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L’immigration du point de vue de la science économique : coût social versus avantage privé

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Le discours médiatique sur les bienfaits de l’immigration repose sur une série d’approximations et de mensonges. Yvan Blot présente ici un point de vue économique critique. Il souligne les conséquences sociales et économiques de salaires tirés à la baisse, au détriment de l’innovation et de l’équilibre des comptes sociaux. Si certains avantages de l’immigration sont privatisés, ses inconvénients sont, eux, collectivisés : un point sur lequel reviendra le colloque de l’Institut de géopolitique des populations sur « Peut-on raisonnablement calculer le coût de l’immigration ? », le 16 février prochain (*).


On veut nous faire croire aujourd’hui que l’immigration est indispensable à la croissance.

Historiquement, la croissance économique moderne est née en Angleterre puis s’est propagée en Europe (Belgique, France, Allemagne au début) qui était alors un continent d’émigration. Même les fameuses Trente Glorieuses (1945-1975) se sont réalisées pour les vingt premières d’entre elles sans immigration notable.

L’économie comparée nous montre des pays qui ont eu une réussite remarquable depuis 1945 jusqu’à nos jours sans immigration, comme le Japon ou la Finlande.

L’immigration contre le progrès technique et la productivité

L’immigration est vantée comme un moyen de baisser les coûts de production en obligeant les salariés à se contenter de faibles salaires. Indépendamment du côté social fort discutable de cette politique, l’économiste notera que cette méthode décourage les progrès de productivité et l’innovation technique. Des historiens vont d’ailleurs jusqu’à dire que si la machine à vapeur inventée dans l’Antiquité par Hiéron d’Alexandrie ne s’est pas répandue à l’époque, c’est parce que l’esclavage avait abaissé le prix du travail à tel point que la machine était inutile. Les pays à très haut taux d’innovation comme la Suède ou la Finlande sont restés pendant des années sans la moindre immigration, avec de hauts salaires ouvriers et de très bons résultats sur les marchés mondiaux.

Autrement dit, les bas salaires sont une facilité de court terme pour les entrepreneurs mais freinent le progrès et l’innovation à plus long terme. L’opposition court terme/long terme est d’ailleurs la clé des dysfonctionnements des économies occidentales. Les dirigeants salariés des grandes entreprises (qui n’ont rien à voir avec des « capitalistes » propriétaires de leur entreprise) ont une vision à court terme, ce qui explique leur gestion hasardeuse. C’est encore plus vrai des banques et des milieux financiers.

L’immigration, une atteinte à la liberté des agents économiques et des citoyens

Selon l’économiste Hermann Hoppe, l’immigration est par ailleurs une atteinte à la liberté des agents économiques. En effet, on ne demande pas contractuellement au citoyen s’il veut ou non cohabiter avec des étrangers qu’il n’a pas fait venir. C’est très différent des biens et des services : ceux-ci ne pénètrent sur le territoire national que si un contrat entre un acheteur et un vendeur a eu lieu : les biens ne voyagent pas par eux-mêmes ; il faut des contrats entre des hommes pour que les biens se déplacent.

Coûts collectifs et parties communes

Rien de tel avec l’immigration : il n’y a aucun contrat entre l’immigré et le citoyen donnant à ce dernier le pouvoir d’accepter quelqu’un sur les parties communes du territoire. Cela ne pourrait exister que si les rues étaient privatisées. Comme ce n’est pas le cas, c’est au gouvernement de protéger les droits des citoyens pour l’utilisation des parties communes : au minimum, celui-ci devrait consulter les citoyens par référendum (ce qui se fait en Suisse).

De plus, l’immigration engendre des coûts collectifs importants (logement, école, sécurité sociale, etc.) : l’entrepreneur qui embauche un immigré ne supporte pas directement ces coûts qui vont être répartis entre les contribuables ; il tire un avantage à court terme en embauchant quelqu’un, souvent à bas salaire, et reporte les coûts sociaux correspondants sur l’ensemble des contribuables.

France, Grande-Bretagne, Etats-Unis : forte immigration et fort chômage

L’injustice est ici évidente. La hausse des coûts pour la collectivité rend l’économie moins compétitive et provoque donc du chômage. Les pays à fort taux d’immigration ont beaucoup de chômage, comme la France, les Etats-Unis ou l’Angleterre (autour de 9%). Celui-ci est plus faible dans les pays à faible immigration (Russie 6% ou Finlande ou Japon).

L’immigration profite bien à certains groupes de pression mais est nuisible à l’intérêt général. Or notre système politique purement parlementaire est plus sensible aux groupes de pression organisés qu’à l’intérêt général, par définition inorganisé. Seul le référendum, comme l’avait très bien vu le général De Gaulle, permet à l’intérêt général de s’exprimer directement en contournant les groupes de pression. Il faudrait donc organiser des référendums sur l’immigration comme chez nos voisins suisses.

Les études statiques sur l’immigration, qui comparent le coût et les avantages à un moment donné, sont utiles mais elles négligent la dynamique du phénomène. L’immigration de main-d’œuvre, surtout peu qualifiée, retarde l’innovation et le progrès techniques, accroît les coûts sociaux financés par tous les contribuables et freine à moyen terme la croissance, créant ainsi un chômage supplémentaire. La dynamique de l’immigration n’est pas favorable à la croissance sauf peut-être s’il s’agit d’une immigration choisie, limitée et hautement qualifiée comme celle pratiquée par l’Australie, le Canada ou la Suisse.

Yvan Blot
Docteur ès sciences économiques
Ancien élève de l’ENA
6/02/2012

Note :

(*) Peut-on raisonnablement calculer le coût de l’immigration ? – Colloque de l’Institut de Géopolitique des Populations

Voir ausi :

L’économie de l’immigration 
« La préférence nationale : réponse à l’immigration » : un classique à redécouvrir

Correspondance Polémia – 8/02/2012

Image :  Tous les économistes sérieux qui ont travaillé sur l’immigration sont plutôt arrivés à la conclusion qu’elle avait soit un impact « légèrement positif » sur le budget des Etats, soit « légèrement négatif ».