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Le Vote communautaire en Belgique et aux Pays-Bas

Le Vote communautaire en Belgique et aux Pays-Bas

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Colloque de l’Institut de géopolitique des populations – 13 avril 2013 – Immigration et élections : la droite pourra-t-elle encore gagner ?


Le Vote communautaire en Belgique et aux Pays-Bas

Intervention de Koen Dillen

Membre du Vlaams Belang , ancien député européen, écrivain et essayiste

 

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d’abord de remercier les organisateurs de ce colloque de me donner l’occasion d’exposer devant vous quelques aspects du vote communautaire en Belgique et aux Pays-Bas. Vous comprendrez que le Flamand que je suis accentuera son discours sur la situation en Belgique – que je connais mieux pour avoir longtemps milité dans un parti de droite dont le programme en matière d’immigration rejoignait pendant de longues années les préoccupations des citoyens. Mais je soulèverai aussi certains aspects du cas néerlandais afin de répondre à la demande qui m’a été faite de parler aussi du pays qui a subi le double choc de l’assassinat d’un homme politique, Pim Fortuyn, et d’un cinéaste de gauche, Theo Van Gogh, qui ont eu le tort de s’opposer avec vigueur et détermination, par la bataille politique pour l’un, par la satire et l’art pour l’autre, à l’islamisation progressive de leur pays.

Ce colloque ne se veut pas trop pessimiste, m’a-t-on dit. J’essaierai de ne pas l’être bien que les circonstances ne s’y prêtent pas trop et bien que je me trouve obligé de vous donner d’abord, en ce qui concerne mon pays, quelques chiffres sur l’immigration qui risquent d’ effrayer un public non averti.

Mais comme Charles Maurras affirmait que le désespoir est une sottise en politique, je veux placer mon exposé sous le signe d’un autre intellectuel, de gauche et italien celui-là. Je parle du cofondateur du parti communiste italien Antonio Gramsci. Mettons donc Charles Maurras à côté d’Antonio Gramsci qui écrivait que dans la vie et en politique, il faut se laisser guider par le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté. Car il ne sert à rien d’être triste quand on est pessimiste.

La Belgique, premier pôle d’attraction

Les chiffres sont toujours froids et ennuyeux, mais ils parlent pour eux-mêmes. En 2020, dans six ans, si tant est que le royaume belge existe toujours et ne suit pas le scénario d’une scission comme l’ancienne Tchécoslovaquie, la Belgique comptera 12 millions d’habitants. Or, sans vouloir faire l’histoire de l’immigration depuis le début des Trente Glorieuses, on peut constater, pour parler de la dernière décennie, que depuis l’an 2000 la population de la Belgique connaît une croissance explosive. Cela est dû, d’une part, à une hausse de la natalité (du moins à partir de 2003-2004), mais surtout à une immigration de plus en plus importante. Celle-ci a triplé entre 1998 et 2008, et le solde migratoire de la Belgique atteignait, il y a quatre ans, les deux tiers du solde migratoire de la France. Une bonne partie de la hausse de la natalité est également due à cette immigration massive d’étrangers en moyenne fort jeunes.

Veuillez noter que les chiffres de la population totale du pays et du nombre d’immigrants ne comportent que la population de droit et doivent être majorés d’un nombre important de personnes en attente de leur permis de séjour.

Au 31 décembre 2012, la Belgique comptait quelque 10.666.866 habitants. Parmi eux, 1.380.323 de personnes étaient nées à l’étranger, ce qui représente 12,9% de la population totale dont 695.307 – c’est-à-dire 6,5% – nées dans un pays de l’Union européenne et 685.016 (6,4%) nées hors de l’UE 27. Mais pour donner un chiffre global : d’après une estimation publiée début 2012, les citoyens belges d’origine étrangère et leurs descendants sont au nombre de 2.730.000 au 1er janvier 2012 et constituent 25% de la population belge. C’est dire déjà l’importance que revêt le vote communautaire en Belgique et je peux tout de suite vous dire qu’il en va de même aux Pays-Bas.

Mais avant d’aborder ce sujet, je veux terminer ma statistique par quelques remarques sur la politique d’asile et de régularisation des clandestins telle qu’elle se pratique en Belgique sous les gouvernements qui se sont succédé depuis 15 ans et qui explique en partie le succès de partis de droite – d’abord le Vlaams Belang et aujourd’hui la N-VA de Bart De Wever, actuel maire d’Anvers.

