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Un redressement de l’économie française est-il possible ?

Un redressement de l’économie française est-il possible ?

par | 4 mars 2026 | Économie

Un redressement de l’économie française est-il possible ?

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Cette note est une transcription, retravaillée et développée, du Libre journal de la souveraineté diffusé le 12 février 2026 sur Radio Courtoisie, présenté par Michel Leblay et dont l’invité était André-Victor Robert, auteur de La France au bord de l’abîme – Les chiffres officiels et les comparaisons internationales aux éditions L’Artilleur, et contributeur régulier de Polémia.

La situation économique française est préoccupante

À ce jour la situation de l’économie française apparaît comme préoccupante, avec notamment une dette publique – résultat de l’accumulation des déficits publics des cinquante dernières années – qui s’élève à 117 % du PIB, et un commerce extérieur en déficit continu et croissant depuis le début des années 2000 (70 milliards en 2025). à la différence de ce que l’on observe dans les pays voisins, la productivité en France n’a toujours pas retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire, et l’activité économique en pâtit : en conséquence, le niveau du PIB par habitant en France, en parités de pouvoir d’achat, est maintenant inférieur à la moyenne de l’Union européenne (Banque mondiale, 2026). Ce sont désormais la capacité de l’économie française à créer des richesses et ce faisant à assurer le niveau de vie de la population française qui sont en question.

Si l’on excepte la situation très particulière des États-Unis dont la monnaie constitue l’instrument de paiement pour les transactions internationales, un pays ne peut pas durablement consommer (et/ou accumuler du capital) davantage qu’il ne produit, sauf à s’endetter, mais encore faut-il – pour qu’on accepte de continuer à lui prêter – que son niveau d’endettement reste dans des limites raisonnables, faute de quoi les prêteurs sont amenés à s’interroger sur sa capacité future à honorer les échéances. Pour assurer le niveau de la population et permettre sa croissance, il faut donc en fin de compte produire chaque année davantage, et pour ce faire il faut :

  • des machines, c’est-à-dire : du « capital »,
  • des hommes, i.e. du « travail ». Le dosage entre « capital » et « travail » est variable selon les secteurs d’activité : l’industrie et la production d’énergie, mais aussi l’agriculture, sont fortement mécanisées, tandis que les services recourent davantage à la main d’œuvre ;
  • et savoir combiner intelligemment les hommes et les machines, i.e. savoir utiliser ces ressources de manière efficiente. En effet, même pour les activités fortement mécanisées, encore faut-il des hommes pour : concevoir les machines et les fabriquer, les installer, en piloter le fonctionnement au quotidien, et en assurer l’entretien et la réparation.

On définit la productivité du travail comme égale au rapport entre le volume produit (i.e. le PIB en première approximation) et le nombre de personnes (ou le nombre d’heures de travail) qu’il a fallu mobiliser pour le produire. On peut aussi calculer un autre indicateur de productivité, dénommé « productivité globale des facteurs de production », en rapportant le volume de la production non plus au seul nombre d’heures travaillées mais à un indicateur représentatif de l’ensemble des moyens humains et matériels mobilisés pour produire, mais le calcul en est plus fragile que celui de la productivité du seul travail.

Pour assurer le niveau de vie de la population et/ou sa croissance, d’un point de vue purement comptable, on peut donc soit envisager d’appeler davantage de personnes à participer à l’activité de production (ou les faire travailler davantage), soit rechercher une hausse de la productivité du travail.

Par rapport à cela, pour mieux appréhender la réalité présente, il est utile, en première approche, de revenir sur ce qu’a été la croissance – et ses facteurs – au cours des décennies et des siècles passés.

La France et la croissance

Nous avons en effet connu, de l’après-guerre jusqu’au milieu des années soixante-dix, période que Jean Fourastié a dénommée les Trente glorieuses, une croissance tout à fait exceptionnelle : de 1949 à 1974, la croissance moyenne annuelle en volume du PIB français fut de l’ordre de 5,3 à 5,4 %.

