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Pourquoi la Syrie est importante pour nous tous

Pourquoi la Syrie est importante pour nous tous

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Tribune de Laurent Ozon.

Certains s’agacent du temps que nous consacrons à dénoncer les projets de guerre contre la Syrie. Malgré leur éventuelle opinion critique sur cette question, ils estiment, et nous pouvons les comprendre, que nous devrions consacrer notre temps et notre énergie à dénoncer les problèmes dont souffrent nos compatriotes, ceux qui sont plus proches de nous avant d’aller perdre notre temps dans des affaires lointaines qui nous dépassent largement.


A l’heure où le gouvernement français poursuit les naturalisations, ouvrant encore davantage les vannes de la colonisation de peuplement, à l’heure où la nature est saccagée et les scandales sanitaires se multiplient, à l’heure où des millions d’entre nous souffrent du chômage et de la précarité, à l’heure où des millions d’entre nous s’inquiètent du travail de déconstruction des murs porteurs de la culture populaire et des valeurs fondatrices de notre civilisation, passer du temps à dénoncer les velléités de guerre contre la lointaine Syrie peut sembler bien secondaire.

Certes, nous pourrions répondre que les événements de Syrie sont susceptibles d’avoir un impact lourd sur la sécurité internationale et donc des répercussions sur notre sécurité intérieure, des conséquences sur la vie de nos soldats, et sur les finances déjà passablement malmenées de notre pays. Mais la question syrienne n’est pas seulement une affaire de plus, c’est bien un des éléments clés du Grand Jeu d’influence que se livrent les puissances du monde. Elle est importante parce que ce sont ceux qui sont directement responsables de l’effondrement de notre pays (culture, économie, immigration) qui sont aussi à la manœuvre contre la Syrie jouant le tout pout le tout afin d’empêcher le système de pouvoir qu’ils ont bâti de s’écrouler et de rendre ainsi au monde, non pas bien sûr la paix perpétuelle, mais sa multipolarité.

L’oligarchie cherche une solution

Soyons plus clairs encore. L’oligarchie mondialisée qui contrôle aujourd’hui non seulement la plupart des multinationales mais aussi le système bancaire et l’état profond de la première puissance militaire de la planète, cherche en Syrie une solution au lent effondrement de son hégémonie économique.

Il semble difficile de reconnaître que nous n’avons pas à faire simplement à des intérêts nationaux contradictoires ou à des hégémonies « naturelles », comparables en tout cas à ce que le monde avait précédemment connu.

Ma conviction est que nous ne résoudrons la plupart des maux dont nous souffrons que si nous sommes capables d’en identifier les causes profondes en nous détachant, même si c’est parfois difficile, des conséquences de ces problèmes.

Prenons par exemple la question de l’immigration. Si elle est encouragée et soutenue par notre classe politique depuis près de 40 ans, c’est évidemment parce que certaines intérêts économiques y trouvent leur compte, aussi parce que nous sommes des pays riches et qu’ils viennent de pays pauvres. Mais derrière ces évidences, il est indispensable d’expliquer qu’elle est le moyen de déstabiliser profondément des pays en créant des sociétés instables et policières. Des Etat qui consacreront l’essentiel de leur énergie à assurer la coexistence difficile de populations qui ne sont pas choisies perdront de fait leur puissance d’action et leur capacité à s’opposer aux intérêts de l’oligarchie sur la scène mondiale. Ils encouragent partout l’immigration parce que les sociétés multiculturelles sont des sociétés divisées contre elles-mêmes et dans lesquelles, aucune unanimité populaire ne peut plus balayer ceux qui détiennent les pouvoirs, l’information et l’argent.

L’objet de cet article n’est évidemment pas de reprendre dans le détail toutes les clés d’analyse des maux dont nous souffrons, mais de rappeler, à ceux qui ne se contentent pas de foncer sur les chiffons rouges que les médias nous agitent sous le nez, que la question syrienne n’est pas simplement une affaire d’argent, de pétrole ou de lutte d’influence.

La domination du marché des ressources énergétiques

Pour faire simple, la guerre contre la Syrie est une guerre pour la domination du marché des ressources énergétiques menée par l’Etat-profond US, l’instance de contrôle principal de l’oligarchie mondiale. Cette guerre pour les ressources vise à contrôler à maintenir la suprématie du dollar (et des intérêts qui sont liés) dans les échanges internationaux au détriment de la Russie, de la Chine, de l’Europe et des pays producteurs de pétrole non alignésLe maintien du dollar comme unité de change internationale était déjà la clé d’explication de la crise de l’euro comme de l’intervention en Libye. Elle est le moyen par lequel le système oligarchique mondialisé se finance en contractant des dettes auprès des peuples, via leurs Etats, dans le monde entier, dans une unité de change qui n’a que la valeur du papier sur laquelle elle est imprimée. Le dollar est l’instrument d’une logique de domination qui repose sur la marchandisation du monde, l’interdépendance économique, la dette, l’exploitation, et la ruine des peuples par l’écrasement de leur cohésion, de leur culture et de leurs capacités à satisfaire par eux-mêmes leurs besoins. A décider chez eux de ce qui est bon pour eux.

Conclusion

En conclusion, il ne nous suffit pas, bien sûr, de manifester notre opposition à cette guerre que l’on cherche à effectuer en notre nom ni même de nous solidariser de tous ceux qui la combattent. Ce que nous voulons, c’est contribuer à dévoiler les enjeux réels et les responsables directs des maux qui ont fait de notre pays ce que nous en connaissons aujourd’hui. Nous souhaitons éclairer ces enjeux et dévoiler les logiques d’intérêts d’une oligarchie dangereuse qui pousse notre civilisation et ses milliers d’années d’histoire à l’abîme. Sur ce sujet comme sur d’autres, nous pouvons contribuer à déciller les yeux de nos compatriotes mais aussi et surtout, à assurer notre survie et celle de nos enfants.

 Laurent Ozon
Président de Maison Commune
laurent.ozon@me.com
4/09/2013

 Les intertitres sont de la rédaction

Correspondance Polémia – 6/09/2013

Image : « Le diktat de l'”homo economicus” et l’injonction au “développement”, masque grossier de la marchandisation du monde jusque dans ses espaces naturels collectifs les plus inaliénables nous conduisent à l’éclatement du lien social, à la dépolitisation crasse, à l’abrutissement dans la société de consommation et dans son corollaire, la société du spectacle et des nouvelles technologies. » (Anna Laura. Sous la catégorie à la lestra / sur le vif, 9/08/2013)