Accueil | Europe | Jean-Claude Juncker. Quel message pour les Européens ?

Jean-Claude Juncker. Quel message pour les Européens ?

Jean-Claude Juncker. Quel message pour les Européens ?

par | 29 juin 2014 | Europe

«Bref, rien ne changera vraiment dans les perspectives offertes par l’Union européenne.»

♦ La désignation de Jean-Claude Juncker comme président de la Commission européenne devra être ratifiée par le Parlement européen, mais elle paraît désormais acquise. Elle a résulté d’un vote au Conseil européen (représentant les chefs d’Etat et de gouvernement) à la quasi-unanimité, sauf ceux de la Grande-Bretagne et de la Hongrie.


Dans un premier temps, ceux qui espèrent encore en l’avenir de l’Union européenne se sont réjouis. David Cameron qui s’était battu jusqu’au dernier moment contre cette nomination a dû céder devant l’obstination d’Angela Merkel, mollement soutenue par François Hollande. Cameron laisse planer désormais la menace d’un retrait de l’Union européenne. Quand on connaît le rôle qu’elle y joue en tant qu’ennemie de l’intérieur, au service constant des USA, nul ne regrettera la Grande-Bretagne. Restera à s’assurer que les nombreux fonctionnaires européens de nationalité britannique placés depuis les origines dans les institutions et y jouant le rôle d‘insiders, seront remplacés… Ceci paraît fort improbable.

En dehors de cela, si Juncker est apparu comme le meilleur choix pour la Commission européenne, c’est bien parce qu’il n’existait pas d’autres candidats présentables aux yeux des conservateurs du parti démocrate européen (PDE) ayant acquis la majorité au Parlement. Sa désignation est le résultat d’arbitrages compliqués entre Conseil et Parlement : des socialistes soutenant un conservateur, et vice-versa. De ces marchandages devrait résulter le choix par le Parlement du socialiste Martin Schultz comme président. Le «socialisme» de celui-ci est très pâle, et difficile à distinguer, mis à part quelques questions relatives aux investissements publics, de celui des conservateurs.

Quant à Jean-Claude Juncker, s’il est doté d’une forte personnalité (au contraire de son prédécesseur le caricatural Barroso), on oubliera difficilement qu’il a constamment encouragé la création au cœur de l’Europe d’un des plus grands paradis fiscaux au monde, le Luxembourg. Ceci pendant six ans comme ministre des Finances (1989-1995), puis dix-huit ans comme premier ministre et ministre des Finances (1995-2013). Il est de ceux qui par ailleurs ont le plus contribué à la dérégulation financière de l’espace européen et à la mise en place de politiques d’austérité dont tous les Etats européens souffrent encore, sauf l’Allemagne.

Par ailleurs pendant huit ans président de l’Eurogroupe (2005-2013), il n’a en rien joué un rôle analogue à celui du président de la Banque fédérale de réserve aux Etats-Unis pour soutenir les politiques du gouvernement américain.

Sous son égide, le Luxembourg, qui dispose en tant que membre du Conseil européen d’un droit de veto sur toutes les décisions relatives à la fiscalité et à la réglementation financière et bancaire européennes, n’a jamais rien fait pour s’opposer aux véritables diktats imposés à l’Europe par les intérêts financiers internationaux régnant à Wall Street et à la Cité de Londres.

N’ayant jamais combattu en quoi que ce soit l’emprise de ces intérêts financiers, reprise et amplifiée par Washington, il y a tout lieu de croire qu’il ne s’opposera pas plus à eux que ne faisait son prédécesseur Barroso, ceci notamment à l’occasion des négociations sur le TTIP et sur le futur TISA dont on sait que la Commission s’obstine, sur les injonctions de Washington, à écarter les Etats européens (voir notre article http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=1403&r_id=). Il ne fera rien non plus pour associer l’Europe ou l’euro à une éventuelle dédollarisation du monde que pourraient prochainement s’efforcer d’entreprendre les pays du BRICS.

Bref, rien ne changera vraiment dans les perspectives offertes par l’Union européenne. Si encore la France avait en François Hollande (*) un chef d’Etat de la trempe de l’Italien Matteo Renzi, à eux deux, ils pourraient peut-être faire quelque peu évoluer le poids du socialisme en Europe. Mais il ne faut pas y compter.

 

Jean-Paul Baquiast
historien et homme politique français.
28/06/2014

Pour une Europe intelligente
Europe solidaire.eu

Note de la rédaction :

(*) Selon Le Monde des 29 et 30/06/2014, Jean-Claude Juncker était à peine désigné pour la présidence de la Commission, quand François Hollande a réclamé, vendredi 27 juin, «une responsabilité importante» pour le commissaire français sous la forme d’une vice-présidence. Il a pour ce faire quatre poulains : l’ancien ministre des Finances Pierre Moscovici, l’ancien directeur général de l’OMS Pascal Lamy, l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault et l’ancienne ministre Elisabeth Guigou.

Correspondance Polémia – 29/06/2014

Image : La chancelière allemande a donné à Jean-Claude Juncker son soutien.

 

Cet article vous a plu ?

Je fais un don

Soutenez Polémia, faites un don ! Chaque don vous ouvre le droit à une déduction fiscale de 66% du montant de votre don, profitez-en ! Pour les dons par chèque ou par virement, cliquez ici.

Je m'abonne

Trois fois par semaine dans votre boîte aux lettres électronique, la Lettre de Polémia.
 

Assimilation, séparation ou remigration ?

Par Paul Tormenen, juriste et spécialiste des questions migratoires ♦ Le prochain Forum de...

Alain de Benoist : « Trump, faute de mieux »

La date de l'élection américaine se rapproche à grands pas. Le choix entre Donald Trump et Joe...

Insécurité. Interdiction des feux d’artifice… et du bon sens ?

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre...

I-Média n°318 – Couvre-feu : les journalistes au garde-à-vous

Comme chaque semaine, I-Média décrypte l’actualité médiatique en déconstruisant le discours...

Covid-19. Le point sur la situation du Général Delawarde – Octobre 2020

Par le Général (2S) Dominique Delawarde – Ancien chef « Situation-Renseignement-Guerre...

États-Unis. Les enjeux énormes de l’élection présidentielle américaine

Par Michel Leblay, patron d’émission à Radio Courtoisie ♦ Encore plus que celle de 2016,...

Sophie Pétronin : le retour de la convertie

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère...

Quand la radio publique appelle à la censure

Par Mathieu Bock-Côté, sociologue et essayiste ♦ La diversité idéologique est complètement...

Jean-Yves Le Gallou : « Face à la diabolisation, ne pas céder, ne pas plier le genou ! »

Découvrez ci-dessous l'entretien accordé par Jean-Yves Le Gallou à Breizh-Info à l'occasion de la...

I-Média n°317 – Eric Zemmour face à la haine politico-médiatique

Comme chaque semaine, I-Média décrypte l’actualité médiatique en déconstruisant le discours...