La croissance du PIB, ou celle du PIB par habitant, est assise sur un élément déterminant, la croissance de la productivité. A contrario, le taux de participation des individus à l’activité productive ne pouvant dépasser 100 %, la croissance des taux d’activité peut contribuer seulement de manière transitoire à la croissance du niveau de vie de la population. Depuis la fin de la 2e guerre mondiale, en France comme (ou même plus encore que) chez nos voisins, la hausse des taux d’activité féminins a contribué à la hausse de la production et ce faisant à la hausse du niveau de vie. L’entrée des jeunes de plus en plus tardive sur le marché du travail a joué en sens inverse, surtout depuis les années quatre-vingt avec l’objectif affiché de porter 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, de même que l’abaissement de l’âge de la retraite intervenu sous le premier septennat de François Mitterrand. Quant à la durée du travail, elle est orientée à la baisse au fil du temps, une tendance séculaire qu’ont accélérée le passage aux 39 heures en 1981 puis à 35 heures à la fin des années quatre-vingt-dix sous l’effet des lois Aubry – alors qu’à l’inverse les années cinquante et soixante avaient été marquées par un recours important aux heures supplémentaires.

Qu’en est-il des évolutions de la productivité du travail depuis 1945 ? Selon Bouvier et Pilarski (2008), durant la période des Trente glorieuses la croissance de la productivité fut de 5,6% par an, en moyenne. Une autre étude, de MM. Bergeaud, Cette et Lecat indique un résultat un peu plus faible, de 4,7% entre 1950 et 1975. Pour autant, au-delà des écarts entre ces deux calculs, il s’agit de la performance la plus élevée jamais réalisée, en soulignant qu’à partir du début des années 1960, le taux de croissance de la productivité a faibli régulièrement (1960 : 6,0 % ; 1969 : 5,5 % ; 1974 : 4,6 %). Par la suite, on constate une décélération encore plus marquée (1979 : 3,7 % ; 1998 2,4 %).

Peut-être, pour être mieux appréhendé, le phénomène de la croissance du produit intérieur doit-il faire l’objet d’une vision encore plus étendue dans le temps. De ce point de vue, il faut souligner toute l’importance des travaux réalisés par Angus Maddison, économiste britannique, et son équipe. Ils ont reconstitué pour un large ensemble de pays le produit intérieur en remontant parfois jusqu’à l’Antiquité. Le calcul est effectué sur une même base en dollars permettant ainsi les comparaisons dans le temps et dans l’espace. Antérieurement au XIXè siècle les calculs ne sont pas annuels et ils le deviennent progressivement pour les pays industrialisés au XIXè siècle. Ce qui nous intéresse, en l’occurrence, c’est l’essor de la croissance du produit intérieur dû à la Révolution industrielle tournant capital dans l’histoire de l’humanité.

Si le début de la Révolution industrielle date des environs de 1750 au Royaume-Uni, c’est à partir des décennies 1820-1830 que les effets en sont observés sur l’augmentation du produit intérieur année après année pour le Royaume-Uni puis pour la France. Certes, la tendance est jalonnée de périodes de crise allant jusqu’à une rétraction du produit intérieur (ces évolutions ont été théorisées à travers le concept de cycles : cycles de Juglar, cycles de Kondratief).

Pour la France, selon les séries reconstituées par Angus Maddison, la croissance annuelle moyenne en volume du produit intérieur a été de 1,7% de 1830 à 1913 et de 1,9 % de 1890 à 1913. Le choix de cette seconde période, bornée à la veille de la première guerre mondiale, correspond à la montée progressive dans le tissu économique des effets de la seconde révolution industrielle, celle de l’électricité, du moteur thermique, et de la chimie. Il est à noter que l’Allemagne a basculé un peu plus tardivement que la France et le Royaume-Uni dans la croissance économique. Elle dépasse la France en termes de produit intérieur dès 1873 et le Royaume-Uni en 1908, source d’une rivalité qui est l’une des raisons de l’entrée de celui-ci dans le premier conflit mondial.