Je ne serai pas long. Chaque année, la Belgique s’accroît de 65.000 nouveaux étrangers. Ce chiffre équivaut au nombre d’habitants d’une ville flamande comme Malines et prouve que l’immigration touche et change profondément nos sociétés. Quant aux demandeurs d’asile, la Belgique est, après Chypre et la Suède, le troisième pôle d’attraction de toute l’Union européenne. Ceux qui connaissent la politique laxiste que notre pays a menée en la matière, avec en 1999 et 2009 deux régularisations massives de clandestins créant à leur tour un effet d’attraction, comprennent tout de suite pourquoi notre petit pays tente tellement les affamés du monde entier.

Pour donner l’exemple de la seule année 2010, la Belgique représente quatre fois la moyenne européenne du nombre de demandeurs d’asile. Comparons cette situation juste une seconde avec la situation néerlandaise. Les Pays-Bas ont adopté, en l’an 2000 déjà, sous l’impulsion du secrétaire d’Etat à la Justice socialiste Job Cohen, une loi sur l’immigration plus restrictive qui avait pour objectif de faire baisser le nombre de demandeurs d’asile. Avec des résultats tangibles. Alors qu’une procédure d’asile dure en moyenne 13 mois en Belgique, elle ne dure plus que 6 mois aux Pays-Bas. Dans ce pays, 52.580 réfugiés avaient demandé l’asile en 1994. Dix ans plus tard, ce chiffre était de 9.782. Ce qui prouve qu’avec une politique volontariste, on peut obtenir des résultats. Quand on sait que 58.733 immigrés clandestins ont été régularisés en Belgique entre 2005 et 2010 – et je parle d’un pays ayant 5 fois moins d’habitants que la France – je ne dois pas vous prouver que pour tous les malheureux du monde, et on peut les comprendre, le plat pays est le pays de Cocagne par excellence si l’on veut trouver la Terre promise.

Aussi existe-il en Belgique une véritable politique de tolérance vis-à-vis de la clandestinité. La Belgique a la législation la plus souple en matière d’acquisition de la nationalité de toute l’Europe. Les quatre dernières années, le nombre de reconduites à la frontière a diminué de moitié alors que le nombre de demandeurs d’asile s’est accru de 58%. Et 80.570 clandestins ont reçu des papiers définitifs pendant la même période. Vous le voyez, ils sont chez nous chez eux, comme l’a dit un de vos anciens présidents.

Le droit de vote pour les immigrés

On comprend aisément qu’une telle politique laxiste, mise en œuvre par un gouvernement fédéral dominé par le Parti socialiste wallon, a son corollaire dans le domaine de la législation électorale. Le Parti socialiste impose ses oukases et ses tabous. Il participe, à une ou deux exceptions près, à tous les gouvernements belges depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et les immigrés sont pareils à la grande majorité des journalistes. La plupart d’entre eux votent à gauche si l’occasion leur en est donnée, que ce soit pour des raisons sociales ou pour des raisons religieuses. La gauche en Belgique, en premier lieu le Parti socialiste wallon, mais également la gauche flamande, socialiste et écolo, a vite compris l’importance sociologique de cette réalité après avoir vu comment votent les ouvriers immigrés lors des élections sociales et syndicales.

La Belgique a donc innové en 2004 en adoptant le droit de vote pour les étrangers aux élections municipales, suivant l’exemple néerlandais, norvégien, danois, suédois et irlandais. Après avoir légalisé l’euthanasie en 2002, après avoir autorisé le mariage homosexuel et après avoir toléré l’usage de drogues dites douces, le gouvernement arc-en-ciel des libéraux et socialistes du premier ministre Guy Verhofstadt a couronné son œuvre de changement de société par l’adoption de cette mesure qui figurait dans le programme de tous les partis de gauche. Seul le VLD flamand, le parti de Verhofstadt même, de crainte de voir le Vlaams Blok progresser aux élections régionales et européennes de 2004, a tout fait pour faire capoter cette mesure. En vain. Guy Verhofstadt avait le droit d’être premier ministre. Il n’en restait pas moins l’otage du Parti socialiste de monsieur Elio di Rupo. On paie toujours un prix pour la vanité.

