Accueil | Politique | La peau du socialisme

La peau du socialisme

La peau du socialisme

par | 19 janvier 2014 | Politique

« Avec un tel retard à l’allumage, une telle faiblesse syndicale, la partie est loin d’être gagnée ».

♦ La coïncidence a beau être fortuite, elle est révélatrice. Au moment où le président de la République se convertit à la politique de l’offre, le livre de Jean-Louis Servan-Schreiber « Pourquoi les riches ont gagné » (Albin Michel, 154 pages, 14,50 euros) sort en librairie. Et c’est comme si tout un pan de l’idéologie française s’écroulait. Fin du socialisme ! La thèse de l’auteur peut bien prêter à discussion, elle éclaire la révolution accomplie par François Hollande, la nécessité vitale qu’il a éprouvée de renverser la table au bout de dix-huit mois de mandat pour éviter le naufrage.


Sa croisade contre la finance, son combat contre les riches, sa taxe à 75 %, au nom de la réduction des inégalités et de l’équilibre républicain, dans la plus pure tradition socialiste, étaient perdus d’avance. Non seulement il est impossible de faire rendre gorge aux riches dans un monde globalisé sans fiscalité ad hoc, mais une telle ambition est parfaitement contre-productive car les riches ont gagné la partie.

Ils sont les maîtres du monde. Aucun gouvernement ne peut réussir sans eux. C’est eux qui créent la croissance, devenue le plus puissant moteur de lutte contre la pauvreté. Eux qui fabriquent l’emploi, devenu le principal facteur de stabilisation des démocraties. Eux que l’Etat impécunieux appelle au secours dans des secteurs-clés comme l’éducation, la santé, la recherche.

Avec cette grille de lecture, on comprend mieux l’impasse du début du quinquennat : les jacqueries fiscales à répétition organisées par tel ou tel pan du patronat sans que l’opinion s’en émeuve, l’incapacité de M. Hollande à inverser la courbe du chômage à coups d’emplois aidés, l’inquiétante dévitalisation présidentielle qui en a résulté et la nécessité de changer de prisme pour réarmer la fonction. En passant de l’affrontement à la coopération avec les riches, le président fait le pari qu’il regagnera en puissance. Il veut démontrer que les riches n’ont pas complètement gagné la partie, que le politique a encore du pouvoir, mais c’est loin d’être évident.

Les accusations naguère portées contre Nicolas Sarkozy, caricaturé en « président des riches », sont un avertissement. La vigilance d’une partie de la gauche qui reproche au chef de l’Etat d’avoir vendu la peau du socialisme pour un plat de lentilles en est un autre. L’Humanité, qui barrait sa « une », mercredi 15 janvier, d’un « Moi commis du patronat » juste au-dessus de la photo de M. Hollande, ne fait pas de quartier. Le président se prémunit contre les attaques en mettant en avant le donnant-donnant avec le patronat qui signerait la seule conversion à laquelle officiellement il consent : être devenu social-démocrate après avoir été socialiste.

De fait, lui et son gouvernement mettent en place tous les instruments de la régulation, mais avec un tel retard à l’allumage, une telle faiblesse syndicale, que la partie est loin d’être gagnée. Seule l’invocation patriotique, l’appel à l’union pour le redressement national pouvaient masquer dans les mots la victoire par K.-O. du libéralisme.

 Françoise Fressoz
Le Monde
18/01/2014

Correspondance Polémia – 19/01//2014

Image : François Hollande lors de sa conférence de presse, le 14 janvier à l’Elysée. | ALAIN JOCARD/AFP

Cet article vous a plu ?

Je fais un don

Soutenez Polémia, faites un don ! Chaque don vous ouvre le droit à une déduction fiscale de 66% du montant de votre don, profitez-en ! Pour les dons par chèque ou par virement, cliquez ici.

Je m'abonne

Trois fois par semaine dans votre boîte aux lettres électronique, la Lettre de Polémia.
 

I-Média n°314 – Deux journalistes menacées de mort par des islamistes

Comme chaque semaine, I-Média décrypte l’actualité médiatique en déconstruisant le discours...

Beaucoup de musulmans étrangers vivant en France votent islamiste

Par Paul Tormenen, juriste ♦ La France compte la plus importante communauté musulmane...

Face à l’Iran, les pays sunnites se rapprochent d’Israël grâce à Donald Trump

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère...

Un été meurtrier pour la macronie

Et si l’on donnait la parole aux Français ? (XXXVII) Par Michel Geoffroy, auteur de La...

Peine de mort : pour un vrai débat

Rediffusion Polémia - François Mitterrand a ouvert symboliquement sa présidence en abolissant la...

Rétablir la peine de mort : une rupture nécessaire avec l’idéologie dominante

La peine de mort frappe d’effroi par son caractère implacable et définitif. Son évocation prête...

Au pays de la peine de mort réservée aux victimes innocentes

Rediffusion Polémia - Alors qu'un sondage récent IPSOS/Sopra donne le chiffre de 55% de Français...

Face au chantage aux « valeurs de la république », pourquoi pas la sécession ?

Par Julien Dir, contributeur à Breizh-Info ♦ Julien Dir, chroniqueur et polémiste officiant...

Tensions avec la Turquie : prémices d’une Europe qui se défend ?

Par Jean-David Cattin, directeur national des Identitaires ♦ Les visées impérialistes de la...

Les Oscars gagnés par la fièvre diversitaire et inclusive

Par Jean-Pierre Pélaez, auteur dramatique, pour le site Boulevard Voltaire ♦ Le...