Comme indiqué précédemment, en 2025, la croissance du PIB en volume n’a été que de 0,9%. Quelle chute par rapport aux résultats enregistrés, il y a un demi-siècle ! Il nous faut alors essayer de déterminer les facteurs qui expliquent ce phénomène des Trente glorieuses, commun aux différents pays développés de l’époque, hors bloc communiste, les États-Unis ayant précédé l’Europe d’une trentaine d’années. Puis, comprendre la rupture survenue au milieu des années 1970 pour l’ensemble de ces pays développés et l’affaiblissement français qui s’accentue avec le temps et ses conséquences.

Les Trente Glorieuses

La période des Trente Glorieuses fut une période de plein emploi avec un transfert de main-d’œuvre des secteurs alors les moins mécanisés vers les secteurs en expansion, ainsi du secteur agricole au secteur industriel jusqu’au secteur tertiaire. L’exode rural et le transfert de la population d’origine agricole vers l’industrie a contribué aux gains de productivité importants de la période, dans la mesure où le niveau et le taux de croissance de la productivité sont traditionnellement plus élevés dans l’industrie. L’agriculture a toutefois connu des gains de productivité importants au cours de la période, sous l’effet de l’effort de mécanisation entrepris en partie sous l’effet des financements du plan Marshall.

Si le phénomène des « Trente glorieuses » tient à la conjonction d’un ensemble de facteurs, néanmoins, cette période de croissance économique exceptionnelle, jamais retrouvée depuis lors, pourrait être considérée comme l’aboutissement de la seconde phase de la Révolution industrielle. Elle a conduit à la conception et à la production de tout un ensemble de produits nouveaux, répondant à des besoins et transformant la vie au quotidien et son confort (automobiles, électro-ménagers, audiovisuels…). C’est le basculement dans la société de consommation. Il faut aussi souligner les progrès considérables du système de santé, en termes d’outils et de médicaments qui ont réduit notablement la précarité physique des époques précédentes.

Un phénomène accompagna ces Trente glorieuses, ce fut l’inflation. Si l’on excepte l’immédiat après-guerre, la hausse des prix connut des pointes dans les années 1950 (15,1% en 1958) puis, à des niveaux sensiblement plus faibles, au début des années 1960 amenant en 1963 à la mise en œuvre d’un plan de stabilisation. Contenue jusqu’en 1967, le mouvement de hausse des prix reprit en 1968 après la crise sociale du printemps et les augmentations des rémunérations accordées. De 1969 à 1972, avant les premiers effets du choc pétrolier du dernier trimestre 1973, la hausse moyenne annuelle des prix fut de 5,9%. à l’époque, certains économistes qualifièrent « d’inflation rampante » la hausse des prix observée dans les années 1960 et au début des années 1970.

Sans qu’il y ait eu d’incidence sur la croissance économique, il faut remarquer que les économies occidentales n’évoluaient pas dans un environnement monétaire totalement stable. Les premières atteintes au système monétaire international (SMI) né des accords de Bretton Woods du 22 juillet 1944 datent des années 1960. Ces accords assuraient la primauté du dollar au sein de ce SMI réunissant les pays occidentaux développés et le Japon. Sous les pressions spéculatives, il ne fut plus possible de maintenir sous la seule action du marché la valeur or du dollar fixé à 35 $ depuis 1934. Il fut créé en 1961 un pool de l’or réunissant les principales banques centrales occidentales et celle du Japon pour maintenir cette valeur. Il y fut mis fin en mars 1968 (la France avait quitté le pool dès 1967). Le 15 août 1971, les États-Unis renoncèrent à la convertibilité en or du dollar.

L’impact des crises pétrolières

Le premier choc pétrolier de 1973 peut apparaître rétrospectivement comme un point de basculement, mais en réalité, le ralentissement de la productivité était déjà à l’œuvre. Sous l’effet de l’épuisement des gains d’efficience permis par les technologies de la 2e révolution industrielle d’une part, et aussi sans doute sous l’effet de la progression du poids du secteur tertiaire dans l’économie, secteur relativement peu mécanisé (au moins à l’époque) où le niveau et le taux de croissance de la productivité est traditionnellement plus faible que dans l’industrie.

