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« Les Chemins de Damas », de Christian Chesnot et Georges Malbrunot

« Les Chemins de Damas /Le dossier noir de la relation franco-syrienne », de Christian Chesnot et Georges Malbrunot

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Note de lecture de Camille Galic

♦ « C’est la classe gouvernante française qui, par inconséquence, ignorance volontaire des réalités locales, droitdel’hommisme passionnel mais aussi esprit de lucre exacerbé poussant à servir les intérêts et les caprices de potentats arabes, a largement contribué à la création des “ Chiens enragés” ».

Que faire des djihadistes français, musulmans d’origine ou convertis, partis combattre en Syrie où certains ont été transformés en bourreaux, comment empêcher les survivants de nuire ensuite sur le sol national, quels centres de détention et quels programmes de « déradicalisation » élaborer à leur usage ? Ce sont les questions lancinantes que toute la classe politique se pose, la suggestion avancée par Nicolas Dupont-Aignan de « rouvrir Cayenne » ayant, bien sûr, été repoussée avec horreur.


L’hyperclasse responsable et coupable

3 DamasMais l’hyperclasse oublie de faire son mea culpa. Car c’est elle, et elle seule, qui a créé un terreau favorable en laissant submerger notre pays par des millions d’immigrés musulmans ; elle qui a leurré nos compatriotes en s’accrochant à la fiction d’un « islam de tolérance » ; elle qui a œuvré à la dislocation de la cellule familiale, le rôle de pater familias étant abandonné à des imams fanatiques ; elle qui, en favorisant la mixité raciale sous couleur de mixité sociale, a aussi facilité l’embrigadement des jeunes Européens ; elle qui, en imposant le métissage comme valeur d’avenir et de progrès, a fabriqué des individus déstabilisés choisissant des causes extrêmes pour échapper à l’inconfort de leur situation et s’affirmer ; elle, enfin, qui a érigé l’instauration au Moyen-Orient de la démocratie occidentale comme la lutte du Bien contre le Mal et a donc poussé à s’engager idéalistes, cabochards, révoltés ou délinquants pour rejoindre les rangs d’une rébellion si abusivement présentée comme laïque, intègre et progressiste alors qu’elle était dès l’origine gangrenée tant par l’islamisme que par la corruption. Cette dernière caractéristique, il est vrai, ne gênait en rien nos « élites », elles-mêmes viciées jusqu’au trognon, ce qui explique les ambiguïtés, les virages et les positions (ou les postures) si contraires à l’intérêt national marquant depuis une trentaine d’années nos relations avec les pays du Proche- et du Moyen-Orient.

Après Juppé le faux prophète…

Dans leur passionnant ouvrage Qatar, les secrets du coffre-fort (1) paru en 2013, Christian Chesnot (France Inter) et Georges Malbrunot (Le Figaro) avaient déjà démontré l’assujettissement de la Cinquième sarkozienne aux princes qatariotes. Mais rien n’a changé depuis l’alternance hollandaise, comme on s’en aperçoit à la lecture du dernier livre du tandem, Les Chemins de Damas, sous-titré Le dossier noir de la relation franco-syrienne (2).

Contre l’avis de Chirac, obsédé par l’assassinat de son « frère » et surtout bienfaiteur le Libanais Rafic Hariri – dont rien ne prouve d’ailleurs qu’il ait été tué à l’initiative de la Syrie tant ce richissime affairiste s’était fait d’ennemis –, Nicolas Sarkozy avait au début de sa présidence engagé un flirt poussé avec Bachar al-Assad, jusqu’à faire de celui-ci l’invité d’honneur de la revue du 14-Juillet 2008, cela non de sa propre initiative mais sur les instances du Qatar, qui jouait alors Damas contre l’Arabie Saoudite. Or, c’est toujours à la remorque du Qatar, qui avait opéré en 2010 un spectaculaire renversement d’alliances et auquel le président français n’a rien à refuser (3), que le Syrien devint pour nous l’homme à abattre, et le soutien à la révolution une ardente obligation. Ministre des Affaires étrangères en remplacement de Michèle Alliot-Marie, contrainte à la démission en raison de ses liens avec le Tunisien Ben Ali, Alain Juppé ne cessa ainsi, dès le printemps 2011 et malgré les avertissements des spécialistes sur la popularité et donc la capacité de résistance du régime alaouite, d’affirmer que « les jours du tyran sont comptés », avant de déclarer en juillet le président Assad « illégitime ». Cette position sera aussi celle de Laurent Fabius dès son arrivée au Quai d’Orsay, où il ne cachait pas « en avoir marre de ce ministère propalestinien ».

