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« 1812 : La paix et la guerre » de Jean-Joël Brégeon

« 1812 : La paix et la guerre » de Jean-Joël Brégeon

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L’année 2012 n’est pas encore tout à fait achevée. Il est donc encore temps d’évoquer le bicentenaire de 1812 : une année clé dans l’histoire de l’Europe. Voici comment la résume l’historien Jean-Joël Brégeon dans 1812, la paix et la guerre : « L’année 1812 s’inscrit au nombre de ces moments décisifs qui changent le cours de l’histoire. Commencée dans la paix, elle va se terminer dans la guerre. Pour l’Empire français, ce fut le commencement de la fin. En janvier au sommet de sa puissance, Napoléon régente le continent. En mai à Dresde, presque toute l’Europe lui fait la cour. En décembre tout est joué : il vient de perdre la plus grande armée jamais réunie et doit regagner Paris pour faire face à un nouvel assaut. » JYLG


1812/2012 : les leçons de l’histoire

L’ouvrage est brillant ; il comporte douze chapitres, centrés sur le conflit entre l’Empereur des Français et le tsar avec les… Prussiens en embuscade. Le livre présente aussi douze « gros plans » sur des géants contemporains comme Kleist, Beethoven, Goethe, Clausewitz et Jomini, le tout illustré de treize œuvres d’art commentées : une manière de rappeler que Géricault, Turner, Canova et Goya sont… contemporains les uns des autres.

1812, la paix et la guerre : une lecture agréable, une narration parfaite, mais aussi une occasion de méditer sur l’histoire :

  • l’histoire d’un héros – l’Empereur – « l’âme du monde » (Hegel) à qui Ney déclare : « Sire, vous n’avez plus d’armée » ;
  • l’histoire des peuples qui se réveillent : Tyroliens, Espagnols, Prussiens, Polonais, Russes. Sur les ruines à venir de la « Grande Nation » c’est l’éveil du mouvement des nationalités qui va traverser tout le XIXème siècle et au-delà ;
  • l’histoire des guerres : étrange année 1812 qui voit le succès de « la petite guerre à la russe », héritière des Guerres de Vendée et des révoltes espagnole et tyrolienne et anticipatrice des guérillas du XXème et XXIème siècle. Étrange année 1812 qui voit apparaître les grandes batailles destructrices : à la bataille de la Moskova (ou de Borodino) l’artillerie domine et sert la défense. Déjà « le feu tue » : ce que la Guerre de sécession montrera, ce que les généraux de 1914 oublieront. Et pourtant la tuerie industrielle est née dès 1812.

L’année 2012 aura-t-elle la même importance que 1812 ? On peut en douter. Mais c’est incontestablement une étape de plus dans la fragmentation du monde : fragmentation des États-nations, certes artificiels en Afrique, mais aussi au Moyen-Orient (Syrie) et en Europe (Catalogne, Écosse, Flandre), voire aux États-Unis où la tentation confédérale du Vieux Sud reprend de la vigueur.

Plus grave encore, comme le rappelle Michel Geoffroy (*), dans les post-démocraties ce sont les allogènes qui emportent les décisions : Obama n’est pas l’élu des Américains qui ont fait l’Amérique ; Hollande n’est pas davantage l’élu des Français de souche. Ce sont désormais les minorités qui font la loi. Jusqu’à quand ?

Jean-Yves Le Gallou
Polémia
21/12/2012

Jean-Joël Brégeon, 1812, la paix et la guerre, Librairie académique Perrin, mars 2012, 426 pages, 24,50 €

(*) Voir : Bilan 2012 : ethnicisation des clivages politiques et post-démocratie

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