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Poutine : le Slave se rebiffe

Poutine : le Slave se rebiffe

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Dominique Jamet, journaliste, écrivain.

♦ « Loin de s’incliner devant plus fort que lui, Vladimir Poutine vient de réaffirmer sa volonté de continuer à mener en toute indépendance la politique de ses intérêts nationaux ».

Les médias bien comme il faut notent ces derniers jours, avec une certaine surprise et une réprobation certaine, la tonalité franchement anti-occidentale des récentes déclarations et en particulier de la dernière conférence de presse de Vladimir Poutine.


A les en croire, le « maître du Kremlin » (c’est ainsi qu’ils désignent communément le président russe comme ils appelaient Saddam Hussein « le maître de Bagdad », Slobodan Milošević « le maître de Belgrade » et comme ils qualifient Bachar el-Assad de « boucher de Damas ») assaisonnerait même son borchtch d’accents de guerre froide…

C’est du reste parfaitement exact. Il est vrai que M. Poutine semble cultiver et exploiter sans vergogne le filon démagogique du patriotisme, voire du nationalisme, voire du chauvinisme russe et n’a pas pour l’Union européenne ou les États-Unis d’Amérique les égards qui leur sont dus. On se demande bien pourquoi.

Voilà un homme que depuis le début de la crise ukrainienne les dirigeants, les porte-parole, les porte-plume et les porte-coton du « monde libre » qualifient d’agresseur, de dictateur, d’aventurier et à l’occasion de nouvel Hitler. Alors même que l’exemplaire démocratie cubaine est réadmise dans le cercle des nations honorables, la Russie est mise sous embargo, alors même que, dans le monde entier, on déroule le tapis rouge sous les pas des hommes politiques et des hommes d’affaires chinois, on gèle les comptes bancaires des principaux collaborateurs et des plus proches amis de Poutine. Poutine lui-même représente-t-il son pays dans les institutions et les conférences internationales, on le traite en intrus, en indésirable, en paria et les premiers ministres d’Australie ou du Canada, contre tous les usages diplomatiques, l’ignorent ou l’insultent. Le président de la République française, pour sa part, refuse sans autre forme de procès d’honorer la signature de son pays. Le président américain, quant à lui, en rajoute et décide aux dernières nouvelles que la Crimée annexée n’existe plus. Comme aux jours les plus tendus de la confrontation Est-Ouest, c’est un bras de fer qui se joue entre Washington et Moscou. Le leader de l’hyperpuissance s’est juré de faire plier jusqu’à ce qu’il crie grâce et reconnaisse sa défaite. La fuite des capitaux russes, la chute du rouble, la récession, la politique délibérée et concertée de pétrole et de gaz à bon marché devraient dans les meilleurs délais amener à la capitulation de l’insolent qui ose braver le nouvel ordre mondial.

Or, loin de s’incliner devant plus fort que lui, Vladimir Poutine vient de réaffirmer sa volonté de continuer à mener en toute indépendance la politique de ses intérêts nationaux. Loin de reconnaître son isolement et sa défaite, loin de lécher la main qui le frappe, il tourne le dos à son adversaire, il signe de fabuleux contrats d’armements avec l’Inde, de fourniture d’énergie avec la Chine, et il jure que, pas plus face à Obama aujourd’hui qu’avant-hier devant Napoléon et il y a soixante ans devant Hitler, la Russie ne se laissera dicter la loi.

Le Slave se rebiffe, en somme, et les conseillers qui ont assuré le président américain que les moujiks ne comprennent que le knout sont de la même race et font la même erreur que leurs prédécesseurs qui croyaient que les nègres ne sont faits que pour le fouet

Dominique Jamet
23/12/2014

Source : Boulevard Voltaire.fr

Correspondance Polémia – 30/12/2014

Image : Vladimir Poutine