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Soldes migratoires : ce que l'Insee ne vous dit pas...

Soldes migratoires : ce que l’Insee ne vous dit pas…

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« L’Insee ne diffuse, dans ses publications, que l’information sur le solde migratoire global (entrées – sorties). »

♦ FIGARO VOX Vox Societe La démographe Michèle Tribalat s’est penchée sur les enquêtes annuelles de recensement dont l’Insee réunit les résultats. Son décryptage met en lumière le départ croissant des jeunes Français.


L’Insee a remplacé, depuis 2004, les recensements exhaustifs de la population par des enquêtes annuelles de recensement. Comme le nom l’indique, il s’agit désormais d’enquêtes réalisées chaque année sur de larges échantillons de population dont l’Insee réunit les résultats de cinq années successives. Le premier chiffre disponible a été celui de 2006 qui ajoutait les enquêtes de 2004 à 2008. Le dernier connu est celui de 2011. L’Insee met en ligne des fichiers détail à partir desquels tout un chacun, pourvu qu’il dispose des outils informatiques nécessaires, peut extraire un grand nombre d’informations.

S’agissant des migrations, et plus précisément des soldes migratoires, l’Insee ne diffuse, dans ses publications, que l’information sur le solde migratoire global (entrées – sorties), relativement faible: +43000 en France métropolitaine en 2010. Ce solde migratoire est le résidu de l’équation démographique de l’année puisque les naissances et les décès sont très bien connus. Tous les écarts de qualité de collecte d’une enquête à l’autre se reportent donc sur le solde migratoire. Malgré ce défaut, il est tentant d’examiner d’un peu plus près les données produites par l’Insee pour voir ce qu’elles disent des départs de natifs, c’est-à-dire, pour l’essentiel, des personnes nées en France, alors même que nos parlementaires s’interrogent sur le départ des jeunes Français diplômés.

En effet, ces enquêtes annuelles permettent de calculer le solde migratoire par année de naissance pour les immigrés (nés à l’étranger de nationalité étrangère à la naissance) et pour les natifs. Ces soldes font la différence, pour une année de naissance donnée, entre les effectifs à un an d’écart, une fois déduit l’effet de la mortalité.

flux migratoireCliquer sur le tableau pour l’agrandir

J’ai réalisé ces calculs pour les quatre années allant de 2006 à 2010 (dernière année pour laquelle les fichiers détail sont disponibles) pour les personnes nées entre 1940 et 2005. Les résultats figurent sur le graphique. La courbe en bleu représente le taux d’accroissement de la population par solde migratoire des natifs en quatre ans. Elle indique effectivement un creux très marqué pour les natifs nés entre 1979 et 1989 puisque, dans ces générations, le solde net des entrées et des sorties est très fortement négatif: près de 350.000 départs nets. En termes relatifs, le taux net des départs frôle les 8% dans la génération 1987. Au contraire, le solde migratoire des natifs est plutôt positif pour les générations nées avant 1979, emmenant avec elles des enfants.

Ces départs nets de jeunes natifs sont en partie compensés par l’arrivée de jeunes immigrés (courbe en rouge), mais le spectre des âges sur lequel le solde migratoire des immigrés est très fortement positif est beaucoup plus étendu.

Si l’on fait un bilan sur ceux qui avaient 17-29 ans en 2006 (treize générations), la perte sèche est de 75.000 jeunes pour un solde migratoire négatif des natifs de -343.000 et un solde migratoire des immigrés positif de +268.000.

Si l’on compare maintenant avec les soldes migratoires en moyenne annuelle entre 1999 et 2006, pour ceux qui avaient 17-29 ans en 1999 (tableau), on constate une accélération très marquée des sorties nettes de jeunes natifs sur la dernière période, non compensée par le flux net d’entrées d’immigrés à ces âges.

Sauf à supposer que la détérioration de la qualité des enquêtes annuelles de recensement produise cette évolution, le départ croissant des jeunes Français (ici des natifs) n’est donc pas une affabulation. Il faut garder en tête qu’un solde net annuel de -86.000 natifs correspond à plus de sorties puisqu’il fait la différence entre les entrées et les sorties. Si, par hypothèse, 30.000 jeunes natifs regagnaient la France chaque année, cela voudrait dire que 116.000 natifs du même âge l’auraient quittée.

Michèle Tribalat
11/04/2014

Source : Le figaro .fr

Correspondance Polémia – 17/04/2014

Image :INSEE