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Musulmans de France : l’étude qui fait polémique

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Les Echos – 19/09/2016

♦ Une enquête réalisée par l’Ifop sert de base à une étude de l’Institut Montaigne (*), qui esquisse un portrait des musulmans de France. Cette dernière a suscité de vives réactions.


Qui sont les musulmans de France ? Comment vivent-ils ? Quels sont leurs rapports à l’islam, à la société ? Alors que la vague d’attentats djihadistes et l’approche de la présidentielle enflamment les débats sur la place de l’islam, l’Ifop a tenté de répondre à cette question à travers un sondage conduit auprès de 1.029 personnes de confession ou de culture musulmane, extraites d’un échantillon de 15.459 métropolitains âgés de 15 ans et plus.

Cette enquête « inédite » de l’Ifop sert de base à l’Institut Montaigne, « think tank » d’obédience libérale, qui publie un rapport intitulé « Un islam français est possible ».

28 % de rigoristes ?

L’Ifop a distingué trois grands groupes de musulmans en France, en fonction des pratiques des personnes sondées, de leur attachement à la laïcité, au port du voile ou à la viande halal.

Le premier groupe, largement majoritaire (46%), compte des musulmans “soit totalement sécularisés, soit en train d’achever leur intégration” sans renier leur religion. Un deuxième groupe, représentant 25%, est plus pieux et plus identitaire tout en rejetant le voile intégral.

Le dernier groupe, que l’Ifop évalue à 28%, réunit des croyants qui ont « adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République », s’affirmant « en marge de la société ». Les jeunes, les moins insérés dans l’emploi et les convertis sont les plus disposés à adhérer à ce modèle, jusqu’à 50%

5,6 % des habitants de métropole

 En outre, le rapport publié par l’Institut Montaigne est parfois à rebours de certaines idées reçues. Il avance par exemple qu’en France, pays qui compte la plus importante communauté musulmane d’Europe, les musulmans comptent pour 5,6% des habitants de métropole (entre 3 et 4 millions), soit un pourcentage « moins important que ne l’avancent bon nombre de chiffres fantaisistes », souligne en avant-propos Hakim El Karoui, ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon et ex-président de l’Institut des cultures d’islam.

Mais ils sont 10% des moins de 25 ans, « signe de la prégnance croissante de la deuxième religion du pays auprès des jeunes générations ». L’âge moyen s’établit à 35,8 ans (il est de 53 ans chez ceux qui se déclarent chrétiens et de 43 ans pour les « sans religion »).

Pas de « communautarisme musulman unique et organisé »

Une écrasante majorité des musulmans interrogés – aux trois quarts de nationalité française – ne refusent pas la mixité, acceptant de se faire soigner par un médecin (92,5%) du sexe opposé.

Côté pratiques, deux traits saillants très largement partagés : 70% des personnes interrogées déclarent « toujours » acheter de la viande halal et 65% sont favorables au port du foulard.

La question du voile est toutefois plus clivante : 65% des femmes musulmanes ne le portent pas. Quelque 37% des personnes de culture musulmane considèrent que les jeunes filles devraient pouvoir porter le voile au collège et au lycée et 24% sont favorables au port du niqab.

La fréquentation des 2.500 mosquées est plus faible qu’on ne le pense souvent : 30% des musulmans interrogés ne s’y rendent jamais, et autant ne le font au mieux que lors des grandes célébrations du ramadan.

En résumé, « la question sociale est la priorité des musulmans interrogés, bien avant les questions religieuses ou identitaires ». Il n’y a pas de « communautarisme musulman unique et organisé »

Les Echos
19/09/2016

Source : Les Echos.fr

Notes :

– Une enquête utile
– Voir en complément : : Le Causeur.fr

Vives réactions

Réagissant sur le Forum Radio J, Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et proche de François Hollande, a souhaité « que les musulmans de France puissent vivre tranquillement leur foi en rupture avec toute intervention extérieure », jugeant « inquiétant » ce chiffre de 28% de musulmans présentés comme en marge de la société.

« 28% des musulmans de France contre nos valeurs. Et on veut encore nous faire croire au #VivreEnsemble? », a tweeté Robert Ménard , maire de Béziers proche du Front national. Pour Anouar Kbibech , président du Conseil français du culte musulman, ce chiffre est « totalement déconnecté de la réalité ».

Sur son blog, le candidat à la primaire de la droite Alain Juppé a estimé que, face à ce « durcissement de la religion musulmane », il fallait bâtir « un Etat fort », combattre « es amalgames » et inciter « la majorité silencieuse des musulmans » à s’impliquer dans la construction d’un islam de France.

Autre candidat à la primaire, François Fillon a relevé au « Grand rendez-vous » Europe1/iTELE/Les Echos « une sorte de dynamique en faveur de la radicalisation », militant en faveur de « statistiques pour pouvoir avoir les moyens de traiter un sujet qui est celui de l’islam radical ».

De son côté, Cécile Duflot a souligné dimanche sur BFMTV qu’ « une immense majorité des musulmans de ce pays vivent normalement ». La candidate à la primaire écologiste a appelé à ne pas “agiter les peurs” avec ce type d’études statistiques, en l’absence d’un travail sociologique approfondi.

Correspondance Polémia – 21/09/2016

Image : L’Ifop a distingué trois grands groupes de musulmans en France, en fonction des pratiques des personnes sondées, de leur attachement à la laïcité, au port du voile ou à la viande halal – JOEL SAGET/AFP