La nouvelle loi se voulait simple. Les étrangers non européens peuvent, depuis 2004, participer aux élections communales sans pour autant être candidats, à condition d’en faire la demande et de remplir un papier où ils s’engagent à respecter la Constitution et les lois belges. Une pure formalité. Et un pur symbole, disaient les partis politiques majoritaires pour ne pas effrayer les électeurs belges. Car tous les sondages indiquaient clairement qu’une immense majorité des Flamands et des Wallons étaient opposés à l’octroi du droit de vote à des gens qui ne voulaient même pas faire l’effort d’obtenir la nationalité belge alors que la législation pour obtenir notre nationalité est de loin la plus souple de toute l’Union européenne.

Un pur symbole ? Il n’y a pas de quoi fouetter un chat, disaient les politiques pour amadouer leurs concitoyens auxquels ils avaient imposé une mesure dont ceux-ci ne voulaient à aucun prix. D’après le ministre de l’Intérieur, seuls 150.000 électeurs potentiels seraient concernés et rien ne disait qu’ils se rendraient effectivement aux urnes. Aux élections municipales de 2000, lors desquelles le demi-million de ressortissants de l’Union européenne avaient le droit de voter en vertu des dispositions du Traité de Maastricht, moins de un sur cinq avait exercé ce droit. Ce serait pareil avec les immigrés non européens. Les Belges ne devaient donc pas avoir peur. Leur paysage électoral ne changerait pas aux municipales de 2006.

La réalité serait bien différente, comme devaient le prouver les élections, aussi bien celles qui eurent lieu cette année en Belgique que celles qui eurent lieu au Pays-Bas. Le vote communautaire existe bel et bien en Belgique et aux Pays-Bas et il a profondément changé la donne.

Mais avant de parler des élections municipales d’octobre 2006 en Flandre et de la fameuse bataille d’Anvers, il est nécessaire de rappeler ce qu’a été le choc des élections régionales et européennes de 2004 et l’impact qu’il a eu sur la politique en Flandre. A cette époque le Vlaams Blok, sur les questions de société grosso modo l’équivalent du Front national en France et représentant 18% de l’électorat, subissait les foudres de la justice belge. En effet, après douze victoires électorales consécutives de ce parti, l’ennemi juré du système, les médias et le gouvernement étaient aux abois et se sont décidés à engager une action en justice contre le Vlaams Blok, sous prétexte de son caractère prétendument raciste. C’était une première au sein de l’Union européenne : l’organisation d’un procès politique par le biais d’une organisation antiraciste dépendant de l’Etat contre un parti d’opposition.

Ce procès a duré quatre ans et a abouti à une condamnation pour « racisme » du principal parti d’opposition du pays, ce qui devait le forcer à changer son nom en Vlaams Belang. Mais ce qui est important ici, c’est que cette condamnation est intervenue juste après l’adoption du droit de vote pour les immigrés et cela dans un contexte pré-électoral, celui des européennes et des régionales de 2004. Les juges ont eu beau condamner et museler, à l’instigation du gouvernement, le Vlaams Blok, les électeurs se sont empressés de l’acquitter. En juin 2004, après sa condamnation et après l’électrochoc de l’adoption du droit de vote des immigrés, contre lequel seul le Vlaams Blok s’était opposé avec vigueur, ce parti – mon parti à l’époque – réussit à obtenir un quart des voix et devint avec éclat la première force politique du pays. Le camouflet pour le gouvernement sortant, qui avait péremptoirement juré de mesurer son succès et sa réussite à la baisse électorale du Vlaams Blok, était manifeste. Et les observateurs politiques ne s’y trompaient pas : ce tremblement de terre électoral était la conséquence du procès injuste qu’une inquisition moderne avait entrepris contre un parti ayant toujours joué le jeu démocratique et il était la conséquence de ce droit de vote pour les immigrés dont les électeurs avaient le juste sentiment qu’il leur avait été imposé pour des motifs idéologiques et bassement électoralistes.

