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Coran

Les porte-voix de la taqiya

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2e épisode : « Cet homme est dangereux ! »

Julius Muzart, essayiste.

Quand j’ai rédigé mon précédent article sous le même titre (Les porte-voix de la taqiya), il s’agissait d’une sorte de billet d’humeur, purement circonstanciel, sans autre objet que d’illustrer la réalité du discours pratiqué et diffusé au quotidien dans la communauté « franco-maghrébine » (*), comme ils disent.

Je n’envisageais pas d’y donner une suite.
Si je reprends la plume sous le même intitulé, c’est pour un motif, à mes yeux, nettement plus grave.


Consternation ! Je découvre dans ma lecture quotidienne de Polémia que notre site a ouvert ses colonnes à M. Raphaël Liogier (**). Certes, nous savons bien le scrupule constant avec lequel le pluralisme y est défendu et pratiqué. Mais ce souci doit-il être poussé jusqu’au reniement ? Parce que accueillir un auteur qui voue aux gémonies, pêle-mêle, les identitaires, Riposte laïque, ce qu’il appelle « l’extrême droite » et Renaud Camus…

Bref je ne suis pas, mais alors pas du tout d’accord avec les thèses de M. Liogier. Et je ne parle pas de sa distinction entre terrorisme et fondamentalisme : sortie de son contexte, cette distinction peut faire illusion. Mais c’est le contexte qui importe. Reprenons depuis le début.

Ça se passait le 25 novembre sur BFM TV. L’antenne fut livrée pendant 20 minutes à M. Raphaël Liogier, présenté en « incrustation » comme « sociologue et philosophe », auteur, en 2014, d’un ouvrage dénommé Le Complexe de Suez.

Liogier y démonte – c’est lui qui le dit – l’idée selon laquelle l’identité française et européenne serait menacée par l’immigration et l’islamisation qu’elle induit. Il y conteste, en bloc, le « Grand Remplacement », la perspective de « l’Eurabia » et… l’évidence.

Le 25 novembre, le discours de M. Liogier se situait, certes, dans la ligne de cette thèse, mais en se focalisant sur la situation née des attentats. C’est pour ça qu’on l’avait invité. Et ce fut hallucinant !

Au mépris de la réalité et de toute rationalité, M. Liogier assène « ses vérités » : non seulement les fondamentalistes islamiques qui répandent la bonne parole en France ne sont pour rien dans la « production » de djihadistes, mais ils sont, en outre, plutôt opposés au djihad.

On a donc fait un grand bond en avant par rapport au « pas d’amalgame ».

De fait, il n’a pas fallu plus de dix jours après les massacres pour que les désinformateurs du « padamalgam » reprennent le paysage en main. Les porte-voix de la taqiya n’ont pas de vaine pudeur. Et les « gros » médias leur rouvrent un boulevard !

Vingt minutes de pratiquement libre antenne pour lui permettre de dévider sa « démonstration ». Quand on sait avec quelle vélocité (couramment 15 secondes) cette chaîne coupe la parole à tout locuteur ordinaire…

Et quelle « démonstration » ! Il fallait bien un « spécialiste » pour oser avancer de tels arguments.

Détaillons.

– Les djihadistes n’arborent pas les signes extérieurs du fondamentalisme : pas de barbe, pas de bonnet de hadj, pas de qamis ni de djellaba. Ils ont plutôt tendance à porter des effets (en substance) « à connotation militaire »…

Nous voilà renseignés : l’habit fait le djihadiste. En d’autres termes, si vous voyez un imam barbu en tenue traditionnelle, soyez rassurés : ce n’en est pas un ! Comme si le candidat djihadiste à la veille de l’action allait se signaler à l’attention ! A ce compte-là, je conseillerais à M. Liogier la plus grande prudence en matière de discernement du djihadiste : une personne affublée de vêtements à connotation militaire, ça ne veut rien dire ; il vaut mieux attendre de voir s’il porte, en plus, une kalachnikov. Dans ce cas-là, en effet, il est permis de supposer que c’en est un.