… à Fabius le pyromane

Car sur ce dossier, écrivent les deux journalistes, « Laurent Fabius est proche des thèses de l’Etat hébreu », si proche que, lors de la sanglante opération israélienne « Bordure protectrice » menée l’été dernier dans la bande de Gaza, le ministre « n’a pas eu un mot pour les damnés de Chadjaiya, le quartier réduit en cendres par l’armée israélienne ». Rien d’étonnant donc si, « quand il prend en main le dossier syrien, Laurent Fabius développe trois obsessions que plusieurs diplomates nous disent avoir pu constater lors de réunions : la Russie, Bachar al-Assad et l’Iran. Sur cet “axe du mal” fabiusien […], le blocage est total. C’est presque irrationnel. »

Et c’est cette « haine sans limites » contre le régime syrien, que Tel Aviv essaie depuis si longtemps d’anéantir, qui conduira le chef de notre diplomatie, très influencé par les neo-conservatives d’outre-Atlantique, à proférer à la mi-août 2012 cette phrase ahurissante : « M. Bachar al-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre ! »

« Au risque, commentent les auteurs dont l’un assista à cette explosion de haine ministérielle, d’encourager de jeunes Français à aller combattre le “tyran” syrien. »

Des Brigadistes rouges aux djihadistes verts

Bis repetita… C’est aussi la gauche qui, à partir de 1936, avait encouragé les jeunes de l’époque à s’engager dans les Brigades internationales pour aller combattre en Espagne le « tyran » Franco. Une telle geste avait été magnifiée par le président Chirac qui accorda en 1996, à la demande du Parti communiste, la carte de combattant aux anciens des Brigades (dont « il est acquis » qu’ils « ont fait acte de volontariat et d’abnégation totale au service de leur idéal ») et sans cesse exaltée dans nos écoles par des générations d’enseignants – lesquels se gardent bien de rappeler que les pires horreurs commises sous l’Occupation et à la Libération le furent souvent par des maquis constitués de vétérans (français compris) de la Guerre civile espagnole.

« Nos péchés ont de longues ombres », dit un proverbe anglais. C’est la classe gouvernante française qui, par inconséquence, ignorance volontaire des réalités locales, droitdel’hommisme passionnel mais aussi esprit de lucre exacerbé poussant à servir les intérêts et les caprices de potentats arabes, a largement contribué à la création des « Chiens enragés », pour reprendre le titre du dernier roman de Marc Charuel (4), que sont « nos » djihadistes. Mais c’est le peuple français qui, en fin de compte, pâtira le plus de leur rage.

Camille Galic
23/11/2014

Notes :

(1) Le Qatar, un ami qui nous veut du mal

(2) Christian Chesnot et Georges Malbrunot : Les Chemins de Damas, préface du général Philippe Rondot, éd. Robert Laffont, 2014, 386 pages.

(3) Dans Une France sous influence (éd. Fayard, 2014), Vanessa Ratignier et Pierre Péan citent une confidence de l’émir de Doha à des proches : « Sarkozy pleurait presque. Il m’a raconté que sa femme Cécilia lui demandait 3 millions d’euros pour divorcer. C’est moi qui ai payé. » Vraisemblablement via un prélèvement effectué sur l’argent versé par le Qatar à la Libye contre la libération des infirmières bulgares détenues par Kadhafi.

(4) http://www.polemia.com/chiens-enrages-de-marc-charuel/

Correspondance Polémia –

Image : 1re de couverture sur fond de la Grande Mosquée des Omeyyades ou la mosquée aux mosaïques d’or de Damas