreux. De cette situation découle naturellement le fait que des établissements scolaires accueillent une majorité d’élèves d’origine immigrée et que des classes d’écoles primaires ou de collèges sont entièrement composées d’élèves d’origine extra-européenne et de même confession. La vraie raison de l’échec est là, car la conséquence est que l’espace scolaire est quotidiennement exposé à des tensions ethnoculturelles et qu’il est devenu le lieu de revendications qui découlent d’une expression communautariste, agressive de surcroît, se réclamant d’une identité religieuse et revendiquant le rejet de la culture et des valeurs de la Nation française.

On a récemment reproché au maire de Béziers d’avoir comptabilisé le nombre d’élèves de confession musulmane dans sa commune alors qu’il n’a fait qu’un simple constat. Chaque citoyen peut d’ailleurs en faire autant en consultant la rubrique « naissances » dans le bulletin mensuel d’informations publié par la mairie de sa commune ou dans les grands quotidiens régionaux. C’est très instructif et édifiant. On comprend mieux le taux « dynamique » de natalité de la France. On peut rappeler, par exemple, que la démographe Michèle Tribalat révélait, lors de son audition devant la commission du Sénat en 2011, que dans de nombreuses villes du département de Seine-Saint-Denis moins de 5 % des jeunes de moins de 18 ans étaient d’origine européenne.

L’école se trouve donc confrontée aujourd’hui, alors que sa vocation devrait être de transmettre des savoirs permettant l’appropriation de notre héritage culturel garant de l’unité de la nation, à une mission d’intégration dont l’échec est retentissant. Il faut donc, et c’est ici ce que l’on est en droit d’attendre du politique, imposer un processus d’intégration culturelle. Et cette mission d’intégration culturelle, l’école doit l’appliquer avec notamment l’apprentissage et la maîtrise de la langue française. C’est primordial et tellement évident car la langue construit et façonne l’identité de nos valeurs et prépare l’appartenance à la Nation.

Mais si cette condition est nécessaire, elle n’est pas suffisante. Elle doit être accompagnée de la transmission des éléments de la culture française, culture marquée par son histoire, par la démocratie et la laïcité, notions non seulement inconnues de cette immigration extra-européenne, mais malheureusement rejetées par les familles car considérées comme contraires à sa culture d’origine.

Cela signifie que ce processus d’intégration culturelle doit être engagé pour effacer progressivement les aspects culturels d’origine incompatibles avec notre culture et non pas les entretenir comme cela a été incroyablement fait pendant ces quarante dernières années ou en voulant revisiter notre histoire. Il est, en effet, ahurissant que nos responsables politiques aient décidé, dès 1975, d’autoriser des « moniteurs étrangers reconnus aptes à enseigner dans leur patrie d’origine » à dispenser « des cours d’histoire-géographie et de grammaire dans la langue parlée par les élèves », instaurant ainsi, dans le cadre de la politique de regroupement familial, un système d’enseignement (Enseignement de la langue et de la culture d’origine ou ELCO dont on peut craindre que certains soient des catéchismes islamiques) qui constitue un frein puissant à l’intégration, toujours en vigueur aujourd’hui.

Ces enseignements sont, en outre, peu contrôlés alors qu’ils relèvent de l’autorité académique et leurs contenus et objets d’enseignement sont rarement expertisés et validés. C’est ainsi que le politique lui-même, par sa démission, a renforcé et continue aujourd’hui de renforcer les références communautaires qui conduisent tout naturellement au communautarisme contraire aux principes de notre République. On peut s’étonner de la mise en place d’un tel système et Jules Ferry doit se retourner dans sa tombe, mais on est encore très loin d’imaginer le degré d’incompétence de nos élites en matière d’analyse prospective pour avoir pensé, après avoir confié le travail à des « experts », que la poursuite de l’enseignement de la langue d’origine allait contribuer à un meilleur apprentissage de la langue « seconde », c’est à dire le français. Comment nos élites politiques ont-elles pu et peuvent-elles encore à ce point compromettre l’avenir de la Nation française ? Il y a là comme un refus d’admettre les faits, un déni de réalité, un sentiment de reniement qui s’apparente à de la trahison.