S’agissant du choc pétrolier de 1973 et de la hausse substantielle d’une énergie importée, une première décision fut à la hauteur de l’enjeu, celle prise par Pierre Messmer, premier ministre, le 6 mars 1974 en engageant un programme d’équipement électro-nucléaire avec la construction de 13 tranches de 900 MW. Malheureusement, dans les décennies suivantes ce remarquable effort issu du dynamisme des Trente glorieuses allait être remis en cause pour des raisons idéologiques, amputant gravement les capacités de l’économie française.

Pour le reste, les gouvernements successifs optèrent dans l’ensemble pour des politiques de relance de la demande, inadaptées face au choc d’offre que constituait la hausse des prix du pétrole et sacrifiant de fait l’avenir. Le gouvernement dirigé par Jacques Chirac (1974-1976) fit le choix d’une relance par la consommation des ménages au détriment, dans une économie en voie d’ouverture, de la compétitivité des entreprises. Il est possible que le souvenir des grèves de mai-juin 1968, le plus grand conflit social de la l’histoire de France par le nombre de travailleurs impliqués, ait pesé fortement dans ce choix. Mais face à un choc d’offre, une relance par la demande a pour effet de générer de l’inflation plus que de soutenir l’activité économique : le taux de croissance annuel des prix à la consommation dépassa ainsi systématiquement 9 % de 1974 à 1983, témoignant ce faisant que le soutien à la demande venait buter sur les capacités de production.

La gauche, l’État et le déficit budgétaire

Par une politique de rigueur, Raymond Barre, premier ministre d’août 1976 à mai 1981 permit dans une certaine mesure d’éviter une dérive des comptes publics. Le déficit du budget l’état fut limité à 0,5% et 0,4% du PIB respectivement pour les années 1979 et 1980 et la dette publique ne dépassait pas 21% de ce PIB. Cependant, le taux de chômage qui était de 3,2% à la fin du premier trimestre 1975 était monté à 6,2% à la fin du premier trimestre 1981, à la veille de l’élection présidentielle.

Se fondant sur son programme commun de gouvernement, la gauche ayant accédé au pouvoir avec l’élection de François Mitterrand fit le choix d’une relance keynésienne associée à une large nationalisation du secteur bancaire et de grands groupes industriels. Cette politique échoua piteusement, amenant au tournant de la rigueur de 1983. Les équilibres économiques s’en trouvèrent durablement dégradés.

Quelles que soient les actions entreprises, les déficits budgétaires ont été systématiques et la dette publique n’a cessé de croître. Celle-ci s’élevait à 8,8% du PIB en 1972. Après qu’elle soit montée à 25% du PIB en 1976, elle fut abaissée à 20,9% en 1980 (gouvernement de Raymond Barre). Puis, à partir de 1981, elle ne cessa d’augmenter : 25,4% du PIB en 1982 ; 61% en 1998 ; certes elle fut marquée par un palier entre 1999 et 2002 ; puis son montant repartit à la hausse dans les années qui suivirent avec une intensification après la crise financière de 2007-2008. Elle est aujourd’hui à 117 % du PIB…

Un corollaire important de la relance keynésienne – quasi-systématique depuis le milieu des années soixante-dix – est l’accroissement du poids de l’État dans l’économie. Les dépenses publiques représentent en France pas moins de 57 % du PIB, un record absolu dans le temps et dans l’espace parmi les pays de l’OCDE, et il n’est même pas sûr qu’un tel niveau soit atteint pour des pays « communistes », même si les comparaisons de chiffres en la matière sont difficiles compte tenu des différences de systèmes statistiques. La base de données du FMI, téléchargée ce 1er mars 2026, nous indique que le poids des dépenses publiques dans le PIB est de « seulement » 32,4 % en République populaire de Chine en 2024, 19,1 % au Vietnam, 17,6 % au Venezuela de Nicolas Maduro, 27,1 % au Nicaragua sandiniste…

