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La Pologne : déchirée à l’intérieur, stigmatisée et diabolisée à l’étranger

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Piotr Majewski, universitaire

♦ Le destin de la Pologne est celui d’un peuple catholique fou de courage et de patriotisme dont le territoire n’a cessé de se déplacer et d’être partagé entre ses voisins.

Ce grand pays a gagné son indépendance après la guerre de 1914-18. Il a cependant continué à être martyrisé au terme d’un ultime partage, par les Allemands, comme à Varsovie en 1944, et par les Soviétiques, comme à Katyn en 1940. Il fut abandonné par Roosevelt et Churchill à Yalta.

La Pologne a été en pointe avec Jean Paul II, Lech Walesa et Solidarnosc dans le combat pour abattre le totalitarisme communiste qui l’a opprimée pendant près d’un demi-siècle.

Aujourd’hui elle entre en combat pour sauvegarder son identité et revendiquer sa souveraineté face au successeur de l’empire soviétique, le conglomérat européen, fruit du mondialisme et vassal de l’empire américain.
André Posokhow


En octobre 2015, Droit et Justice (PiS), le parti conservateur, identitaire, souverainiste, eurosceptique et attaché aux valeurs traditionnelles, a remporté les élections législatives et obtenu la majorité absolue. Quelques mois auparavant, le candidat conservateur, soutenu par Droit et Justice, Andrzej Duda, était devenu président de la République.

Pour la coalition des libéraux de Plate-forme civique (PO) et du Parti paysan polonais (PSL) et pour le cercle du président sortant (soutenu par le PO), cette défaite inattendue a constitué un énorme traumatisme.

Au cours des années précédentes, ces politiciens ont servi en priorité les intérêts des groupes politiques issus de l’ancien régime communiste qui se sont convertis au « capitalisme » ou plutôt à l’affairisme et étaient impliqués dans de nombreux scandales politiques et financiers.

Ils avaient aussi des liens très forts (parfois de caractère criminel) avec les services spéciaux russes et les capitaux étrangers investis dans les secteurs bancaire, médiatique et commercial.

Ils se rendent compte aujourd’hui qu’ils ont beaucoup à perdre.

Les réformes qui menacent la dolce vita des « enfants du Système »

Parmi les réformes inscrites dans le programme de Droit et Justice qui menacent la toile d’araignée de ces oligarchies on peut noter :

  • l’introduction d’un impôt spécial sur les hypermarchés et la grande distribution ;
  • la création d’un impôt spécial dans le secteur bancaire et les transactions financières ;
  • la re-polonisation du secteur bancaire ; en 2015, 75% de ce marché était contrôlé par les capitaux étrangers ;
  • la limitation du capital étranger dans les « médias mainstream ». En 2015, 80% des médias étaient aux mains de sociétés étrangères.

D’autres pans du programme inquiètent beaucoup, comme le refus d’accepter les quotas de réfugiés et les migrants économiques imposés par l’Union européenne ou, en ce qui concerne la vie morale, la loi sur l’avortement et la fécondation in-vitro.

Qui a peur de l’Etat de droit et de la démocratie ?

 Presque immédiatement après ces élections libres et démocratiques, le gouvernement est devenu la cible des attaques hystériques des diverses forces politiquement correctes, gauchistes et progressistes.

Une organisation mystérieuse, le Comité pour la défense de la démocratie (KOD), alliée au PO (et peut-être créée par lui) et le journal Gazeta Wyborcza, qui soutient les libéraux, ont commencé à mener des campagnes sur le thème de « la menace qui pèse sur l’Etat de droit ».

Les mensonges se multiplient et aucun prétexte n’est écarté pour affirmer que la démocratie en Pologne se trouve en danger mortel. Les réformes du Tribunal constitutionnel sont présentées comme une scandaleuse violation de la Constitution et les changements introduits dans la loi sur les médias comme, bien sûr, destinés à limiter la liberté d’expression.

Déjà, avant la Noël 2015, la majorité des médias polonais, toujours aux mains des capitaux étrangers et favorables à l’ancien régime et aux idées dites progressistes, et les kapos du Parlement européen ont affirmé à qui voulait l’entendre que la Pologne connaissait une situation de crise. Comme dans le scénario hongrois le pays est devenu « la bête noire » des institutions de l’Union européenne et des médias de ses pays membres, avec cependant quelques exceptions.

Le sommet de l’hypocrisie : l’enquête de l’Union européenne sur la situation en Pologne

 Martin Schulz, le président du Parlement européen, s’est permis de qualifier les événements en Pologne de coup d’Etat orchestré par le gouvernement polonais.

Enragés, les médias internationaux de gauche et du centre ont hurlé leurs accusations : la Pologne serait un pays xénophobe, antidémocratique, intolérant…

Stimulée, l’Union européenne a lancé une enquête sur la situation de l’Etat de droit en Pologne.

Au Parlement européen, un débat, ou plutôt une parodie de débat, a été engagée sur la situation de l’Etat de droit et de la démocratie en Pologne.

Il convient de souligner qu’un des fondateurs du PO, Donald Tusk, le président actuel du Conseil européen depuis décembre 2014, a été pendant sept ans le premier ministre polonais. Tout est préparé et organisé pour procéder à une critique sévère, à la condamnation et à la stigmatisation de la Pologne. On parle même de sanctions…

La première ministre polonaise, Beata Szydło, a décidé d’aller à Bruxelles pour défendre la souveraineté des décisions de son équipe. On ne lui donnait pas beaucoup de chances. L’Allemand Martin Schulz est un maître de manipulation et la majorité des groupes parlementaires était tombée d’accord sur la prétendue crise de la Pologne.

Cependant, le 19 janvier 2016, pendant le débat, les PPE, les Libéraux, les Verts, les Socialistes, ne sont pas arrivés à formuler des reproches précis.

Le soutien à la Pologne est venu de deux députés français, Jean-Luc Schaffhauser du Front national et Aymeric Chauprade, ainsi que de plusieurs membres de groupes de droite et de Tories britanniques.

La démocratie en Pologne se porte bien, mais la lutte n’est pas finie

 Ceux qui ont été impliqués dans de trop nombreux scandales politiques et financiers n’ont pas vraiment compris que la société polonaise a dit « Assez ! » et qu’elle ne tolère plus la corruption, la manipulation de son peuple et la dictature « made in Brussels ».

Pour le moment, le gouvernement continue à réformer l’Etat avec le soutien de la majorité de la population. Les médias changent aussi. Les journalistes qui n’avaient pas honte de pratiquer la désinformation et de se moquer de tout ce qui ressemblait à du vrai patriotisme (dans la novlangue des médias : obscurantisme) sont sur le départ.

Certes, comme nous autres Polonais le disons aussi, une hirondelle ne fait pas le printemps, même à Varsovie. La société polonaise demeure et peut-être sera de plus en plus déchirée à l’intérieur par les tentatives de déstabilisation de cette nouvelle démocratie identitaire. Pour la renverser, la cinquième colonne au service des forces mondialistes ne cesse de déformer dans les médias de propagande la situation en Pologne et de la dépeindre, à la façon orwellienne, comme une diabolique antidémocratie.

Mais notre démocratie identitaire est soutenue par « l’homme de la rue » et, grâce à son patriotisme, il sera difficile aux médias de la manipuler. Il reste à espérer que les médias indépendants présenteront à l’opinion polonaise et internationale la réalité du paysage politique polonais.

Piotr Majewski.
Universitaire
25/02/2016

Correspondance Polémia – 28/02/2016

Image : Varsovie