Géopolitique Printemps arabes : non Monsieur Guaino, vous n’avez fait aucune erreur

Printemps arabes : non Monsieur Guaino, vous n’avez fait aucune erreur

Printemps arabes : non Monsieur Guaino, vous n’avez fait aucune erreur

par | 18 février 2013 | Géopolitique

« Nous avons peut-être tous fait une erreur de jugement en jugeant trop vite les Printemps arabes… La suite de l’histoire n’est pas aussi belle qu’on pouvait le penser à l’époque », a déclaré mi-janvier Henri Guaino, l’ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy.
Journaliste, écrivain, philosophe, diplomate et « néo-bourguibiste » autoproclamé, Mezri Haddad s’est opposé à Ben Ali à la fin des années 1980, avant de se rallier à lui. Il a été nommé par ce dernier ambassadeur à l’Unesco et il a démissionné quelques heures avant la chute de Ben Ali. Pour Rue89, il s’est livré à quelques commentaires que Polémia reproduit ci-après.


« Heureux ceux qui ont cru sans voir », enseignait Jésus Christ ; cela vaut aussi bien pour mes compatriotes que pour les observateurs étrangers, qui ont été subjugués par la Révolution de jasmin, il est vrai porteuse de grands espoirs.

Henri Guaino, lui, a vu mais il n’y a pas cru. C’est une vérité que je veux restituer : dès les premiers balbutiements tunisiens de ce Printemps arabe, il était parfaitement conscient des conséquences que pouvaient avoir cette déstabilisation de la Tunisie, aussi bien sur le peuple tunisien que sur l’ensemble de la région, voire sur la rive nord de la Méditerranée.

Immédiatement après ma démission, dans la matinée du 14 janvier 2011, l’ancien président n’ayant pas écouté mes conseils depuis le 10 janvier, je me suis mis en rapport avec tous les amis de la Tunisie – diplomates, journalistes, hommes politiques de gauche comme de droite – pour les alerter sur les périls anarchistes et islamistes dont cette chute était intrinsèquement porteuse. Autrement dit : éviter à la Tunisie le pire.

Ma visite à l’Elysée

Parmi ces « amis », Henri Guaino, qui m’a reçu à l’Elysée le 2 février 2011, soit près de deux semaines après le départ forcé de Ben Ali. J’avais passé plus d’une heure avec lui. On se connaissait vaguement depuis 1997, grâce à Philippe Séguin, l’un des rares hommes politiques français qui avait pour la Tunisie, sa patrie natale, un amour charnel.

Je lui avais dit que malgré l’absence de slogans religieux, les islamistes tiraient les ficelles, que parmi les snipers (militaires et non policiers) il y avait des mercenaires étrangers, et que l’armée avait joué un rôle pour le moins troublant.

Bien plus grave que tout cela, que le « Printemps arabe sera un hiver islamiste » (j’ai été le premier à employer cette formule dans une entrevue en mars 2011), traduisant le projet de Grand Moyen-Orient revu et corrigé par les démocrates américains.

Pour avoir cru et activement participé à la défense de l’Union pour la Méditerranée en tant que directeur scientifique du think tank chypriote, Daedalos Institute of Geopolitics, j’avais expliqué à Henri Guaino ce qu’il savait peut-être déjà, à savoir que le Grand Moyen-Orient était politiquement, géopolitiquement et « civilisationnellement » aux antipodes de l’Union pour la Méditerranée, du moins dans sa version originelle et avant son aseptisation par l’Allemagne.

Il ne pouvait rien faire, l’Histoire était en marche

N’étant pas du tout dans l’euphorie de la révolution printanière, désolé même d’assister au naufrage de la Tunisie, Henri Guaino le gaulliste était parfaitement en accord avec le bourguibiste que je suis.

Mais il ne pouvait rien faire ; l’Histoire était déjà en marche et plus rien ne pouvait l’arrêter, d’autant plus que la France sarko-hamadienne était déjà engagée en Libye pour « éviter un bain de sang à Benghazi », selon la légende de Bernard-Henri Lévy, le nouveau Lawrence de Libye ! Mais ceci est une autre histoire.

Deux ans après ce Printemps arabe, la Libye est un Etat complètement désagrégé et « gouverné » par une coalition islamo-salafiste. La Tunisie, tombée dans l’escarcelle de l’islamisme « modéré », est un pays dont l’économie est en faillite, la sécurité en berne et la société en voie de talibanisation sournoise.

L’Egypte, qui ne se porte pas mieux et qui est dirigée par les Frères musulmans, vient de condamner l’action française au Mali, comme d’ailleurs le vénérable imam d’Al Jazeera et le chef spirituel du Printemps arabe, Youssef Qaradaoui, l’éminence grise de cheikh Hamad, qui cultive une haine viscérale à l’égard de la France depuis l’affaire du voile islamique.

Ne pas répéter l’erreur en Afrique

Une condamnation symptomatique, à laquelle a dû se joindre le gouvernement tunisien, qui « déplore » d’ailleurs onze morts parmi les djihadistes qui ont attaqué l’Algérie ! Non, Henri Guaino n’a commis aucune erreur d’analyse. Il a subi comme beaucoup d’autres ce caprice de l’Histoire.

Il a cédé à la raison d’Etat, qui n’est pas toujours compatible avec la raison cartésienne. Par réminiscence gaullienne, il a le mérite de l’avouer aujourd’hui, mieux vaut tard que jamais, à l’instar d’Hillary Clinton et de John Kerry devant la commission du Sénat.

Pour la Tunisie, la Libye et l’Egypte, les dés sont jetés. Mais pas pour l’Afrique, de Bamako à Dakar, toute une zone menacée par la vague islamo-wahabite, que le Qatar finançait et soutenait bien avant le Printemps arabe, ce que Sarkozy et son équipe savaient pertinemment. C’est dire combien il était temps que la France intervienne au Nord-Mali, n’en déplaise à ceux qui l’accusent de velléités néocolonialistes.

Entre la wahabisation mortelle et l’intervention ponctuelle, les Maliens qui ont accueilli les troupes françaises en libérateurs ont fait leur choix. Reste au gouvernement français de faire le sien, avec un peu plus de cohérence stratégique : on ne peut pas combattre au Mali ce qu’on soutient en Syrie !

Mezri Haddad
 Rue 89
Tribune (reçue d’un correspondant de Polémia)
31/01/201

Correspondance Polémia – 18/02/201

Image : Henri Guaino, conseiller du président Sarkozy, à l’issue du défilé du 14 juillet 2011.
Créditphoto : par CA©dric Cousseau via Flickr (cc)

 

 

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