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Réforme des rythmes scolaires : la déception du vécu

Réforme des rythmes scolaires : la déception du vécu

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Anaïs Lignier, éducatrice et journaliste – Lengadoc – info

♦ La réforme des rythmes scolaires a été mise en place, selon le gouvernement, pour permettre aux enfants de « mieux apprendre à l’école » (education.gouv)  et donc de remonter le niveau scolaire actuel des élèves français.

Cette nouvelle organisation du temps scolaire permettrait en conséquence de favoriser les apprentissages fondamentaux le matin, au moment où les élèves sont le plus attentifs, en assurant aux écoliers de bénéficier de cinq matinées scolaires au lieu de quatre et de les alterner avec des activités extrascolaires, culturelles, sportives et scientifiques.
Jusque là rien de choquant me direz-vous ?


Ce système a même déjà fait ses preuves dans d’autres pays européens comme les Pays-Bas.

Le succès du modèle néerlandais repose avant tout sur son articulation avec des structures d’accueil adaptées et avec l’organisation générale de la société. Une réforme efficace des rythmes scolaires est donc dépendante du modèle social dans lequel il s’inscrit. Malheureusement en France cela est impossible tant au niveau logistique qu’économique. En effet, le nombre de structures d’accueil pour les activités extrascolaires est faible et cela a donc contraint les collectivités locales à recruter et à trouver des lieux et des activités dans l’urgence.

Dans les villes ayant appliqué la réforme dès la rentrée 2013, la mise en place a été tellement rapide que les différents acteurs éducatifs n’ont pu se consulter en amont, créant disfonctionnements et incompréhensions le premier mois de la rentrée scolaire, sans parler des parents qui n’étaient même pas au courant de cette réforme.

J’ai moi-même vécu, en tant qu’acteur éducatif au sein d’une école maternelle et élémentaire dans le 16e arrondissement de Paris, l’application de cette réforme à la rentrée 2013.

Courant 2013, après plusieurs assemblées générales, concernant le corps éducatif des écoles, menées par l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, nous avons pu rapidement comprendre que ce dernier ne reculerait pas quant à la mise en place de la dite réforme dès la rentrée prochaine. Malgré les arguments avancés par les enseignants et les animateurs proposant « au moins » un délai pour une préparation optimale indispensable, Monsieur Delanoë avait pour toute réponse, telle une bande-son rayée réglée au volume maximum, :« Vous ne pensez pas au bien-être de l’enfant ! » répété aussi assurément qu’un Winnicott (1).

Nous ne pensons pas « au bien-être de l’enfant » mais nous perdons des heures sur notre temps personnel, des journées de salaire pour protester, des heures de travail bénévoles pour, justement, tenter de faire en sorte que les enfants subissent le moins possible ce changement anticipé de situation. Mais Monsieur Delanoë préférait sûrement se voiler la face et penser aux toutes proches élections municipales et à sa protégée, Anne Hidalgo, qu’il voyait en haut du podium grâce à une ville « avant-gardiste » sur les réformes nationales et surtout à une politique jacobine, appliquée au mieux possible, plaisant ainsi à l’électorat bobo de la gauche parisienne.

Fin mars, après des hésitations entre le mercredi, le samedi matin et même une pause méridienne de 2h45 (!), notre « cher » ancien maire a mis fin à un horrible suspens concernant les nouveaux horaires scolaires. Sur Paris, il y aura école le mercredi matin, avec les horaires habituels le lundi et le jeudi et arrêt du scolaire à 15h le mardi et le vendredi, pour enchaîner sur les activités culturelles et sportives, non obligatoires et gratuites ! Mais tout cela seulement les deux premières années. Il y a de quoi se perdre avant même d’avoir commencé, alors imaginons ce qu’il en sera pour des enfants de maternelle qui sont en cours d’acquisition des notions de temps et d’espace.

Dès la rentrée, les premières problématiques se sont présentées : des parents perdus, un manque de personnel, des enfants déboussolés ne faisant même plus la différence entre l’heure du goûter, des parents, de la cantine et surtout une fatigue générale !

Les activités extrascolaires ont été bâclées compte tenu d’un manque de personnel non négligeable et surtout d’un manque de personnel qualifié (Qui veut travailler 3h par semaine pour une misère ?).