C’est donc un double défi qui est posé à notre école. Un défi d’intégration scolaire tout d’abord, et le rapport du Haut Conseil à l’intégration (HCI) le soulignait dans ses rapports de 1991 et 2010, car les enfants de parents d’immigrés sont particulièrement exposés à l’échec scolaire. Les études menées démontrent que ces jeunes issus de cette immigration extra-européenne (à l’exception de ceux originaires d’Asie du Sud-est) sortent deux fois plus souvent du système éducatif sans qualification (12 % contre 6 % pour les non-immigrés). Le HCI préconisait d’ailleurs la suppression des ELCO considérés contraires à l’objectif d’intégration. Il n’a toujours pas été écouté. Il faut bien reconnaître que dans certains quartiers l’école ne fait plus autorité du fait qu’elle a progressivement et lâchement accepté la négociation. Ce faisant, elle a mis à mal le principe d’égalité. L’école de la République ne tient donc plus ses promesses et désormais tout s’y négocie pour obtenir une relative paix scolaire. Plutôt que le rappel ferme des principes, on préfère éviter l’affrontement.

Mais c’est également un défi d’ordre culturel qui est posé. Les programmes d’instruction, établis au niveau national, constituent un socle de connaissances à acquérir par tous. Ce socle est en fait un patrimoine commun à tous les élèves qui s’est construit avec le temps et qui est inscrit dans un contexte culturel façonné par notre histoire nationale dont nous devons être fiers au lieu de la dénigrer. Il prépare donc à l’intégration sociale. Pourtant, face à la montée d’un communautarisme virulent, d’autant plus vindicatif qu’il ne rencontre pas de réelle opposition, on ouvre la porte à des contestations de plus en plus nombreuses et inacceptables, et cela dès l’école primaire ! Des enseignants sont régulièrement confrontés au refus de parents de confession musulmane à l’étude par leurs enfants de pans entiers du programme d’histoire, par exemple, dont ils contestent la réalité historique ou qu’ils considèrent contraires à leurs convictions. La pression religieuse s’invite ainsi au sein des cours provoquant la contestation ou l’évitement de certains contenus d’enseignement qui ne conviennent pas à ces familles. Tout cela amène à renoncer à aborder certains sujets dans des établissements à forte population d’origine immigrée pour éviter des affrontements identitaires en raison de la grande difficulté à faire admettre le débat argumenté. Est-ce la raison de l’inscription dans la réforme du collège de l’enseignement obligatoire de l’islam  en histoire alors que les périodes des Lumières et de la chrétienté médiévale seraient facultatives ? Quant à la maîtrise de la langue, comment refuser de voir que pour nombre de jeunes, nouvellement arrivés ou issus de famille résidant en France depuis une ou deux générations, la pratique du français ne s’exerce pas ou peu en dehors de l’école ?

L’école est donc devenue localement le lieu de l’affirmation ethnique et religieuse dans une optique de confrontation délibérée. On a pu constater ce phénomène les jours qui ont suivi les attentats de janvier dernier, ce qui explique d’ailleurs l’existence, dans nos cités, de milliers de djihadistes « instruits » et fabriqués par l’école de la République. Cet échec est aggravé par une insuffisance de la maîtrise de la langue française et en particulier du français écrit. Cette carence explique l’accentuation du repli communautaire et constitue un signe sans équivoque d’un réel refus d‘intégration. Notre ministre de l’Éducation nationale devrait donc comprendre qu’avant de réformer le collège, c’est notre politique d’immigration et d’attribution de la nationalité française qu’il faut revoir et l’école qu’il faut réformer de toute urgence. Car l’inconséquence, le laxisme et le manque de vision à long terme de nos responsables politiques conduisent immanquablement à la désintégration annoncée de cette unité nationale en raison des mesures effarantes qui défient le bon sens prises par des gouvernements de droite ou de gauche depuis quarante ans. Refuser de voir la réalité conduit au suicide car on engage avec certitude notre pays sur la voie de la libanisation.

Général (2s) Antoine Martinez (*)
31/05/2015

(*) Le Général Martinez a publié en 2013 un essai dont Minurne s’était fait l’écho, Devoir d’Expression d’un Citoyen (pas) Ordinaire ».

Source : Minurne Résistance – d’abord la France

Correspondance Polémia – 7/06/2015

Image : PHOTO DE CLASSE
Un documentaire transmédia d’Estelle Fenech et Catherine Portaluppi, sur la diversité à l’école. Photo de Classe débute à la rentrée 2012 à l’école Gustave Rouannet : dans la classe de Julie Noël, la plupart des élèves on des parents ou grands-parents qui ne sont pas nés en France. Cette diversité est le reflet de la mixité croissante de l’école : à Paris, dans le Val d’Oise et le Val de Marne, 40% ont au moins un parent immigré. En Seine et Marne, ils sont plus de 57% !