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On les appelle à défendre Taubira

On les appelle à défendre Taubira

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« Assez ! Vive la révolte, à bas la morale, vive le libertinage intellectuel ! »

Quelles sont les arrière-pensées de Minute ? Sa « une » du 13 novembre 2013 est-elle de bon goût ? Là n’est pas la question. La liberté d’expression ne se divise pas. Précisément voici un point de vue libertin de Eric Delcroix.
Polémia.


« Les Français aussi cons que les nègres » (Charlie Hebdo)

Quel hourvari contre l’hebdomadaire Minute, à l’occasion de sa « une » se moquant des leçons de morale données à ceux qui insulteraient la gardeuse des Sceaux, Christiane Taubira. Le nouvel ordre moral antiraciste est un insupportable puritanisme, aussi les gens de Minute doivent-ils être soutenus, défendus, contre la bêtise raciopudibonde et ses ligues de vertu.

Menaces sur l’art de la caricature

Minute aurait dépassé les limites de l’acceptable, comme si l’art de la caricature avait des comptes à rendre à la morale. Les ministres et les députés ne s’étaient pourtant pas préoccupés de la « une » de Charlie Hebdo du 28 mai 1980 (n° 498). Le dessin représentait le pape apparaissant sur l’échelle de coupée d’un avion, devant une foule délirante d’enthousiasme. La légende ? Simple et efficace du point de vue de la caricature :

Le pape à Paris

Les Français aussi cons que les nègres.

Mais voilà, c’était une plaisanterie d’extrême gauche, antifrançaise, anticatholique, bref, de la caricature acceptable, drôle, vraiment drôle pour le PC, le PS et le RPR. Alors, la « pornographie de race » ne serait-elle interdite qu’à l’ « extrême droite » ?

Caricatures et traits des personnes

Mais revenons à notre ministresse, celle-là même qui, en fait de caricature, en a fait une de l’institution millénaire du mariage. Elle souffrirait des caricatures faites de sa personne, caricatures qui seraient « racistes » (horresco referens). Le problème, c’est que le principe de base de la caricature est l’outrance dans le trait. Evidemment, madame Taubira étant petite, grosse et noire (constat « raciste »?), cela donne aux dessinateurs, humoristes, des idées, certes faciles, mais imposées par le genre. Taubira, c’est un fait, n’est pas caricaturable en « blonde », à la manière de Gaby et Dzack dans leurs bandes dessinées racistes ; elle évoque plus facilement les bananes de Joséphine Baker. Hé oui, on n’y peut rien si la nature est supposée mal faite ou injuste : c’est comme ça.

Qui s’offusque des moqueries contre « les Blondes », présentées comme des idiotes par nature, sous la plume et le crayon des deux auteurs de BD et films susmentionnés ? Ils ne s’y sont pas trompés, ceux-là : ils ne publieront pas « les Noires » (que celui qui a dit « les Négresses » se dénonce !)…

Alors, avec la licence que doit permettre la satire politique, en quoi la « une » de Minute déroge-t-elle ?

Maligne comme un singe

Taubira retrouve la banane.

Assez ! Vive la révolte, à bas la morale, vive le libertinage intellectuel !

 Eric Delcroix
13/11/2013

Correspondance Polémia – 13/11/2013

Image : Joséphine Baker est souvent associée à son séduisant spectacle de danse de la banane donné aux Folies Bergère en 1926, portant une minijupe constituée d’une couronne de bananes artificielles. En 2006, Beyonce a rendu hommage à Baker en présentant sa propre version d’une jupe de bananes pour le concert de Fashion Rocks. (http://partnouveau.com/?p=212)