– « Les fondamentalistes sont plutôt hostiles au terrorisme : pour eux c’est trop moderne».

Evidemment. Si on pose à un imam salafiste sexagénaire la question « Tu es plutôt pour la kalachnikov ou pour le Skorpion VZ ? », il se demandera sans doute pourquoi on vous a laissé sortir de la maison de santé.

En feignant de réfuter un argument qu’on ne lui oppose pas, M. Liogier, dont on découvre qu’il est essentiellement un praticien rompu à l’exercice de l’argument fallacieux, utilise le sophisme dit « de l’homme de paille » : de fait, mis à part des cas isolés – et neutralisés –, les imams salafistes barbus ne s’impliquent pas dans l’action terroriste directe, pas plus que leurs ouailles en tenue.

Mais qui a jamais dit le contraire ?

Là n’est pas la question !

En revanche quel type de prédication peut-on attendre de la part des imams fondamentalistes ? Le Coran, la parole de Dieu, éternelle et incréée, qu’il ne saurait être question d’interpréter ! Et que dit-elle, cette parole ? (Par parenthèse, on a envie de dire aux innombrables désinformateurs qui nous enfument sur le thème « vous vous trompez, le Coran ne dit pas cela ! » : « Mais lisez-le donc  ! ») En effet si de jeunes désaxés se renseignent auprès de l’imam présumé paisible sur « ce que dit le Coran sur le combat contre les infidèles », l’intéressé, sauf à commettre une impiété, est contraint de leur lire ceci :

Sourate 2 « al baqarah »
Verset 190 : Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes, Allah n’aime pas les transgresseurs!
Verset 191
 : Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés : l’association est plus grave que le meurtre.

Sourate 4 « an nisa’ »
Verset 71 : Ô les croyants! Prenez vos précautions et partez en expédition par détachements ou en masse.
Verset 89 
: Ils aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru : alors vous seriez tous égaux! Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur, 

Sourate 9 « at’tawbah »
Verset
5 : Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade.
Verset 14 : Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d’ignominie, vous donnera la victoire sur eux et guérira les poitrines d’un peuple croyant.
Verset 39 : Si vous ne vous lancez pas au combat, Il vous châtiera d’un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. Vous ne Lui nuirez en rien. Et Allah est Omnipotent.
Verset 41 : Légers ou lourds, lancez-vous au combat, et luttez avec vos biens et vos personnes dans le sentier d’Allah. Cela est meilleur pour vous, si vous saviez.

(Précision : « l’association », c’est le christianisme et « les associateurs » ce sont les chrétiens.)

Alors on nous dira ce qu’on voudra sur le caractère daté de ces versets et l’interprétation non littérale que leur donnent la plupart des musulmans, et notamment les plus éclairés d’entre eux, ainsi que sur la portée, devenue essentiellement spirituelle et symbolique, du propos, il n’en demeure pas moins que :

1°) Sauf à commettre un péché à ses propres yeux, un fondamentaliste s’interdit d’interpréter.

2°) Et quand il délivre ce message, qu’il présente comme « la parole de Dieu » à un public qui, comme M. Liogier le dit lui-même, est tout sauf éclairé, et sans doute n’attend que cela, comment prétendre que ces jeunes gens n’y entendront pas le commandement de faire la guerre, et pas la guerre par l’esprit, mais « avec vos biens et vos personnes », cette prescription visant clairement l’obligation d’un engagement physique.

Et il sera tout aussi clair pour eux que la guerre ordonnée par Dieu est une guerre à outrance, dans laquelle l’ennemi doit se convertir ou périr : dans le bref extrait ci-dessus (il y en a bien d’autres), on trouve dans trois des versets l’ordre explicite « tuez-les, où que vous les trouviez ».

A part ça, les fondamentalistes sont des gens paisibles qu’on a bien tort de s’acharner à ennuyer ?

