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Boulez, grand gourou de la « musique » inhumaine

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Thierry Bouzard, écrivain, chroniqueur musical à Présent.

♦ Qui a déjà écouté Le Marteau sans maître pour le plaisir ? Quel lieu public donne à entendre Eclat ? Quelle radio passe Le Visage nuptial ? Qui écoute ce genre de composition dans sa voiture ?

Les cuistres qui s’extasient devant les œuvres du maître de Baden-Baden sont là pour couvrir les voix qui clament que le roi est nu. La « musique » de Boulez est inhumaine, c’est-à-dire inaudible.


Né en 1925, décédé le 5 janvier 2016, Pierre Boulez a été formé au Conservatoire par Olivier Messiaen. Il s’exile en Allemagne en 1959, pays occupé où il peut développer ses utopies musicales iconoclastes. Chef d’orchestre, il dirige des opéras (Parsifal, le Sacre du printemps, …) dont les mises en scène provocatrices assurent sa notoriété. En 1966, il vit très mal que Malraux lui préfère Landowski pour réformer les institutions musicales françaises. Rappelé par Georges Pompidou, il vient prendre la direction de l’IRCAM (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique). La structure budgétivore est installée dans le Centre Pompidou, étalant les liens étroits entre la musique et l’architecture, mais on est loin de l’Opéra et du grand orchestre ou des cathédrales et du plain-chant. Fasciné par ces expérimentations, Rebatet considérait que Boulez avait « l’immense mérite d’avoir construit une œuvre faite pour durer dans les années les plus instables de la musique » (1), se gardant bien de donner une appréciation sur ses qualités esthétiques.

Comme les autres arts, la musique a subi la remise en cause de ses règles esthétiques, mais, contrairement aux autres arts, elle a la particularité de ne pas être accessible à la subversion. Rameau et Bach avaient fixé les principes de la musique européenne ; au début du XXe siècle, quelques théoriciens (Schönberg, Cage et autres) prétendent pouvoir s’en affranchir. Ce travail de déconstruction est contemporain de celui réalisé dans les autres arts, comme dans toutes les structures des sociétés occidentales, car les idéologies révolutionnaires procèdent toutes de la même démarche. Sauf qu’en matière de musique, les théoriciens se heurtent à un obstacle majeur et insurmontable : n’importe quel individu n’ayant jamais étudié le solfège est capable d’identifier une fausse note. Il suffit de revoir la conférence L’atonalisme et après ?, donnée par Jérôme Ducros le 20 décembre 2012 au Collège de France (2). Il est donc impossible, pour un compositeur, de s’affranchir des lois naturelles dans l’art musical. Les théoriciens ont élaboré différents systèmes avec la « musique » dodécaphonique, sérielle, concrète… pour sortir du système européen mis au point par les moines, mais leurs expérimentations ne produisent que de la « musique » intellectuelle qui n’existe que parce qu’elle est subventionnée. Autant les révolutionnaires ont parfaitement réussi en peinture, en sculpture, en architecture, en politique, autant ils échouent en musique.

L’approche théorique de l’ancien mathématicien Boulez ne fonctionne pas en musique car la sensibilité ne se met pas en équation. Les expérimentations sonores conduisent à des impasses bien perçues par les régimes totalitaires du XXe siècle. Même s’ils ont été incapables de faire entrer la musique dans leur matérialisme dialectique, les révolutionnaires soviétiques ont toujours rejeté ces prétentions « musicales ». Refusant le principe de réalité, c’est-à-dire l’assentiment du public, ou encore l’expression de son utilité pour le lien collectif, les idéologues occidentaux veulent imposer ces tentatives prométhéennes de subversion musicale à coups de subventions. Obligés d’imposer l’existence, par l’argent public, de « musiques » que le public ne peut pas entendre, ils confirment ainsi leur échec. Ils mettent des œuvres d’art moderne dans les musées, les palais et les places publiques, mais jamais ils n’obligeront la population à entendre ces compositions ; elles ne sont même pas utilisées pour torturer les terroristes dans les prisons étasuniennes. D’ailleurs si ces « musiques » sont enseignées dans les conservatoires ce n’est pas parce qu’elles sont appréciées, mais parce qu’elles sont obligatoires.

Boulez a échoué, il ne sera jamais le Lénine, le Freud, le Picasso, le Le Corbusier, ni le Calder de la musique et c’est tant mieux.

Thierry Bouzard
29/04/2016

Thierry Bouzard est l’auteur de : Chansons contre la pensée unique, éd. des Cimes, 2014.

Notes :

  1. Lucien Rebatet, Une Histoire de la musique, Robert Laffont, 1987, p. 851.
  2. A visionner sur Youtube : youtube.com/watch?v=Yot1zZAUOZ4&index=1&list=PLA7_zqQ5qQykkOkjXzpBuV0MZZ8qFLDBh

Correspondance Polémia – 1/05/2016

Image : Pierre Boulez, Photo : Miguel Medina/AFP, janvier 2010