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Asamkirke Minich

L’homme héroïque n°9 – Conférence d’Ivan Blot (1)

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Conférence n°9 :

LA SPIRITUALITE et L’HEROÏSME

 

AGIR POUR LA DEMOCRATIE DIRECTE

ET INSTITUT NEO-SOCRATIQUE

73, rue de la Faisanderie 75116 PARIS

Courriel : atheneion@free.fr site web : www.democratiedirecte.fr

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Le Mardi 21 JUIN à 19 h précises

A l’association « Dialogue Franco-Russe » 

120 Champs-Elysées, 75008 PARIS

 

Conférence n°9 :

La spiritualité et l’héroïsme

 

Chers amis,

Il y a un lien historique entre la spiritualité et l’héroïsme. L’absence de sacré, de transcendance, le matérialisme et l’utilitarisme, autrement dit « l’animalisation » de l’homme coïncident avec la disparition des héros. Le mystique chrétien Jean Climaque montre dans son livre  l’Echelle Sainte  comment l’héroïsme guerrier a des parentés avec l’effort mystique.

La paix du Christ est une paix intérieure bien plus qu’une paix politique. Il faut relire ses propos dans saint Mathieu : « je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée » (Mat. 10/34) C’est vrai des religions conquérante comme l’Islam mais aussi le christianisme qui l’une comme l’autre ont conquis des territoires grâce à des victoires militaires. Songeons à Constantin au pont Milvius ! Même le bouddhisme n’a pas dédaigné la voix guerrière comme on l’a vu au Japon chez les Samouraïs et dans le Zen.

La chevalerie fera en Occident le lien entre l’éthique guerrière des aristocrates et le respect des valeurs morales chrétiennes. Jeanne d’Arc est une de ses plus belles incarnations. Il y a toujours eu des moines-soldats comme les chevaliers teutoniques ou comme l’amiral Thierry d’Argenlieu.

Par contre, la fuite du sacré est souvent liée à une incapacité de donner sa vie pour une cause supérieure, sa famille, sa patrie ou son Dieu. Parfois, le sacré peut réapparaitre dans une société sans religion comme sous la Révolution française ou sous Staline : le sacré se concentre alors sur le seul patriotisme. C’est lui et non l’idéologie qui apporte la victoire.

Mais le militaire, s’il n’est pas freiné par le religieux ressemble alors plus à Arès qu’à Athéna : les Grecs distinguaient déjà la guerre menée avec honneur et intelligence de la guerre brutale et sans lois. La première devise de la France libre fut « Honneur et Patrie » et non « Liberté, Egalité, Fraternité » que De Gaulle trouvait trop politique, voire politicarde. C’est un retour à l’idéal chevaleresque.

Les deux piliers de la civilisation chrétienne sont la lutte contre le mal et le devoir de charité. Si vous allez dans l’Asamkirche à Munich, un joyau du baroque, vous verrez deux fresques en entrant : à gauche, le Christ chasse les marchands du temple à coups de fouet, à droite, il lave les pieds des pauvres. Les deux actions sont indispensables : lutter contre le mal et aimer son prochain. Lorsque la religion oublie l’un des deux, elle s’autodétruit : Sans lutte contre le mal, le monde se dégrade fortement. Sans amour, le monde s’autodétruit aussi : la population ne se reproduit plus, les jeunes et les vieux sont piétinés. C’est l’horreur. Aujourd’hui, tout se passe comme si l’Eglise devenait étrangement tolérante à l’égard du mal. Elle oublie que le péché est dans l’homme et que tout individu a un cerveau reptilien capable de tous les crimes. C’est pourquoi le grand philosophe russe Ivan Iline, dont on dit qu’il serait un des préférés de Poutine, a écrit un livre sur la résistance contre le mal par la force (o zaprotivlénié zlou siloi). Il justifie cette résistance du point de vue théologique.

En fait, le choix est limité : ou bien, nous avons un idéal, ou bien nous nous tournons vers les forces de la mort. C’était ce que pensait le Socrate de Platon, à la fin de la « République ». Arnold Gehlen, le maitre de l’anthropologie philosophique arrive à des conclusions identiques. C’est le cas aussi des philosophes existentiels comme Nietzsche ou Berdiaev.

L’héroïsme n’est pas matière à un caprice, c’est une nécessité vitale, pour l’individu comme pour la nation. L’absence d’héroïsme est un signe que les forces de la mort sont en train d’avoir le dessus sur les forces de la vie. Telle est le mystère tragique de notre existence terrestre : ceux qui veulent sauver une vie sans transcendance la perdront. Ceux qui sont prêts à sacrifier leur vie seront gagnants. C’est le message religieux comme le message de l’histoire. Ce sont des messages incompréhensibles pour ceux dont l’horizon se limite dramatiquement au droit et à l’économie.

Bien cordialement.

Ivan Blot
5/06/2016

Correspondance Polémia – 8/06/2016

Image : La Asamkirche est une église de Munich, construite entre 1733 et 1746 dans le style baroque et rococo par les frères Asam, Côme Damien Asam et Egid Quirin Asam. Wikipédia