Interrogé par le journaliste qui, quoique aux ordres, commençait visiblement à s’agacer, Liogier évoque le célèbre « imam de Brest » qui explique aux jeunes enfants « qu’il ne faut pas écouter de musique, sinon on est transformé en chien ou en porc » : eh bien, celui-là, dont les propos sont « certes contestables », s’est lui aussi « toujours déclaré contre le terrorisme ».

Une référence, n’est-ce pas ?

Droit dans ses bottes le sociologue philosophe enfonce le clou : on a fait des études précises sur ce point.

Bien sûr, bien sûr…

On imagine la scène : l’enquêteur se présente à ceux qui animent ou fréquentent un des 89 lieux de culte recensés comme fondamentalistes : « Bonjour, je suis sociologue et philosophe. Vous êtes fondamentaliste. Mais êtes-vous favorable au terrorisme ? » On voit parfaitement l’interrogé répondre : « Evidemment, non ! J’ai une habitude consommée de pratiquer la dissimulation, mais pour vous, Monsieur le Philosophe, ça n’est pas pareil, je vais vous dire toute la vérité ! »

Décidément, pour ce qui est des désinformateurs, leur habitude consommée, à eux, c’est bien de nous prendre pour des demeurés ! A tel point qu’ils ne se rendent même plus compte du diamètre des ficelles qu’ils utilisent.

*

*   *

Mais il faut aller au-delà de cet épisode télévisé et se demander dans quel contexte M. Liogier se situe, intellectuellement. Eh bien s’il a été invité par BFM, c’est sans doute parce qu’il n’a rien d’un néophyte en matière d’apologie de l’islam radical.

Dans un article du Monde diplomatique du mois de mai 2014 il donne une synthèse de son ouvrage intitulé Le Complexe de Suez (dont BFM TV a fait, au passage, la promotion). Se présentant comme un spécialiste du fait religieux, on découvre surtout en lui un spécialiste des sophismes grossiers. Et de la novlangue. Son livre n’a pas d’autre objet que la réfutation de la thèse développée par Mme Bat Ye’or dans son ouvrage Eurabia.

Le livre de Liogier est un cas d’école : il pourrait servir de matériau à un cours de rhétorique en Sorbonne portant sur les sophismes. Les sophismes, il ne les utilise pas : il en est fait. On n’y trouve peut-être pas toute la gamme des arguments de mauvaise foi recensés par Stuart Mill, mais l’échantillon qu’on y trouve est significatif.

Sophismes

  • D’abord, et largement, l’argument « ad hominem» : on conteste une affirmation en essayant de déconsidérer celui ou celle qui la formule.

Le livre emprunte son titre à ce sophisme : Mme Bat Yeor, dit-il, est terrorisée par l’arabisation de l’Europe parce qu’elle a été traumatisée en 1956 par l’expulsion de juifs par Nasser !

« A l’automne 1956, la France et le Royaume-Uni, alliés d’Israël, occupent pendant quelques jours le canal de Suez. En réaction à cette attaque, Nasser décide d’expulser des milliers de juifs d’Egypte. Parmi eux se trouve une jeune femme dont le regard sur le monde sera surdéterminé par le traumatisme de l’expatriation : Gisèle Orebi, devenue plus tard célèbre sous le nom de plume de Bat Ye’or (« fille du Nil » en hébreu), mettra au point la version la plus radicale du complot musulman contre l’Occident. »

On a tout compris ! La thèse soutenue par Mme Bat Ye’or ne peut être prise au sérieux : elle résulte d’un traumatisme de jeunesse. Je n’ai pas l’honneur de connaître Mme Gisèle Orebi, mais, comme dirait La Bruyère « L’on me dit tant de mal de cet homme, et j’y en vois si peu, que je commence à soupçonner qu’il n’ait un mérite importun, qui éteigne celui des autres. » Ajoutons à cela que les technique de la psychiatrie soviétique (Vous ne reconnaissez pas la vérité lumineuse du communisme ? Vous êtes fou !) ont laissé des empreintes !