Pour palier ce manque, les agents spécialisés des écoles maternelles (ATSEM), qui sont, en temps normal, des aides aux enseignants pour le ménage des classes et l’hygiène des enfants, ont été réquisitionnés sur ces temps d’activités, sans qu’on leur demande leur avis. Ces agents sont titulaires d’un CAP petit enfance mais n’ont pas les formations nécessaires à la gestion de groupes ou à la préparation et à la mise en place d’activités de loisirs éducatifs.

La même problématique concerne les associations extérieures, imposées à chaque école de la Ville de Paris, proposant des activités originales et intéressantes, envoyant sur le terrain des intervenants doués dans leur domaine mais incapables de gérer un groupe d’enfant (au nombre de 18 en élémentaire et de 14 en maternelle), les préposés de ces associations étant rémunérés quatre fois plus qu’un animateur titulaire de diplômes professionnels de l’animation !

La « bonne » idée du maire pour palier ce manque a été de vouloir embaucher de jeunes mineurs en réinsertion sociale : en d’autres termes de jeunes délinquants sortant de prison. Un surplus de protestation a, heureusement, vite écarté cette option.

Au-delà du manque de personnel, se pose la question des espaces. En effet, des intervenants s’entassent dans les salles de classe et le réfectoire !  Sur papier on nous vantait des sorties de proximité dans des lieux sportifs et culturels mais cela est irréalisable compte tenu du temps disponible, surtout quand on sait que sur certaines communes le gymnase le plus proche est à 40 minutes !

Où est donc le changement pour les enfants, qui restent au final autant de temps qu’avant dans leur classe : la classe, lieu calme de travail, perdant de sa symbolique quand y sont pratiqués le soir des cours de zumba (2)…

Si les enfants ne participent pas aux activités, ils peuvent être récupérés plus tôt.

Certes, mais quel parent quitte le travail avant 15h ? Et pour les quelques chanceux par école à être récupérés plus tôt, ils laissent, en pleurs, les autres enfants ne comprenant pas le départ de certains.

L’année se termina donc avec un bilan catastrophique sur le terrain mais plutôt positif aux dires du gouvernement.

Paris – Septembre 2014. Nous repartions donc tous avec nos peurs, dans un flou toujours autant artistique, – mais avec une année d’avance sur les dernières villes à mettre en place la réforme – et en prime avec un troisième ministre en charge de cette dernière. Sans surprise, le gouvernement est à l’image de sa réforme : instable et incompréhensible. Ces deux premiers mois ont été sur Paris quasi semblables à l’année précédente, avec néanmoins quelques imprévus en moins, toujours autant d’incompréhension, de flous juridiques et de fatigue.

A l’écoute de mes collègues d’autres villes, je suis indignée qu’à Montpellier l’accueil périscolaire se fasse avant la classe (7h45-8h20), que l’école se termine tous les jours à 16h pour proposer une fois sur deux des ateliers et de l’aide aux devoirs jusqu’à 18h30 ! Pour certains enfants, ce sont des journées de 11h dans l’enceinte de l’école ! J’ai aussi pu apprendre auprès de la mairie de Montpellier que le maire gauchiste fraîchement élu, Philippe Saurel, recrutait pour les activités uniquement des étudiants ou des chômeurs longue durée sans diplôme spécifique (!), avec pour argument de réduire la précarité.

Malgré tout, je suis fière de voir que certaines mairies, des parents, des familles, des professeurs, des animateurs, d’autres acteurs de l’éducation mais aussi des personnes victimes de l’oppression du gouvernement socialiste et de ses lois visant à détruire la famille, se révoltent, font barrage et ne taisent pas la vérité ! Car ces lubies gauchistes sacrifient malheureusement une génération « d’enfants test ».

Anaïs Lignier
30/10/2014

Notes :

(1) Donald Woods Winnicott est un pédiatre, psychiatre et psychanalyste anglais. Il a été psychanalysé par James Strachey puis par Joan Riviere. Il était psychanalyste didacticien de la British Psychoanalytical Society (1896–1971).
(2) (note de la rédaction) Pour les non initiés, la Zumba est un programme d’entraînement physique combinant des éléments d’aérobic et de la danse jazz.

Correspondance Polémia – 3/11/2014

Image : Réforme des rythmes scolaires, désordre et confusion.