Cette part élevée des dépenses publiques dans le PIB va de pair avec un taux élevé de prélèvements obligatoires, lui aussi à un niveau quasiment record au sein des pays de l’OCDE. Pour partie la production publique est très utile (on peut penser par exemple à l’éducation et à la santé) et pas forcément réalisée de manière moins efficiente que par le secteur privé. Mais l’augmentation du poids de l’état traduit aussi dans certains cas le poids de la bureaucratie, la mise en place d’usines à gaz, l’inflation des normes, toutes choses susceptibles de nuire in fine au bon fonctionnement du secteur privé et ce faisant à la compétitivité des secteurs exposés à la concurrence internationale.

Par ailleurs, pour la gauche, pétrie d’idées malthusiennes, le « partage du travail » au moyen de la réduction hebdomadaire du travail et un avancement de l’âge de départ à la retraite, devait permettre de diminuer le chômage. Cette idée de « partage du travail » repose sur la croyance selon laquelle il y aurait un stock fixe d’emplois (i.e. une demande de travail de la part des entreprises), sur lequel les hausses ou les baisses de l’offre de travail de la part des travailleurs n’auraient pas de prise. C’est une idée naïve, qui fait l’impasse sur les ajustements des prix et des salaires, et qui est à l’évidence contraire à l’observation historique : il y a 40 millions d’habitants de plus en France aujourd’hui qu’en 1789, mais (Dieu merci!) il n’y a pas 40 millions de chômeurs supplémentaires par rapport à cette époque, les évolutions de la productivité, des prix et des salaires ayant permis sur cet intervalle de temps tout à la fois une progression substantielle de l’emploi et une progression encore plus considérable du niveau de vie.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement de Pierre Mauroy décida, sur le fondement de cette idée malthusienne profondément erronée (pour ne pas dire : idiote), d’abaisser à 39 heures la durée hebdomadaire du travail et de fixer à 60 ans l’âge de départ à la retraite (ordonnance du 26 mars 1982). Cette dernière décision fut en partie corrigée par la réforme entreprise en 2010 par le gouvernement de François Fillon portant progressivement l’âge légal de départ à la retraite de 60 ans à 62 ans. En revanche, en matière de durée du travail, la gauche persévéra dans l’erreur, en abaissant de manière autoritaire en 2000 la durée hebdomadaire à 35h. Les conséquences de la réduction du temps de travail furent désastreuses pour une économie française de plus en plus ouverte, soumise à la concurrence internationale.

C’est la même croyance en un stock fixe d’emplois qui a conduit le gouvernement Fabius à fixer l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac et à envoyer les jeunes bacheliers en masse dans les facultés sans sélection préalable, imaginant ainsi faire obstacle à une augmentation du chômage. L’Université française est ainsi devenue, au fil des ans, une grande garderie d’état, dans laquelle plus de la moitié des étudiants s’inscrivant en première année de licence finissent par quitter la fac sans avoir obtenu leur diplôme. Il y a là un immense gâchis de temps et d’argent, pour la collectivité et les professeurs d’une part, et pour ces étudiants en échec d’autre part, alors même que ces jeunes dans la force de l’âge pourraient – s’ils étaient orientés plus précocement vers des filières techniques et professionnelles plus adaptées à leur profil – contribuer valablement à l’activité productive et donc non seulement à leur niveau de vie mais aussi au niveau de vie d’ensemble dans notre pays.

Par ailleurs, depuis les années quatre-vingt-dix, l’économie française a été confrontée à un autre défi, la mondialisation des échanges et la montée des pays nouvellement industrialisés aux coûts de production sensiblement inférieurs à ceux de l’économie nationale. Aujourd’hui la Chine est devenue « l’atelier du monde » et le premier exportateur mondial, la France étant en voie de désindustrialisation.