  • Dans la classification des sophismes, on a vu apparaître une version moderne de « l’argumentum ad odium» (l’appel à la haine) : il s’agit de la « reductio ad Hitlerum », c’est-à-dire le moment où, à bout d’argument, votre adversaire vous traite de nazi. Avec Liogier, on n’a pas le temps de s’impatienter : ça vient tout de suite. Au deuxième paragraphe de l’article on trouve ceci :

« D’après Bat Ye’or, citée en référence dans le manifeste du tueur norvégien d’extrême droite Anders Behring Breivik… ».

Eh bien voilà : on ne dit pas que Bat Ye’or porte une part de responsabilité dans la tuerie de Breivik, mais… Notons que les terroristes islamistes sont présentés comme des « désaxés », mais Breivik, lui, c’est un tueur d’extrême droite. Nuance.

  • Le sophisme suivant, c’est celui dit du déshonneur par association: une thèse ne peut être que fausse dès lors qu’elle est partagée par des gens que vous désignez comme non recommandables. Citons :

« Ce scénario pour le moins grossier a connu un succès inattendu, au point de devenir un argument majeur de l’extrême droite européenne. »

« Initialement confinée à quelques groupes extrémistes (en France, le Bloc identitaire, Riposte laïque, l’Observatoire de l’islamisation, etc.), la thèse d’Eurabia s’est diffusée et banalisée. Les partis politiques qui la défendent obtiennent des scores honorables aux élections. En Suisse, elle est portée par l’Union démocratique du centre ; en Norvège, par le Parti du progrès ; en Autriche, par le Parti libéral ; outre-Manche, par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni. Des intellectuels la promeuvent, certains explicitement, comme la journaliste italienne Oriana Fallaci (disparue en 2006), citée dès la première ligne du premier chapitre d’Eurabia, l’économiste allemand Thilo Sarrazin ou le romancier français Renaud Camus. Tous rencontrent de vifs succès en librairies. »

Rendez-vous compte, nous dit Liogier : une thèse reprise par l’extrême droite !!! Le gros mot est lâché. Pour l’auteur et ses pareils, ça devrait suffire pour condamner. Mais il est scrupuleux : il conforte son appel au rejet en citant au procès d’autres « groupes extrémistes » (!) comme Riposte laïque et des gens aussi peu fréquentables que Renaud Camus !

  • On arrive alors sur un exemple du sophisme dit de la simplification excessive de la causalité :

« Mais la vision de Bat Ye’or fait aussi vendre des journaux : on ne compte plus les“ unes” de magazines consacrées à la “menace” musulmane. Quand L’Express met en scène le combat de “L’Occident face à l’islam” (6 octobre 2010) ou assène “Les vérités qui dérangent” sur l’islam (11 juin 2008), Le Point répond en agitant “Le spectre islamiste” (3 février 2011), promet de révéler “Ce qu’on ne dit pas sur la burqa” (21 janvier 2011) ou s’emporte face à “Cet islam sans gêne” (1er novembre 2012). »

Si les journaux reprennent le thème de la « menace musulmane », ce ne peut pas être pour des raisons honorables. C’est par esprit de lucre. Nous sommes invités à mépriser.

« Même des chercheurs sérieux dans leur domaine participent à la diffusion de la thèse d’Eurabia, tel l’historien Egon Flaig en Allemagne. En France, la démographe Michèle Tribalat… »

Et voilà : en quelques mots, tout le monde est jugé et condamné par l’arbitre Liogier qui sait mieux que quiconque ce qu’est un « chercheur sérieux dans son domaine ». On comprend bien que, a contrario, tous les autres sont classés dans la catégorie « pas sérieux », même dans leur domaine.

Pas sérieux, le Bloc identitaire, Riposte laïque, l’Observatoire de l’islamisation,
Pas sérieux, les partis politiques cités,
Pas sérieux, Oriana Fallaci, Renaud Camus,
Pas sérieux, L’Express, Le Point.

