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Jeune membre de l’UE, la Croatie toujours diabolisée

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Tomislav Sunic, ancien diplomate et écrivain américano-croate, et Christophe Dolbeau, historien et écrivain.

♦ Polémia a reçu simultanément deux courriers provoqués par un article de Libération paru le 23 mai à propos du jeune ministre de la Culture croate Zlatko Hasanbegovic : l’un est une lettre adressée par Tomislav Sunic, ancien diplomate et écrivain américano-croate, à la direction du journal ; l’autre est un article à publier signé de l’historien Christophe Dolbeau, spécialiste de la région, qui se veut une réponse à ce même journal.
Polémia.


Dubrovnik, anciennement Raguse

Dubrovnik, anciennement Raguse

— I —

Lettre de T. Sunic au journal Libération

A Laurent Joffrin, directeur de la rédaction

Monsieur,

Chaque fois qu’un commentaire paraît dans les médias étrangers au sujet du nouveau gouvernement croate et surtout de son nouveau ministre de la Culture, M. Zlatko Hasanbegovic, on doit s’armer contre un déluge d’amalgames. Les termes diabolisateurs tels que «extrême droite», «droite extrême», «oustachis-fascistes», semblent toujours bien coller à la Croatie. La langue de bois qui était de rigueur chez les anciens scribes yougo-communistes semble être dorénavant reprise par les bien-pensants français qui l’emploient à volonté à l’encontre de tous ceux qui s’écartent un tant soit peu de l’historiographie officielle, ou bien qui expriment des doutes sur la vulgate libéralo-multiculturelle, prescrite par l’Union européenne.

Pour sa part et afin de mériter son certificat de bon élève démocratique, la Croatie est censée se vautrer éternellement dans le déni de soi et les mea culpa historiques. Quelles sont concrètement les sources auxquelles puise Libération quand il nous suggère que « d’après les estimations les plus fiables, au moins 83.000 personnes ont été assassinées dans le camp (oustachi) de concentration et d’extermination de Jasenovac ». On croit rêver en lisant les propos de Libération, vu que d’après le gouvernent serbe, ce chiffre victimaire, adopté volens nolens par le gouvernement croate, s’élève à neuf fois plus en Serbie ! Alors Libération semble tomber lui-même, soit dans le guet-apens du révisionnisme, soit dans le mensonge ordinaire.

Vos correspondants auraient pu ajouter, ne serait-ce que par souci d’objectivité, qu’en grande partie, l’administration de la Croatie actuelle, les médias et l’enseignement supérieur, regorgent encore de nombreux ex-communistes et de leur progéniture post-yougoslave. Autrefois, ils faisaient les pèlerinages de Moscou et de Belgrade et maintenant, leurs lieux saints sont devenus Washington et Bruxelles. Pour des raisons d’honnêteté minimum, on aurait peut-être pu ajouter aussi un mot ou deux sur l’anniversaire des massacres de centaines de milliers de civils croates et allemands de souche par les communistes de Josip Broz Tito, en mai-juin 1945… Un nombre important de ses sbires communistes, bien que séniles, sont encore bien vivants en Croatie d’aujourd’hui. Au lieu de perdre son temps sur la montée de la prétendue bête immonde de l’extrême droite oustachie-révisionniste en Croatie, on ferait mieux de se focaliser davantage sur l’héritage catastrophique de l’ancien chouchou de l’Occident, à savoir l’ex-Yougoslavie communiste et multiculturelle.

Cordialement,

Tomislav Sunic
24/05/2016

Carte de la Croatie

Carte de la Croatie

— II —

Le retour des « idiots utiles »

De toute évidence, la Croatie n’en finit pas d’agacer, surtout à l’extrême gauche et au sein de quelques minorités ethniques ou religieuses. Le 23 mai, le journal parisien Libération – fondé, rappelons-le, sous l’égide de Jean-Paul Sartre et de ses amis maoïstes – a publié un véritable réquisitoire contre le ministre de la Culture Zlatko Hasanbegović et réclamé son éviction immédiate du gouvernement croate, au prétexte qu’il serait un nostalgique du régime oustachi et qu’il « met en cause les vérités historiques et les valeurs fondamentales de notre union politique » (sic).

Les signataires de l’appel n’aiment pas les Oustachis, ce qui est tout à fait leur droit, même si cela paraît toutefois un tantinet tardif car le régime oustachi a tout de même disparu il y a plus de… 70 ans. Ils nous disent que ces fameux Oustachis « ont fait preuve d’une haine et d’une cruauté sans limite qui révèlent le mal absolu » et qu’ils « ont commis des atrocités et des crimes de masse ». Tout d’abord, on peut s’interroger sur leurs sources. Se basent-ils aveuglément sur la douteuse propagande de l’ex-régime communiste, ou sur la très partiale historiographie serbe, ou bien disposent-ils d’expertises un peu plus fiables ? Dans ce cas, on aimerait beaucoup les connaître. Notons au passage qu’ils semblent ne pas bien réaliser qu’ils succombent eux-mêmes au révisionnisme le plus suspect lorsqu’ils parlent des supposés 83.000 morts de Jasenovac. En effet, durant des décennies, le chiffre officiel fut de 800.000, voire de plus d’un million, et il ne manque pas de gens, notamment en Serbie, pour y croire encore. Enfin, il n’est pas sans ironie de lire de telles accusations dans Libération qui fut autrefois l’un des rares grands quotidiens français, sinon le seul, à saluer la victoire des Khmers rouges, brave mouvement démocratique qui n’a pas assassiné moins de 1.700.000 de ses propres citoyens, soit 20% de la population totale du Cambodge !

