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Les droits de l’homme contre le peuple

Les droits de l’homme contre le peuple

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Les droits de l’homme sont devenus la religion séculière de l’Europe dans le dernier tiers du XXe siècle. Loin de protéger le peuple de l’arbitraire, ils sont devenus un instrument pour le chloroformer. Ils ont permis un coup d’Etat judiciaire qui a vidé la démocratie de tout contenu. Les ministres paradent, les parlementaires débattent, les juges décident – et imposent aux peuples des règles débouchant sur une immigration de masse, une insécurité croissante, des libertés en peau de chagrin.

Mais la religion des droits de l’homme a cessé d’être intouchable. Les essayistes en multiplient les critiques. Arnaud Imatz conteste le côté universel de la déclaration de 1948. Alain de Benoist propose une édition augmentée de son ouvrage Au-delà des droits de l’homme. Jean-Yves Pranchère et Justine Lacroix tentent une « généalogie du scepticisme démocratique » en étudiant Le Procès des droits de l’homme (éd. du Seuil). Et Jean-Louis Harouel dresse le procès des droits de l’homme contre le peuple. Nous présentons ici la critique de ce dernier livre sous la signature de Joël Prieur. Avec l’aimable autorisation de l’hebdomadaire Minute qui, loin de la caricature qui en est souvent faite, aide à réfléchir.

Polémia

Jean-Louis Harouel est le principal disciple de Jean Fourastié, le grand analyste des Trente Glorieuses. Après Revenir à la nation, il nous propose aujourd’hui une réflexion sur les deux grands universalismes qui se partagent sans vergogne l’avenir du monde : l’universalisme des droits de l’homme et l’islamisme. La clarté de sa pensée mérite qu’on s’y arrête.

Beaucoup d’études paraissent en ce moment sur les droits de l’homme. Il y a celle d’Alain de Benoist, qui propose une édition augmentée de son ouvrage Au-delà des droits de l’homme (éd. Pierre-Guillaume de Roux), méditant sur l’instrumentalisation libérale de cette morale promue à la dignité d’un droit. Il y a celle de Jean-Yves Pranchère et de Justine Lacroix, qui tentent une « généalogie du scepticisme démocratique » en étudiant Le Procès des droits de l’homme (éd. du Seuil). Une telle abondance de publications sur un sujet sur lequel, en temps ordinaire, il est impossible de discuter sans être diabolisé, montre bien que l’atmosphère actuelle est au doute. Douter des droits de l’homme ? Est-ce possible ? Il semble pourtant que la Déclaration du 29 juillet 1789, après avoir intégré les constitutions de la IVe et de la Ve République, soit devenue comme une sorte de credo pour une nouvelle religion civile. Alors pourquoi ce doute ? Les droits de l’homme ne constituent-ils pas une sorte de tabou ? Intouchables ?

Jean-Louis Harouel, Les Droits de l’homme contre le peuple

Jean-Louis Harouel, Les Droits de l’homme contre le peuple

Jean-Louis Harouel, dans Les Droits de l’homme contre le peuple, montre d’où, concrètement, vient le doute. Si on essaie de résumer en un mot la perspective dans laquelle il écrit son terrible petit livre, on pourrait dire que les droits de l’homme ont été rédigés pour protéger les citoyens des abus de pouvoir que ne manquerait pas d’engendrer le libéralisme des constituants. Et aujourd’hui, c’est au nom des droits de l’homme que l’on chloroforme le peuple, l’empêchant de réagir malgré le Grand Remplacement de population en cours et les avantages considérables dont jouit la France des banlieues par rapport à ce que Christophe Guilluy a appelé « la France périphérique », celle des villes moyennes et des campagnes. Car c’est bien au nom de l’universalisme revendiqué par les droits de l’homme que l’immigré clandestin tend à avoir d’emblée autant de droits que le citoyen. Autant ? Plus, en fait, plus de droits parce qu’il a plus de besoins. Ironie de l’histoire ! Les droits protecteurs deviennent des droits destructeurs.

Jean-Louis Harouel cite le cheikh Yousouf al Karadawi s’écriant, en saint Jean Bouche d’Or : « Avec vos lois démocratiques, nous vous coloniserons. Avec nos lois coraniques, nous vous dominerons. » Ce cheikh est-il un musulman marginal ? Pas du tout. Il est président d’un Conseil européen de la fatwa et de la recherche (sic), proche de l’UOIE, la variante bruxelloise de l’UOIF, bien connue dans notre pays. Il s’explique d’ailleurs sur ce que nous ressentons comme une forme de cynisme et qui est juste sa cohérence : « L’islam, dit-il, est à la fois religion et Etat, foi et loi, culte et commandement, livre et épée, prière et djihad sans division aucune. » Au fond, l’État islamique porte bien son nom. C’est une des principales revendications de l’islam orthodoxe : pouvoir constituer un Etat (voire un Etat dans l’Etat) pour que l’islam soit pratiqué au nom de tous, sans discrimination ; que personne ne puisse échapper à sa loi.

Jean-Louis Harouel fait ensuite avec brio l’histoire de ce modèle religieux, en remontant au millénarisme (cette prédication de mille ans de bonheur sur la terre) et à la gnose (qui établit une rupture entre ceux qui observent la loi, les parfaits ou les purs, et ceux qui ne l’observent pas). Marx a dit que la religion était l’opium du peuple. Mais cette fois, il faudrait dire de cette religion séculière qu’elle est une immense geôle dans laquelle sont progressivement supprimées les libertés fondamentales, la liberté d’expression et la liberté de penser. Si l’on va au bout de la logique des droits de l’homme, au nom de la défense des minorités, on assiste à « la création d’une société liberticide, dans laquelle il est interdit de dire ce que l’on voit et de dénoncer les mécanismes qui sont en train de détruire notre société et notre civilisation ».

Le travail de Jean-Louis Harouel n’est pas une pure réflexion dans les nuées. C’est un ouvrage concret dans lequel chacun reconnaîtra non seulement une analyse juridique de la théorie des droits de l’homme mais une critique politique de la manière dont on les utilise « contre le peuple ». Il faut renoncer à cet usage et revenir aux droits de l’homme lus et appliqués dans l’esprit où ils ont été écrits, comme « des droits protecteurs du citoyen contre le pouvoir ». Pas de vrais droits de l’homme sans un retour à la nation. N’est-ce pas l’article 3 de la fameuse déclaration : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. » Dans la nation et pas dans l’individu ou dans les groupes de pression qui se saisissent des droits de l’homme pour les opposer aux droits de la nation et des nationaux.

Joël Prieur
22/06/2016

Correspondance Polémia – 22/06/2016

Référence bibliographique

Jean-Louis Harouel, Les Droits de l’homme contre le peuple, éd. Desclée de Brouwer, 144 pages.

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