Et on comprend aussi que les intellectuels « sérieux dans leur domaine » ne le sont plus quand ils traitent du sujet. Evidemment : un économiste, un historien et une démographe, que peuvent-ils comprendre à l’islamisation…

Mais la collection des sophismes ne s’arrête pas là.

« Bat Ye’or affirme tout d’abord que les pétrodollars du Golfe permettent aux musulmans de “s’acheter l’Europe – une émission de Canal Plus (20 mai 2013) s’intitulait Qatar : conquérir le monde en quatre leçons. Pourtant, si, en 2011, le Proche-Orient réalisait 22% de ses exportations vers l’Europe et l’Amérique du Nord, il ne représentait que 5% de celles de ces deux espaces (…). En d’autres termes, c’est l’Occident qui abreuve le Proche-Orient de ses devises, et non l’inverse. »

Philosophe peut-être, mais pas économiste : aucun étudiant en 2e année de sciences éco n’oserait dire qu’on peut apprécier l’emprise des monarchies pétrolières à l’aune d’une question « d’importations et d’exportations ».

Pourtant, le campus d’Aix-en-Provence ne doit pas manquer de professeurs d’économie politique à qui M. Liogier pourrait demander de lui expliquer, entre autres, la différence entre une balance des paiements et une balance commerciale, ainsi que l’influence sur les destinées d’un Etat de ceux qui détiennent une fraction importante de sa dette. A ce niveau-là il ne peut tout de même s’agir d’ignorance, il s’agit bien de trahir sciemment la vérité.

« L’Europe est-elle menacée par un déferlement de populations musulmanes ? Selon les estimations les plus hautes qui circulent sur Internet, l’Union européenne serait actuellement habitée, secrètement, par cinquante millions de musulmans.

« Sachant que cette communauté – entendue au sens large – représente actuellement entre 2,4% et 3,2% de la population de l’Union européenne (douze à seize millions de personnes… »

Pour quelqu’un qui parle de « réalité des chiffres », voilà un chiffrage bien téméraire ! De quand datent ces chiffres et de qui viennent-ils pour être aussi dramatiquement sous-évalués ? En admettant même qu’il s’agisse de « chiffres officiels », aucun observateur vraiment « sérieux » n’ignore que les chiffres collectés par les administrations publiques sont nécessairement sous-évalués et que personne ne connaît le chiffre des clandestins. Et puis « 12 à 16 millions »… Il y en aurait la moitié rien qu’en France !!

En s’arrogeant la qualité de juge et gardien des chiffres « réels » tout en fournissant, sans vergogne, des évaluations manifestement fausses sur des données non vérifiables, l’auteur se signale comme un praticien de la novlangue. Et à ce stade, rappelons que tout argumenteur qui croit nécessaire de donner comme vraies des données fausses se désigne ipso facto comme suspect.

  • Autre manipulation statistique :

« Le 4 janvier 2011, le quotidien The Independent alertait ses lecteurs sur un risque d’ “islamisation du Royaume-Uni ”, car le nombre de convertis avait doublé depuis dix ans, passant de cinquante mille à cent mille personnes entre 2001 et 2011 (pour une population totale de soixante millions d’habitants). Une personne sur six cents serait convertie à l’islam ; à un rythme de cinq mille conversions par an (à peine plus qu’en France ou en Allemagne), il faudrait six mille ans pour que le Royaume-Uni devienne un pays à majorité musulmane.

« Une “invasion très lente, donc, surtout quand on la compare à la croissance étourdissante des conversions au christianisme évangélique et pentecôtiste dans le monde, par exemple en Chine et en Afrique : dix mille par jour  ! Il s’agit de la plus rapide progression religieuse de l’histoire – de zéro à cinq cents millions d’adeptes en moins d’un siècle –, mais peu de médias s’alarment de “l’évangélisation du monde”… »

Avec ses six mille ans, M. Liogier tente de tourner en ridicule le danger des conversions, mais sa tentative tourne court. Là, il pratique le sophisme dit « de la cueillette des cerises » : un échantillonnage hasardeux multiplié par une probabilité tout aussi hypothétique (en l’occurrence une évaluation non documentée, tirée d’un journal britannique, affectée d’un coefficient approximatif, le résultat du tout étant transposé en France).

