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Meeting du Bourget : beaucoup de bruit pour une simple page de publicité

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La presse ne tarit pas d’éloges sur la « performance » de François Hollande lors de son intervention au meeting du Bourget le 22 janvier dernier. C’était, paraît-il, « L’heure de vérité du candidat Hollande » (titre du Monde du 22 janvier 2012). Il aurait « surpris » ses adversaires et ses proches à cette occasion (Le Monde du 24 janvier 2012). Et tout à l’avenant.
On nous avait déjà imposé le pensum de la primaire socialiste. Depuis dimanche, voici que les médias ne nous parlent plus que du meeting historique du Bourget.
Car – ô merveille ! – le candidat socialiste a eu l’air de présenter avec assurance et sans bafouiller un programme « ancré à gauche, avec un projet prudent » (Le Monde du 24 janvier 2012). Sic.

Un programme n’est qu’une accroche publicitaire

Belle performance, en vérité, que d’exposer son programme, c’est-à-dire un catalogue de promesses, devant un public de militants ou d’auditeurs acquis d’avance, sous l’œil complaisant des médias ! Tous les politiciens savent faire cela : vendre des promesses pour tenter de se faire élire et c’est d’ailleurs la seule chose qu’ils réussissent vraiment dans la durée. En matière commerciale cela s’appelle de la publicité.

Féliciter un homme politique pour son programme revient donc à apprécier le produit non pas en fonction de sa valeur d’usage mais parce qu’il a fait l’objet d’une bonne publicité ! C’est vrai que beaucoup de consommateurs s’y font prendre. Les électeurs aussi, hélas, du moins au début.

Car à l’aune des promesses électorales tout va aller très bien pour l’électeur, car celui-ci est encore « un prospect », comme on dit en matière de publicité. En revanche, à l’aune de la réalité tout change pour le citoyen, mais hélas trop tard pour lui : il ne peut plus se raviser car les élections ont eu lieu et il en a pris pour quatre ou cinq ans ! Comme il n’y a pas de référendum d’initiative populaire, le système est verrouillé. C’est pourquoi l’oligarchie appelle les élections le temps de la « respiration démocratique » : le reste du temps séparant deux élections, la démocratie est en effet en apnée… car les élus ont carte blanche.

Un programme attrape-tout

Le plus étonnant c’est que les « commentateurs » médiatiques voudraient nous faire croire que le candidat socialiste a pris un nouveau souffle au Bourget, sans doute à cause de la proximité du Musée de l’air et de l’espace…

Jugeons-en : il propose, en effet, de réformer le système bancaire et la fiscalité, de maîtriser les finances publiques, de défendre la laïcité, de renégocier les traités européens, de réindustrialiser la France, de donner la priorité aux PME, de mettre en œuvre une réforme fiscale, d’assurer la sécurité pour tous, de faire de l’éducation une grande cause nationale, de retirer nos troupes d’Afghanistan, de faire des économies d’énergie, de rencontrer la chancelière d’Allemagne, etc.

Quelle originalité ! C’est en effet le programme… de tous les partis de gouvernement, car il est conçu pour plaire au plus grand nombre de prospects et se colle à l’actualité immédiate.

L’astuce consiste en effet à opérer un savant saupoudrage pour qu’il y en ait pour tous les goûts, enfin presque, et pour que l’effet systémique global d’un tel catalogue soit difficile à apprécier et donc à contrer. La bonne recette consiste à bien mélanger les ingrédients : un peu de mariage homosexuel, un peu de droit de vote pour les immigrés, un peu moins de centrales nucléaires pour les écolos, un peu de livret A pour les épargnants, un peu de logements sociaux pour les jeunes ménages, un peu pour les personnels hospitaliers, un peu d’embauche de jeunes, des enseignants supplémentaires, un peu de soutien des élèves en difficulté, des départs en retraite à 60 ans, etc. M. Hollande connaît les ficelles du métier !

Un révolutionnaire mais pas trop quand même

M. Hollande reste un révolutionnaire mais du genre prudent car il se garde bien d’évoquer les mots qui fâchent le Système :

  • – La sécurité ? Il va créer des zones de sécurité prioritaires. Encore des zones prioritaires qui marchent déjà si bien (ZEP, ZUS, etc).
  • – L’immigration ? Ce n’est pas un sujet.
  • – « Réindustrialiser » ? Il nous ressort le crédit impôt recherche, une agence pour les PME et, bien sûr, la fameuse économie numérique. Mais pas question de protectionnisme.
  • – L’Europe ? Il va refonder le pacte franco-allemand comme si l’Allemagne était encore celle d’Adenauer.

Gare aux arnaques publicitaires

Mais comme il se veut quand même de gauche, M. Hollande déclare qu’il a pour adversaire « le monde de la finance » et qu’il va faire payer plus d’impôts aux riches. Comme François Mitterrand annonçait « la rupture » en 1981. Cela va plaire aux nostalgiques du grand soir et les médias se pâment de plaisir.

Cependant, comme dans les publicités commerciales, le consommateur politique doit savoir décoder.

En effet, quand une agence immobilière vous indique, par exemple, qu’il s’agit d’un « joli appartement de charme avec une très belle vue sur Paris » il faut traduire : tout petit appartement sous les combles et sans ascenseur. Il en va de même des belles envolées anti-finances ou anti-capital de la gauche.

La gauche et l’argent

Car la réalité est autre.
Depuis 1789 la gauche et la bourgeoisie marchande vont de pair car elles ont le même projet : la destruction de la société traditionnelle et sa reconstruction selon les lois rationnelles de l’économie, pour faire prévaloir le gouvernement des choses sur les gouvernements des hommes. Le mondialisme n’est qu’un succédané du vieil internationalisme, à la différence que les capitalistes prétendent réussir là où les prolétaires ont échoué. Et depuis la fin de la menace communiste la bourgeoisie n’a plus peur de s’avouer aussi de gauche.

La gauche s’est ralliée au marché à la fin des années 1980, à la suite de l’échec patent du communisme en Europe. Elle a, en outre, adhéré aux transferts de souveraineté au sein de l’Union européenne et à la dérégulation mise en œuvre pour « libérer la concurrence ». Elle a aussi peuplé de ses hommes les instances supranationales qui mettent en œuvre cette politique : de Pascal Lamy à Dominique Strauss-Kahn.

Comme M. Guéant semble découvrir les réalités de l’immigration et de la délinquance, M. Hollande endosse maintenant sans complexe, le temps d’une candidature, les habits de lumière de la régulation financière et de la réindustrialisation.

Les riches ne paieront pas

Quant à « faire payer les riches » on sait ce qu’il advient en réalité. En social-démocratie, les très riches s’échappent toujours des mailles du filet fiscal : seuls y restent les salariés dont la situation et les revenus sont facilement appréhendables par l’administration.

Les projets de M. Hollande, bien qu’il s’en défende, finiront donc par frapper en priorité et une fois de plus la classe moyenne : réforme du quotient familial, fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu. Comme on a des idées, à gauche, il a même proposé d’indexer les prix de l’eau, du gaz et de l’électricité sur les revenus : voilà, n‘en doutons pas, une mesure qui va frapper « les riches » ! Mais pourquoi s’arrêter en aussi bon chemin et ne pas fixer par exemple le prix du pain, du billet SNCF ou des transports urbains en fonction du revenu de celui qui achète ?

Il faut donc espérer que les électeurs sauront sanctionner la publicité mensongère tant des sortants que de ceux qui voudraient bien entrer dans le Système.

Michel Geoffroy 
25/01/2012