Venons-en maintenant aux premiers signataires (1) de cet appel à « chasser » M. Hasanbegović du gouvernement [« de quoi j’me mêle ? », pourrait-on déjà leur demander compte tenu que la plupart ne sont pas croates], un M. Hasanbegović, rappelons-le, qui est né en 1973, soit 28 ans après la fin du régime oustachi, qui n’a jamais commis aucun délit, n’a jamais subi la moindre condamnation, et possède un doctorat d’histoire réalisé sous la direction de Ivo Goldstein, figure bien connue de la communauté juive de Zagreb. C’est un détail mais qui n’est pas sans intérêt…

Voyons donc qui sont les fameux donneurs de leçon qui souhaitent avoir la peau du nouveau ministre : A tout seigneur tout honneur, voici en bonne place l’incontournable Toni Negri : condamné par contumace à 30 ans de prison pour meurtres et qualifié un temps de « psychopathe » par le président italien Cossiga (voir Wikipedia). Ensuite, deux ou trois cinquièmes couteaux comme Mario Mazić, Urša Raukar ou Danis Tanović, un petit (tout petit) disciple de Bernard-Henri Lévy. Puis vient Dario Fo qui n’en finira sans doute jamais d’expier son passage chez les parachutistes de Mussolini… C’est aussi un peu le cas de la philosophe néerlandaise Saskia Sassen qui souffre, quant à elle, d’avoir eu un papa SS… Ensuite viennent l’Excellence Moratinos, ancien ambassadeur d’Espagne en Yougoslavie (!!) et Etienne Balibar, ancien (?) communiste, soutien actif des immigrés clandestins, ennemi juré de la notion de frontière et partisan déclaré du droit de cité des étrangers en Europe… Une autre marxiste, ou plutôt une « post-marxiste », Chantal Mouffe, et une autre partisane de l’immigration sauvage, Catherine Withol de Wenden, deux dames dont la notoriété, hors les cercles d’initiés, est assurément fort modeste… Après les soutiens de l’immigration, voici celles qui luttent contre les discriminations sexuelles : Nancy Fraser, féministe américaine (2) et disciple de la tristement célèbre Ecole de Francfort, et l’avocate Caroline Mecary, militante enthousiaste du mariage homosexuel et de la gestation pour autrui… [On s’interroge tout de même sur ce que cela vient faire dans une querelle historique au sujet des Oustachis]. Puis trois éléments exotiques : Mme Kim Campbell, une conservatrice canadienne (2) dont on se demande un peu ce qu’elle fabrique en si douteuse compagnie, Sari Nusseibeh, un Palestinien qui a dû oublier que le Grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini, était un grand ami du régime oustachi, et Pap Ndiaye, ardent défenseur et promoteur de la « diversité » (raciale) en France. Là encore, les liens avec l’Oustacha paraissent plutôt ténus… Viennent ensuite quelques signatures issues de la communauté juive, toujours très concernée par ce qui se passe en Croatie : l’octogénaire Serge Klarsfeld, ancien chasseur de nazis, et l’historien Benjamin Stora, un ancien trotskyste, spécialiste (très) controversé de l’histoire de… l’Algérie. Puis Alain Finkielkraut dont la présence ici semble très incongrue et que l’on a connu mieux inspiré, et l’historien Henry Rousso, grand défenseur de l’immigration de masse. Encore une signature américaine : celle de Judith Butler (2), connue dans son pays pour sa défense des milieux « queer », des lesbiennes, transgenres et autres… Enfin, Benjamin Abtan, ancien dirigeant de l’Union des étudiants juifs de France (Uejf) et président du mouvement antiraciste EGAM, Annette Wievorka, une ex-maoïste, et Richard Prasquier, qui fit, il y a quelques années, la une de la presse pour son compte en banque au Panama…

On pourrait poursuivre cette énumération tant est longue la liste des pétitionnaires compulsifs dont on se demande, dans le cas qui nous intéresse, combien d’entre eux peuvent lire un texte en croate et donc se forger seuls une opinion sur M. Hasanbegovic et ce qu’il dit ou écrit.

Reste que comme ces gens ont l’air de déborder d’intérêt pour la Croatie, nous aimerions bien qu’ils se mobilisent aussi autour du procès qui se déroule en ce moment en Allemagne contre d’anciens assassins de la police politique communiste yougoslave, qu’ils réclament que des poursuites systématiques soient engagées contre tous les délateurs, tueurs et tortionnaires de l’ancien régime yougo-communiste et qu’ils exigent que toute la vérité soit faite sur les massacres qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui ont causé la mort de dizaines de milliers de Croates innocents. Cela donnerait certainement plus de crédibilité à leur démarche actuelle car pour le moment, celle-ci s’apparente surtout à de piètres gesticulations croatophobes et au lynchage infâme et injustifié d’un jeune dirigeant politique qui n’a pas l’heur de plaire à tout le monde.

Christophe Dolbeau
27/05/2016

Notes :
(1) Il s’agit uniquement de ceux que mentionne Libération du 23 mai 2016 ; une liste plus complète est consultable sur le site : http://www.egam.eu/zlatko-hasanbegovic/
(2) Présence curieuse puisque le texte fait état de l’Union européenne et de « notre union politique » à laquelle, et jusqu’à plus ample informé, n’appartiennent ni les USA ni le Canada.

Voir aussi : Véridique histoire des Oustachis, de Christophe Dolbeau :

Correspondance Polémia – 27/05/2016

Images :
Zagreb : 360° – Zagreb Eye observation deck, Ilica 1a
Dubrovnik, sa devise: « La liberté ne se vend pas même pour tout l’or du monde »