Quant aux conversions au christianisme, qui le préoccupent davantage que l’expansion de l’islam : dix mille par jour ! Mais qui donc tient le « compteur » des conversions ? Dans des sociétés où il est difficile de tenir ne serait-ce que le compte de la population, M. Liogier sait recenser 10.000 conversions quotidiennes ? Ce n’est simplement pas sérieux.

  • Complétons sur ce sujet notre échantillonnage des sophismes.

– D’abord, la démarche consistant à mettre en parallèle les conversions au christianisme et celles à l’islam relève du sophisme dit « deux faux font un vrai » ou encore « tu autem » : faute de pouvoir contester utilement le fait que l’islam déferle, on dit « oui mais le christianisme en fait autant ! » Et alors ? Et en outre, ce n’est pas vrai : il n’en fait pas autant. Bien sûr, observer que ces confessions sont passées de zéro à cinq cents millions, ça impressionne. Mais ce qui aurait été intéressant, et signe de rigueur, c’est de mettre en parallèle ces chiffres avec ceux de l’islam sur la même période, étant rappelé que la religion musulmane est aujourd’hui, avec 1,4 milliard de fidèles, la première au monde ! En outre on se garde bien d’indiquer la répartition de ce chiffre brut : combien de ces conversions sont (pour simplifier) le fait de simples changements de type de confession à l’intérieur de la religion chrétienne ? Quant à s’alarmer de l’évangélisation du monde, on ne sache pas qu’en l’espace d’un siècle elle ait donné lieu à quoi que ce soit de comparable, en termes de tueries, à vingt ans d’islamisme.

Il est donc permis de poser la question : quelle est donc l’intention sous-jacente de cette mise en parallèle de faits non comparables ?

*

*    *

Accumuler autant d’arguments fallacieux – tout en attribuant à ses adversaires le mensonge et la falsification, selon la technique éprouvée de la novlangue – pourquoi tant de haine ?

La conclusion de l’artiste nous apporte un début d’information sur ce point :

« Grâce au mythe d’Eurabia, des partis européens objectivement situés à l’extrême droite peuvent prétendre dépasser la distinction droite/gauche. Et se présenter, en falsifiant ces valeurs, comme des défenseurs du progrès, de la liberté, de la démocratie, de l’indépendance, de la tolérance, de la laïcité, séduisant ainsi au-delà de leur périmètre électoral habituel. »

En gros, le combat des islamistes en Europe, c’est une invention, et pourquoi pas un complot, de l’extrême droite ! CQFD. Il faudra expliquer ça aux victimes, mais il faudra le faire de manière convaincante car les psaumes islamo-gauchistes, ça prend de moins en moins.

Pour conclure, ce qui est grave dans cet épisode, ce ne sont pas, en soi, les palinodies de M. le professeur sociologue philosophe.

Ce qui est vraiment grave c’est que, dix jours après un massacre dans lequel 130 de nos compatriotes ont trouvé la mort, une chaîne de télévision de grande information ait tenu à offrir un retour en force au « padamalgam » : une posture offerte comme opiacée à un pays qui risquait de se réveiller ; de promouvoir –oh, tout en douceur – cette thèse d’un islam, fût-il salafiste, garant de paix. Pièce à verser au dossier du désarmement moral de notre pays, au moment même où tout le monde affecte de se convertir à l’esprit de résistance.

Alors, la question c’est « Cui bono ? A qui profite le crime ? »

Julius Muzart
1/12/2015

(*) Les porte-voix de la taqiya
(**)  Attentats de Paris : le gouvernement confond fondamentalisme et terrorisme

Correspondance Polémia – 3/12/2015

Image : Le Coran