L’impact de l’euro

Un autre facteur, vu à l’époque comme une chance pour l’économie du pays, est l’introduction le 1er janvier 1999 de l’euro, monnaie unique, partagée à l’origine par onze pays de l’Union européenne, rejoints entre 2001 et 2026 par dix autres pays, soit au total vingt et un pays. Interdisant par sa nature tout ajustement monétaire entre pays adhérents à cette monnaie unique, celle-ci a pesé négativement sur la compétitivité de l’économie française, compte tenu de ses faibles gains de productivité, favorisant en revanche l’Allemagne (aux gains de productivité plus élevés qu’en France). Du coup l’euro est sur-évalué pour la France et sous-évalué pour l’Allemagne. Or la parité (forte) d’une monnaie ne se décrète pas : elle se constate, elle est le résultat d’une croissance des salaires en ligne avec – et rendue possible par – des gains de productivité élevés, car dans le cas contraire la hausse des coûts salariaux unitaires vient dégrader la compétitivité. Avant et au moment de la création de l’euro, de nombreux économistes, et parmi eux au moins une dizaine de prix Nobel, avaient pourtant alerté la classe politique européenne sur le fait que la monnaie unique était inadaptée pour une zone comme l’Union européenne, où la mobilité des travailleurs reste faible (pour des raisons notamment linguistiques), et où il n’y a pas de transferts fiscaux significatifs entre les pays membres.

Il faut observer aussi que si la France avait disposé de sa propre monnaie, il lui aurait été difficile d’emprunter au niveau actuel de dettes car cette monnaie aurait perdu de sa valeur enchérissant substantiellement ses importations et le coût de cette dette. Peut-être une véritable réflexion aurait-elle été suscitée, dans ce cas, suivie de décisions politiques de fond sur l’affaiblissement du tissu industriel. à cet égard, la politique de l’offre entreprise – timidement – sous les mandats de François Hollande et d’Emmanuel Macron a été loin d’avoir les effets escomptés, les causes de la désindustrialisation n’étant que très partiellement traitées (durée du travail, système éducatif…).

Des indicateurs alarmants

Enfin et surtout, le délabrement du système éducatif (sensiblement plus prononcé en France que dans les autres pays développés, ainsi qu’en attestent les classements internationaux tels que PISA ou TIMMS) finit par peser sur les gains de productivité dans notre pays. Emmanuel Todd (2017) note une tendance au plafonnement voire à la dégradation du niveau éducatif dans les pays développés dès les années soixante, sous l’effet de l’arrivée et de la généralisation de la télévision dans les foyers. En la matière, la France est particulièrement affectée, d’une part parce qu’elle paye très mal ses professeurs (moins bien que le Portugal par exemple) et qu’en conséquence le niveau moyen de recrutement des enseignants s’en ressent, et d’autre part, parce que la discipline en classe est notoirement mauvaise dans notre pays (seuls le Brésil et l’Argentine, parmi les 40 pays sous revue dans le cadre du dispositif Pisa, présentent un niveau de discipline en classe encore plus médiocre que la France).

Au total, la croissance économique est aujourd’hui atone et la productivité stagne, après avoir régressé. Si de 1970 à 1974, la croissance moyenne annuelle du PIB en volume fut de l’ordre de 5,3%, dans la seconde partie de la décennie (1975-1979), elle n’atteignit que 2,9%. Puis de décennie en décennie, la valeur annuelle moyenne n’a cessé de baisser : 2,3/2,4% dans les années 1980 ; un peu plus de 2% dans les années 1990 ; 1,4% dans les deux décennies suivantes. Pour la décennie en cours, il est probable que la moyenne annuelle ne dépassera pas à 1%.

Le taux de chômage a oscillé en moyenne entre 8% et 10% de la population active. Selon les chiffres publiés par l’INSEE, le 10 février 2026, le taux de chômage s’élève à 7,9 % de la population active à la fin de l’année 2025 contre 7,3 % au dernier trimestre 2024.

La France est confrontée à un niveau d’endettement public par rapport au PIB jamais atteint en période de paix. Le déficit budgétaire a été de 5,4% pour l’année 2025 et, pour 2026, le déficit prévisionnel est 5%. La dette publique s’élève à 117,4%. Tout cela, dans un contexte où les prélèvements obligatoires ont représenté 45,3% du PIB en 2024 pour des dépenses publiques s’élevant à 57,1 de ce PIB.

