Accueil | Géopolitique | De l’art de brûler à Bombay ce que l’on adore à New Delhi

De l’art de brûler à Bombay ce que l’on adore à New Delhi

De l’art de brûler à Bombay ce que l’on adore à New Delhi

par | 20 février 2013 | Géopolitique

Ne jamais oublier ceux auxquels on s’adresse, et surtout ne leur dire que les mots qu’ils ont envie d’entendre : cette règle de base de la rhétorique politique, François Hollande a rappelé qu’il en avait une parfaite maîtrise, vendredi 15 janvier, au second jour de son déplacement en Inde.


Avant de s’envoler pour la France, le président de la République avait tenu à faire une halte de quelques heures à Bombay, afin de rencontrer quelque 200 chefs d’entreprises dans un palace du bord de mer.

En à peine vingt minutes, c’est peu dire que M. Hollande leur a sorti le grand jeu, s’évertuant à corriger le portrait qu’une partie de la presse indienne brosse de lui : celle d’un président sympathique mais mal armé pour rendre son pays attractif aux yeux des investisseurs. Un sentiment résumé jeudi dans l’éditorial de l’influent quotidien Hindustan Times : « La tâche sera difficile pour lui, compte tenu de son propre passé de socialiste et du rejet que continue de susciter l’économie de marché dans la culture intellectuelle de son pays. »

Retour aux fondamentaux

Pour séduire son auditoire, le chef de l’Etat n’y est donc pas allé par quatre chemins. Rendant un «hommage tout particulier» aux «grandes familles» d’industriels indiens, M. Hollande a été très clair: «Vous n’avez pas une fenêtre : toute la porte [de la France] vous est ouverte», a-t-il ainsi lancé. Sur les craintes que peut susciter la place de l’Etat dans l’économie française, le président s’est également voulu très rassurant: «Aux chefs d’Etats et de gouvernement de créer le meilleur environnement (…), mais c’est à vous, chefs d’entreprise, et seulement à vous de définir ce qu’il y a de mieux pour vos économies, et nous vous faisons confiance» a-t-il poursuivi.

On se disait en l’écoutant que l’on était loin des discours des socialistes français sur le «juste échange». Encore plus loin des sorties d’Arnaud Montebourg contre Lakhsmi Mittal. Et l’on comprit que ce n’était en ce lieu que le président Hollande évoquerait la possibilité de «nationalisations temporaires» en France… Quelques heures plus tôt, pourtant, le discours avait d’autres accents. Cela se passait à New Delhi, dans un auditorium fleuri de dahlias où M.Hollande était venu remettre à Amartya Sen, Prix Nobel d’économie 1998, les insignes de commandeur de la Légion d’honneur.

De ce «grand humaniste» qui a passé sa vie à dénoncer les impasses du libéralisme classique, le président a salué la leçon : l’idée le progrès ne se mesure pas «simplement à travers un agrégat, celui de la croissance» mais d’ « indicateurs nouveaux du développement humain, qui prennent en compte le bien-être, la santé et l’éducation, la lutte contre les inégalités». «Vous nous avez appris, en revisitant l’héritage d’Adam Smith, que l’économie ne se réduisait pas à la logique du marché mais qu’elle était une science morale», a rappelé M. Hollande.

A des journalistes qui l’accompagnaient dans son avion pour Bombay, le président confiait son émotion d’avoir ainsi décoré un auteur dont il avait enseigné les théories à Sciences Po. Cela sonnait comme un retour aux fondamentaux. Des fondamentaux sur lesquels il n’était manifestement guère opportun de s’attarder, quelques minutes plus tard, dans le grand hôtel de la capitale économique du pays.

Thomas Wieder
Le Monde
17-18/02/2013

Correspondance Polémia – 20/02/2013

Image : New Delhi – The secrétariat building où siègent le premier ministre, le ministre de la Défense, le ministre des Affaires étrangères, le ministre des Finances et le ministre de l’Intérieur.
Crédit photo : par sapru via Flickr (cc)

Cet article vous a plu ?

Je fais un don

Soutenez Polémia, faites un don ! Chaque don vous ouvre le droit à une déduction fiscale de 66% du montant de votre don, profitez-en ! Pour les dons par chèque ou par virement, cliquez ici.

Je m'abonne

Trois fois par semaine dans votre boîte aux lettres électronique, la Lettre de Polémia.
 

« La Grande Réinitialisation » – Le plaidoyer cynique de Davos pour un monde post-covid

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre...

Covid-19. « Être en bonne santé, quitte à ne plus vivre ? »

Par Laurence Maugest, essayiste ♦ Nous sommes assaillis par ce slogan martelé : « Prenez...

Espagne : du putsch Tejero aux émeutes pour un rappeur

Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère...

« Anahita et la vipère des sables » : conte philosophique et covidien d’André Archimbaud

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre...

I-Média n°337 – Islamo-gauchisme : une réalité malgré le déni

Comme chaque semaine, I-Média décrypte l’actualité médiatique en déconstruisant le discours...

Grand remplacement en Europe : la Hongrie à l’avant-poste de la résistance

Par Paul Tormenen, juriste et spécialiste des questions migratoires ♦ Polémia continue son...

« Droit, conscience et sentiments » : réquisitoire éclairé contre le nouvel ordre moral occidental par Éric Delcroix

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples et La Nouvelle guerre...

Discours de Jean-Yves Le Gallou à la manifestation de soutien à Génération Identitaire

La manifestation de soutien à Génération Identitaire qui a eu lieu ce samedi 20 février 2021 à...

Récit d’un manifestant lors du rassemblement pour Génération Identitaire

Par Antoine Solmer, médecin spécialiste (retraité), écrivain, essayiste ♦ Il y avait du...

Entre utopie et cynisme, la pensée saint-simonienne d’Emmanuel Macron

Par Clément d’Augis ♦ Contrairement à certaines apparences, Emmanuel Macron n’est pas...