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Eurovision 2016

Vous auriez dû regarder l’Eurovision 2016 !

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Jean-Henri d’Avirac, essayiste

♦ Samedi 14 mai, Jean Henri d’Avirac s’est offert, une fois n’est pas coutume, une mémorable soirée devant sa télévision pour le rendez-vous annuel de la chanson européenne, réceptacle assez incroyable de toutes les dérives décérébrantes du moment. Décryptage d’un palpitant rituel…


J’avais le souvenir d’un des plus grands radios crochets de la chanson à deux balles, souvenirs du Waterloo d’Abba, à la fois agaçant pour un Bonapartiste et sympathique car interprété par de délicieuses et sensuelles Suédoises. Mes derniers flashs eurovisés remontent en vérité aux années 1970 : paillettes et pattes d’éph, chansonnettes ridicules à pleurer mais au moins ponctuées par de petits clips dans lesquels s’agrégeaient quelques clichés sur les mœurs et paysages des pays européens en compétition.

Changement de décor. Nous voilà à présent transportés sur une scène high-tech où implose définitivement le sens… Exit les mièvreries identitaires où l’on apprenait que l’on peut manger des smorbrods à Malmö et welcome to Australia, Israël et quelques autres nouveaux pays « européens ». L’Australie, petite île bien connue du sud de l’Europe, était samedi dernier représentée par une joyeuse troupe d’Asiatiques (ethnie emblématique de ce terroir comme chacun sait). Elle manqua de peu de remporter l’eurovision et dut se contenter de la 2e place, juste après l’Ukraine dont le plébiscite devait être lié, selon les commentateurs, à une chanson à texte sur la souffrance d’une femme (certes, dotée d’une vraie voix), souffrance immédiatement mise en perspective par France Télévision avec la souffrance d’un peuple aujourd’hui opprimé.

Vous pensiez vous vider la tête jusqu’à la lobotomie… Eh bien non ! Grâce au service public, vous vous trouviez transporté dans une émission géopolitique sous la bannière « Come together » qui fleurait bon le vivre-ensemble… La Russie en a d’ailleurs pris pour son grade : à chaque « twelve points » attribués aux Russes par les jurys biélorusses, quelques autres pays d’Europe, et surtout par le public, les porte-voix de France 2 n’hésitaient pas à s’exclamer : « Quelle honte !… » en bouffant du Poutine à toutes les sauces.

Et puis, il y eut le désormais très classique « twelve points » de l’Allemagne à Israël, comme si on voulait encore se faire pardonner un ou deux trucs. Quant à Israël, après que l’Eurovision nous eut gratifiés en 2014 d’une singulière lauréate, ravissante chanteuse transsexuelle barbue (Conchita Wurst, littéralement Conchita Saucisse), il nous offrait cette année la figure d’un androgyne un peu flippant, la tendance sodo-(sé)mite semblant s’imposer comme la marque de fabrique d’un Etat hébreu se voulant tolérant.

Cela désormais en anglais, bien évidemment… Exit les dialectes locaux (allemand, espagnol, hongrois…) qui flirtaient trop avec la kermesse populaire. Seules exceptions : l’Italie, mais aussi l’Autriche qui décida de chanter… en français, patois en sursis aux tonalités apparemment moins réactionnaires que la langue de Goethe. Notre Français en lice, Amir, jeune Franco-Israélien, choisit pour sa part de chanter en anglais… Pour gagner, il faut entrer dans « la modernité ». Annoncé favori, il n’eut même pas accès au podium.

Justin Timberlake, artiste venu d’Amérique, autre île européenne située à l’ouest du continent, était le parrain de cette surprise-party planétaire dégoulinante de bons sentiments. Même rythmique, même synthé, même choré, même texte cucul la praline : le règne de l’indifférenciation à tous les étages.

Dans un délire de paillettes s’acheva cette énième édition du Mondovision de la chanson, auquel vous auriez vraiment dû assister, en observateur-ethnologue et spectateur averti, abasourdi, sidéré par cette pièce montée, sirupeuse, grotesque et gorgée de moraline qui a tout de même gavé en direct 180 millions de spectateurs.

Jean Henri d’Avirac
16/05/2016

Correspondance Polémia – 18/05/2016

Image : Eurovision 2016 – Suède