S’agissant de la dette négociable (la dette non négociable correspond aux dépôts auprès du Trésor de certains organismes publics), elle est décomposée en Obligations Assimilables du Trésor (échéances de deux ans à cinquante ans) et de Bons du Trésor à taux fixe (échéance maximum un an). À la mi-2025, les premières étaient détenues à hauteur de 54,7% par des non-résidents, ceux-ci détenant 81,3% de la dette représentée par les BTF. La Banque de France, opératrice sur le marché de la BCE détient environ 20% de la dette publique française.

En 1974, la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière (hors énergie et industries extractives) représentait 20% du PIB. En 2024, cette proportion n’est que de 9,6%. Dans un article récent, Nicolas Baverez remarquait que la France ne produisait que 36% des biens manufacturés qu’elle consomme.

Si la France a enregistré un excédent de sa balance commerciale entre 1993 et 1999, et un quasi-équilibre de 2000 à 2003, à partir de l’année 2004 cette balance a toujours été déficitaire, atteignant un record en 2022, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie, année où le déficit sur les biens fut de 161,7 milliards d’euros. Depuis ce déficit sur les biens s’est réduit avec le repli des prix de l’énergie, mais s’établit tout de même à 69,2 milliards d’euros pour l’année 2025 (- 79,3 milliards en 2024). S’agissant des services, la balance commerciale de la France est (encore) structurellement excédentaire (excédent du solde des services + 55,5 milliards d’euros en 20255) ce qui compense quelque peu le déficit sur les biens (le tourisme, les services financiers et le fret maritime étant les trois principaux postes). Pour ce qui est des biens, même notre commerce agro-alimentaire, qui était traditionnellement notre point fort, est maintenant déficitaire.

Pour ce qui est du niveau de vie, les chiffres publiés par Eurostat et l’Insee sont éloquents quant à notre affaiblissement. Par rapport à un indice médian de 100 du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat, la France est passée d’une valeur de 109 en 2013 à 98 en 2024. Certes, durant la même période l’indice calculé pour l’Allemagne s’est abaissé de 126 à 116 mais il reste sensiblement supérieur à la moyenne. La baisse de l’Italie n’est que de deux points, 100 à 98 durant la même période. S’agissant d’une moyenne, la baisse des pays à l’origine les plus développés est expliquée globalement par l’ascension des pays d’Europe centrale et orientale qui bénéficient d’un effet de rattrapage.

Comment redresser le pays ?

Le redressement doit reposer sur un objectif clair de croissance économique. Cela suppose de relancer la productivité, ce qui constitue une œuvre de longue haleine qui passe au préalable par un redressement du système éducatif. Ce redressement nécessite une restauration de la discipline en classe et une revalorisation des salaires des enseignants nouvellement recrutés, de façon à attirer vers ce métier un plus grand nombre d’étudiants de qualité.

Le redressement du pays passe aussi par une réduction ciblée mais néanmoins significative des dépenses publiques, ce ne sont pas les pistes d’économies qui manquent, sans porter atteinte ni aux dépenses pour préparer l’avenir (éducation, recherche) ni à la protection sociale dont bénéficient les citoyens français.

Il faudra aussi sans doute travailler davantage tout au long de la vie. Il faut mettre fin à ce gâchis que constitue l’envoi massif de jeunes bacheliers à la fac sans sélection préalable, limiter le droit de faire des études supérieures à caractère académique à ceux des bacheliers qui font la preuve de leur faculté à les mener à bien, et orienter plus précocement les autres jeunes vers des filières professionnalisantes, à caractère plus technique. De manière symétrique, si certains salariés âgés ayant exercé des métiers pénibles peuvent légitimement aspirer à partir en retraite aux âges en vigueur à présent, il y a un grand gâchis à sortir du marché du travail à 62 ou 63 ans des travailleurs expérimentés dont l’état de santé leur permettrait de continuer à contribuer à l’activité économique de notre pays.

