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« Un itinéraire français » d’Yves-Marie Laulan

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Les lecteurs de Polémia connaissent bien Yves-Marie Laulan dont l’Institut de géopolitique des populations éclaire les enjeux à venir. Enfant du Bazadais, Français enraciné, alpiniste déterminé, guerrier des idées, Yves-Marie Laulan (ancien du FMI, horresco referens !) a publié un rafraichissant recueil de souvenirs. Nous donnons à nos lecteurs connaissance de la préface qu’en a faite Jean-Yves Le Gallou.

Polémia


Il y a un point commun entre le héraut français de la superclasse mondiale, Dominique Strauss-Kahn, et Yves-Marie Laulan : tous deux ont travaillé pour le FMI.

A tout péché, miséricorde : c’est sans doute le seul point commun entre les deux hommes.

Un gentilhomme français… à contre-courant

Yves–Marie Laulan est un gentilhomme français : c’est un homme qui a le goût du risque et de l’aventure. « Économiste sous les cocotiers », Yves-Marie abandonne souvent la lourde sacoche du technocrate et du statisticien. Non pour bronzer idiot. Mais pour se confronter à la vie sauvage et à la nature : de la chasse à l’alligator à la poursuite des éléphants, de la pêche sportive à la plongée sous marine, il nous narre ses aventures. Sans phrase oserais-je dire, si ce n’était un peu injuste pour parler d’un… conteur. Mais l’homme d’action reste en éveil derrière l’écrivain : les phrases sont courtes et rythmées, les chutes claquantes, l’humour jamais absent.

On se demande au passage quels sports à risque ont bien pu échapper à Yves-Marie ? En tout cas ses tribulations aériennes et aquatiques sont nombreuses : avion, deltaplane, parapente et kayak. Le kayak : un sport que je me serais permis de déconseiller à Yves-Marie. En effet pour réussir, il faut se couler dans le courant : si on s’en écarte, le bateau s’échoue ; si on s’y oppose, le bateau se renverse. Le kayak : un exercice difficile pour une âme dissidente ! Malgré tout Yves-Marie en réchappa.

La montagne, lieu de confrontations vitales

D’autres morceaux de bravoure méritent d’être découverts dans « aventures et mésaventures en montagne ». D’emblée Yves-Marie le dit : « La montagne, c’est-à dire l’escalade a joué et joue toujours un rôle important dans mon existence. » Cette phrase, je la fais mienne et c’est sans doute pour cela qu’Yves-Marie m’a fait l’honneur de me demander de préfacer son livre. Bien sûr quand nous nous voyons nous parlons de démographie ou de géopolitique mais la montagne arrive souvent dans nos conversations : pour lui comme pour moi elle reste la mère de bien des expériences et le lieu de confrontations vitales.

Laissons parler Yves-Marie : « La vie en montagne, dans nos Alpes ou en expédition, me décante aussi bien physiquement – car j’y perds toujours quelques kilos superflus – que moralement. Le fait de côtoyer le vide, l’escarpé et l’inaccessible, cette échappée sur des espaces libres sans horizon, recadrent bien des choses de la vie courante et les replacent promptement dans leur vraie perspective. Je ne connais pas de meilleure préparation à la vie d’après, pour autant qu’il y en une ». (…) « Comment, dès lors, abandonner cette montagne capable, bien au-delà de n’importe quel sport, de nous transporter au-delà de nous même et de nous donner, furtivement, le sentiment d’être des demi-dieux, à mi-chemin entre le ciel et la terre ? Cette montagne ne mérite-t-elle pas que l’on risque sa vie comme tant de grands grimpeurs l’ont fait au cours des années, et pour le moins, qu’on veuille y consacrer jusqu’à notre dernier souffle de vie. » Pas étonnant dès lors que parvenu à un âge où beaucoup se contentent de prendre la forme de leur fauteuil, Yves Marie continue de parcourir les faces et les arêtes des Pyrénées et des Alpes et les blocs du massif de Fontainebleau.

Mais alors qu’il était plus jeune et plus beau il est parti beaucoup plus loin et c’est pour ses lecteurs l’occasion de faire avec lui le tour des montagnes du monde : au Groenland, sa première expédition (« qui a bien failli être la dernière »), au Pérou, au Kenya, au Népal ( une tentative hivernale à l’Everest qui « n’est peut-être pas à porter au crédit des grandes ascensions du XXe siècle. »), et cinq premières en Bolivie où il conduisit quatre grimpeurs palois de vingt ans ses cadets : une « expédition parfaite » comme il y a des « vagues parfaites » pour les surfeurs et Yves Marie de poursuivre : « je veux dire une expédition sans accidents, ni querelles, ni rancunes, ni dettes à régler, sans compter les habituelles rumeurs ou règlements de compte au retour. Cela existe. Nous l’avons vécu. » Ce n’est pas pour rien que cette partie du livre s’intitule « aventures et mésaventures ». Mais les mésaventures sont triplement intéressantes pour le lecteur : elles rappellent le tragique de la vie, elles donnent à Pierre-Marie l’occasion d’exercer sa verve cocasse sans oublier le rappel de principes de bons sens : « ne jamais poser un rappel sur une corde déjà en place » et …se méfier des somnifères.

L’enfant du Bazadais, précurseur de la prise de conscience du problème de l’immigration

Yves–Marie Laulan est un gentilhomme français : il a parcouru le vaste monde mais il est attaché à son terroir. Il ne nous fait pas seulement chevaucher les montagnes et ramer dans les bayous, il nous enchante dans les plaines landaises et le plateau bazadais : « A la gloire d’Uzeste » est une promenade bucolique et nostalgique dans une France que certains voudraient voir disparaître et qui est pour lui comme pour nous éternelle.

Je dois préciser que les précisions topographiques et généalogiques du terroir Laulan m’ont enfin permis de lever un mystère. A la charnière des années 1970 /1980 un rapport sur la natalité et l’immigration avait fait beaucoup de bruit : le « rapport Bernos », présenté comme émanant d’un collectif de hauts fonctionnaires, affirmait sur la démographie française des choses crues qu’à l’époque déjà il fallait taire. Le rapport Bernos eut un grand succès : il fut reproduit de photocopieuses en photocopieuses (il n’y avait pas Internet !) et circula comme un « samizdat ». Je me suis longtemps demandé qui se cachait derrière le pseudonyme de Bernos… Je le sais aujourd’hui, c’était Yves-Marie Laulan, l’enfant du Bazadais. Combattivité, lucidité, recherche de la vérité qu’on retrouve trente ans plus tard dans les travaux de l’Institut de géopolitique des populations. Avec la même volonté : affirmer le droit du peuple français à rester lui-même.

Jean-Yves Le Gallou
, Des
Yves-Marie Laulan, Un itinéraire français : Des Landes à l’Everest, en passant par les cocotiers, Editions Dualfa, avril 2011, 272 pages.