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Marianne Pleure

Robert Redeker : « Le terrorisme islamiste s’épanouit grâce à la mauvaise conscience de la France »

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Par Robert Redeker, philosophe, écrivain, enseignant.

♦ Depuis les années 1980, la peur panique de paraître « méchants » a conduit les Français à tout accepter, y compris l’inacceptable : c’est ce que Robert Redeker expose dans cet entretien donné au Figaro [27.07] et dont nous partageons les analyses. A une exception près : pour nous [LFAR], « les vraies valeurs républicaines » ne sont pas celles qui peuvent nous faire renouer avec notre passé, notre culture, notre identité, nos racines. La République s’est fondée sur leurs négations. Elle les a toujours combattues, jusqu’à aujourd’hui, inclus.

Ce qui, d’ailleurs, nous paraît rendre ce régime incapable de lutter en profondeur contre tout ce qui nous détruit. Le terrorisme, bien sûr, mais pas seulement…  LFAR


Que vous inspire l’assassinat du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray ?

Cet attentat contre une église est un message adressé aux chrétiens par les islamistes.

Ils aimeraient voir la France ressembler à la Syrie et à l’Irak, où les chrétiens sont victimes d’un quasi-génocide. Le plus odieux est que l’idéologie islamiste cherche à faire croire que ce sont les musulmans qui sont persécutés partout dans le monde, que ce sont eux les victimes par définition. Mais la réalité géopolitique est bien différente.

Cette vérité planétaire atteint maintenant la France aussi. Et pourtant, le déni continue : à chaque fois que c’est possible, le gouvernement et de nombreux médias disculpent l’islamisme de ces attentats en réduisant les terroristes à des catégories psychiatriques (les «déséquilibrés»). Un habitant de la planète Sirius qui écouterait les radios et regarderait les télévisions françaises finirait par se persuader que la France est victime d’un terrorisme tout à fait particulier, qu’elle est en proie à une vague de terrorisme psychiatrique, un terrorisme de psychopathes. Souvent, cet habitant de Sirius pourrait même ignorer que le terrorisme qui ensanglante la France se réfère à l’islam.

Que pensez-vous de l’action du gouvernement contre le djihadisme depuis les attentats de janvier 2015 ?

Un ministre de l’Intérieur confronté à un tel bilan devrait démissionner. Le gouvernement de Manuel Valls use du vocabulaire de la guerre sans mener la guerre. Prenons un exemple. Si nous sommes en guerre, les milliers de jeunes Français qui s’enrôlent dans les rangs de l’Etat Islamique en Syrie et en Irak, qui prennent les armes contre leur propre patrie, qui tuent des civils sont des traîtres. Or, il est question de les mettre dans des «centres de déradicalisation». Par conséquent, pour le gouvernement comme pour l’idéologie dominante dans les médias, les Français partis en Syrie et en Irak ne sont pas des traîtres, ce sont des «radicalisés»! Chacun se souvient du fatalisme de François Mitterrand le 14 juillet 1993 sur la question du chômage: «Contre le chômage, on a tout essayé», déclara-t-il ce jour-là. Habituez-vous au chômage, nous n’y pouvons plus grand-chose, telle semblait sa pensée! François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve étendent le fatalisme économique de Mitterrand à la sécurité: habituez-vous aux attentats comme vous vous êtes habitués jadis au chômage, paraissent-ils nous dire.

Ne faut-il pas faire au moins crédit à l’exécutif de l’extrême difficulté de sa tâche ?

François Hollande est l’homme politique le plus méprisé de toute l’histoire de la Ve République. Plus aucun Français ne l’écoute sérieusement. Il a annoncé la fin de l’état d’urgence le 14 juillet à 12 heures et a annoncé sa prolongation à 23 heures après l’attentat de Nice! Cependant, la droite parlementaire aurait tort de se réjouir de cette situation. Elle a les mêmes habitudes et souffre du même discrédit – quelques mois après son retour aux affaires, elle serait vraisemblablement dans le même état que la gauche aujourd’hui.

Qu’est-ce qui, selon vous, fait défaut aux plus hautes autorités de l’Eta: la lucidité? le caractère? l’esprit de suite?

La nécessité de combattre le terrorisme islamiste se heurte à une barrière idéologique: le refus de considérer que l’islamisme est une des versions de l’islam. Un écrivain comme Boualem Sansal, qui est mon ami, pense ce lien. Il faut aider les musulmans à guérir «la maladie» – je reprends le vocabulaire d’Abdelwahab Meddeb – qui gangrène l’islam, et dont le nom est islamisme. Sophistes et tentateurs, les prédicateurs islamistes parlent une langue et utilisent des images qui sont familières à tout musulman – afin de tromper ces musulmans. De surcroît, le projet des islamistes est favorisé par le climat intellectuel qui a triomphé en France depuis les années 1980. Les vraies valeurs républicaines – expression dont on se gargarise pour faire oublier leur disparition – ont été abandonnées au nom d’un culte fétichiste de l’Etranger, de l’Autre, du Différent, qui a toujours raison. Derrière ce culte se cachent la haine de soi et la repentance. La destruction de l’école est une des causes de notre drame car elle sépare le peuple français de son passé, de sa langue et de sa culture. On enseigne aux enfants de l’immigration que nous, Français, sommes des croisés, des esclavagistes, des colonisateurs, coupables et méprisables. Sous couvert du respect de la différence, l’aversion de ce qui est français, européen et occidental domine. En justifiant le rejet de la France et de sa culture, l’école a créé et fertilise le terreau psychologique sur lequel l’islamisme peut se développer et prospérer sans obstacle.

Robert Redeker
27/07/ 2016

Sources : Le Figaro, Robert Redeker : « Le terrorisme islamiste s’épanouit grâce à la mauvaise conscience de la France »
et LAFAUTEAROUSSEAU

Correspondance Polémia – 29/07/2016

Image : Marianne pleure !