Quoi qu’il en soit, l’immigration n’est sans doute pas une solution, en tout cas pas l’immigration massive telle que nous la connaissons (la France peut cependant avoir intérêt à faire venir sur son sol un nombre plus réduit de personnes bien choisies).

L’immigration ne saurait être une solution d’abord parce qu’elle ne permet pas de rééquilibrer de manière pérenne notre pyramide des âges, comme l’a montré Didier Blanchet (1988). Dans le même ordre d’idées, les projections de populations des Nations unies de 2000 montrent que les volumes d’immigration qui seraient nécessaires pour rééquilibrer (temporairement) la pyramide des âges des pays développés sont tellement importants (de l’ordre du million de personnes par an, pour la France et pour des pays comparables au nôtre) qu’ils en sont irréalistes.

Ensuite, parce que les immigrants que reçoit notre pays, compte tenu de leurs faibles niveaux de qualification en moyenne, n’ont au mieux qu’un impact modérément négatif sur nos finances publiques et ce temporairement et au prix d’hypothèses simplificatrices et très discutables. L’immigration de main d’œuvre représente d’ailleurs à peine 15 % du flux de premiers visas de séjour accordés, et il est probable qu’une partie importante des immigrants que nous accueillons sont attirés par le niveau élevé de protection sociale auquel ils peuvent prétendre en France dès leur arrivée. L’économiste George Borjas a documenté l’existence d’un effet de sélection de ce type dans les comportements des immigrants arrivés aux états-Unis, il serait bien étonnant qu’un mécanisme similaire ne joue pas pour la France.

Enfin, parce que l’Afrique subsaharienne est à présent la seule région du monde où la fécondité est encore significativement supérieure au seuil de renouvellement des générations, de sorte que cette région aux traditions culturelles si différentes des nôtres constitue la seule zone au départ de laquelle pourraient se produire des flux migratoires déséquilibrés et importants à destination des pays développés. Mais il importe à cet égard de se préoccuper de la capacité des immigrants à s’intégrer à la France et à contribuer positivement à son destin.

Or l’économiste américain Garett Jones, dont nous avons récemment rendu compte de l’ouvrage sur l’immigration dans ces colonnes, montre d’une part, que le niveau de développement d’un pays est étroitement lié à un certain nombre de facteurs « culturels » tels que la propension à épargner (qui favorise l’accumulation de capital), le degré de confiance entre les personnes (qui fluidifie les relations économiques), ou encore l’absence de corruption et la qualité des institutions ; et d’autre part que les migrants emportent avec eux les traits culturels de leurs pays d’origine et les transmettent à leurs descendants, les traits du pays d’origine ayant tendance à persister dans leurs comportements au-delà de plusieurs générations. De sorte qu’il n’est pas certain que l’importation massive de populations aux traits culturels très différents de la société française soit propice à son développement.

Michel Leblay
04/03/2026

Références

Askenazy Ph. et alii (2024) : « À la recherche des gains de productivité perdus depuis la crise sanitaire », blog de l’Insee ;
Blanchet Didier (1988) : « Immigration et régulation de la structure par âge d’une population », Population, n°1 ;
Banque mondiale (2026) : « PIB par habitant, ($ PPA internationaux courants) – pays membres de l’OCDE » ;
Bergeaud Antonin, Gilbert Cette et Rémy Lecat (2018) : « Le Bel Avenir de la croissance. Leçons du XXe siècle pour le futur. », éditions Odile Jacob ;
Bouvier Gérard et Charles Pilarski (2008) : « Soixante ans d’économie française : des mutations structurelles profondes », Insee Première, n°1201 ;
Jones Garett (2022) : « The Culture Transplant – How migrants make the economies they move to a lot like the ones they left », Stanford University Press ;
Todd Emmanuel (2017) : « Où en sommes-nous ? Une esquisse de l’histoire humaine », éditions du Seuil.

Michel Leblay

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