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Vie publique, vie privée à l’Elysée: la belle hypocrisie des médias français

Vie publique, vie privée à l’Elysée: la belle hypocrisie des médias français

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« Les médias s’imposent une magistrale cure de silence »

♦ Conforme à sa volonté de dénoncer le comportement des grands médias, Polémia a relevé sur le site de Renaud Revel une analyse plutôt bon enfant, mais néanmoins précise, sur les modes d’information de quelques grands du journalisme face au vaudeville de la rue du cirque.
Polémia.


Médiapart  indique sur son site que l’appartement du 8e arrondissement de Paris, utilisé secrètement par François Hollande pour ses rencontres supposées et non démenties, avec l’actrice Julie Gayet, serait au nom d’un certain Michel Ferracci, un homme « soupçonné de liens avec le grand banditisme corse. Son ex-épouse, l’actrice Emmanuelle Hauck, qui prêtait cet appartement, était devenue la compagne de François Masini, assassiné le 31 mai 2013 en Corse, également soupçonné d’être lié au gang de la Brise de Mer », poursuit le même site d’information.

Voilà donc une Love Affair qui prend un tour pour le moins rocambolesque. Et il n’en faudra pas beaucoup plus pour que cet épisode prenne également un tour politique : sauf à être d’une incompétence crasse, on peine en effet  à croire que les services du ministère de l’Intérieur n’aient pas vérifié et n’aient pas su à qui appartenait cette garçonnière ! Et si c’est le cas, pourquoi avoir laissé François Hollande s’évanouir à moto dans la nature, en direction d’un appartement dont le propriétaire serait une figure du grand banditisme?

Nous sommes en plein roman, en plein théâtre de Boulevard. Et les médias s’imposent une magistrale cure de silence.

 

Autre spectacle confondant, en effet, l’attitude des médias

Car dans une démocratie mature, il va sans dire que l’enquête aurait déjà été faite. Et que chacun, à l’instar de Médiapart, aurait fait son job.

Quel est donc ce pays qui voit ainsi la plupart des médias écrits et audiovisuels se retrancher derrière l’argument sublime et inaudible du respect de la vie privée pour ne traiter que du bout des lèvres une affaire dont on fait pourtant l’exégèse dans toutes les rédactions de France et de Navarre depuis 72 heures !

Arborant l’éthique en bandoulière, ce sont pourtant les mêmes  qui se jetaient avec gourmandise, il y a quelques années de cela,  sur les affaires Clinton, Cécilia Sarkozy et autres Carla Bruni, – et j’en oublie, avant de passer au laminoir l’intimité d’un DSK voué aux gémonies et jeté en pâture!

 

BFM TV

Cette chaîne qui nous a pourtant habitué à jouer de la grosse caisse, au moindre pet de lapin, s’est ainsi joliment illustrée en faisant le minimum. En fait, on m’indique que la consigne serait venue du sommet de la station. Surtout, ne pas froisser l’Elysée et son locataire, qui ont déjà la chaine dans le nez. Et ce au moment où le CSA réfléchit à installer LCI sur la TNT : une initiative combattue depuis des mois par le patron de Next Radio, maison-mère de BFM-TV, Alain Weill.

Ceci expliquant cela…

 

Autre prudence de mise, celle de France 2

Alors que dès jeudi soir Gilles Bouleau et TF1 ouvraient le 20 heures sur l’affaire en question, David Pujadas et La 2, consacraient l’essentiel du journal au conflit de la Redoute et à l’affaire Dieudonné, les deux principaux sujets de ce JT. Le climat polaire entre l’Elysée et la maison France Télévisions est-il en cause ? Ou drapée dans un code de déontologie réécrit pour l’occasion, la direction de l’information de France 2 aurait décidé de faire une exception pour le chef de l’Etat? Et ce au moment où la presse européenne a les yeux rivés sur notre pays à travers cette croustillante affaire.

Quant à Laurent Delahousse, (compatissant car récemment paparazzé  par Voici, photographié en galante compagnie), il n’a pas cru utile de faire mention ce week-end du scoop de Closer.

 

Que dire aussi de Libération, dont la survie dépend pour grande partie des subsides de l’Etat :

Là encore, l’affaire a été traitée à minima.

L’annonce de l’hospitalisation de Valérie Trierweiler ne fait qu’alourdir le climat autour d’une séquence qui dépasse largement le strict cadre de la vie privée. Parce que l’Elysée est l’épicentre de la vie politique du pays, l’intimité du chef de l’Etat est en effet l’affaire de tous; ce dernier a donc une obligation de transparence.

L’Elysée, le lieu lui-même, n’est pas un sanctuaire, et moins encore la Cour du roi Louis XIV. La profession est d’autant plus faux-cul dans cette affaire qu’elle s’en ira guetter mardi, avec jubilation, la moindre petite phrase, la plus petite allusion d’un François Hollande, lequel sera passé à la question lors de sa conférence de presse.

Oui cette affaire n’est pas un fait majeur, je vous l’accorde. Oui, les français ont d’autres préoccupations que les marivaudages de François  Hollande. Mais la presse a également un devoir d’information et d’explication : quel que soit le sujet. Et d’autant plus quand il s’agit du Premier des français. Dans une démocratie, tout geste d’autocensure est un manquement. C’est la responsabilité des médias que d’éclairer le citoyen. Refermer le couvercle sur cette Love Affair c’est prêter le flanc à la critique, c’est  donner du  grain à moudre à une opinion qui n’a de cesse de critiquer des médias en permanence accusés de collusion avec les pouvoirs, économiques et politiques, soupçonnés de protéger les uns, d’accabler les autres, stipendiés pour entretenir des liens de consanguinité avec la classe politique et ses dirigeants.  

 

Renaud Revel
Immédiats – Le blog de Renaud Revel
12/01/2014

 

Correspondance Polémia – 14/01/2014

 

Image : Closer, page de couverture