 Mesdames & Messieurs,

Je ne vous ferai pas l’histoire du Vlaams Blok et de son recours vain devant la Cour de cassation, mais le parti a continué sa route sous l’appellation de Vlaams Belang et il a continué à grimper dans les sondages de sorte que tous les commentateurs se demandaient dans quelles villes le Vlaams Belang pourrait participer à la constitution de majorités après les élections municipales de 2006. Il faut savoir que la Belgique connaît pour ce scrutin, comme pour les autres scrutins d’ailleurs, un système purement proportionnel et ne souffre pas du handicap majoritaire des systèmes électoraux français ou anglais. Il n’y a donc pas de second tour qui permette la coalition des vaincus du premier tour.

Le bastion du Vlaams Blok/Vlaams Belang était, depuis toujours la ville d’Anvers. Le parti y était né en 1978 et y avait connu ses premiers succès. Fort de ses 25% en Flandre, il obtenait 35% lors de ces fameuses élections de 2004. Il pouvait légitimement espérer rafler la mairie de la première ville flamande aux municipales d’octobre 2006. Et personne ne savait comment arrêter le Vlaams Blok. Ni la diabolisation médiatique, ni le silence, ni un procès politique, ni le fameux cordon sanitaire par lequel les partis autoproclamés démocratiques s’étaient engagés à ne jamais collaborer, fût-ce au niveau municipal, avec le Vlaams Blok /Vlaams Belang, n’avait réussi à entamer son succès.

Il restait pourtant un espoir pour eux. C’étaient les immigrés. C’étaient les électeurs immigrés. Ils devaient montrer qu’ils étaient le dernier rempart de la gauche.

Une analyse marxiste exacte

Or, les élections municipales et provinciales d’octobre ont été un éclatant succès pour le Vlaams Belang. Le 8 octobre 2006, il a obtenu 809 conseillers municipaux et 88 conseillers provinciaux, doublant presque son score par rapport aux élections municipales de 2000. A Anvers, le Vlaams Belang obtenait 33,5% des voix, contre 33% en 2000, mais il fut battu à plate couture par la liste du maire sortant, le socialiste Patrick Janssens, qui avait truffé sa liste avec des candidats d’origine étrangère pour capter dans sa totalité le nouvel électorat immigré, qui votait pour la première fois à cette occasion. Le gain d’un demi-pourcent pour le Vlaams Belang peut sembler insignifiant. Or il ne l’est pas, si l‘on fait le calcul de l’apport des voix immigrées. N’oublions pas non plus que la démographie des grandes villes flamandes a changé dramatiquement en quelques décennies. Prenons le cas d’Anvers : entre 1999 et 2004, 14.756 Flamands ont quitté la ville alors que 22.754 immigrés s’y sont installés. Au 1er janvier 2006, Anvers avait une population étrangère de 116.614 personnes, c’est-à-dire 25% de ses habitants, tandis que 57.444 Anversois étrangers, ou 12% de la population, ont obtenu la nationalité belge. Sachant que les immigrés votent principalement à gauche, le résultat d’octobre 2006 ne surprend finalement pas.

C’est le mérite du sociologue marxiste anversois Jan Hertogen, qui s’en félicitait, d’avoir mis en évidence l’importance du vote communautaire à l’occasion du scrutin du 8 octobre 2006. Dans une analyse ayant pour titre « Les immigrés sauvent la démocratie en Belgique » et paru dans le journal Gazet van Antwerpen du 9 octobre 2006, un jour après le scrutin, il observait fort judicieusement que sans les immigrés le Vlaams Belang aurait obtenu 40,4% des voix à Anvers et aurait raflé la mairie. Voilà un résultat tangible d’une mesure dont les grands partis prétendaient qu’elle était avant tout « symbolique ». 80% des électeurs d’origine étrangère ont utilisé leur voix pour faire barrage au Vlaams Belang, a analysé Jan Hertogen. La victoire du socialiste Patrick Janssens leur est due et n’est pas la récompense citoyenne pour une bonne gestion municipale entre 2000 et 2006. C’est toujours le marxiste Jan Hertogen qui parle. Et cet effet ne s’est pas seulement fait sentir à Anvers. Dans toutes les moyennes et petites villes flamandes, le vote immigré a érodé le succès du Vlaams Belang, a fait remarquer Jan Hertogen.

Bruxelles, capitale de l’Europe et… de l’immigration

Parlons aussi de Bruxelles. A Bruxelles, la capitale de l’Europe, plus de un sur cinq des conseillers municipaux sont sortis de l’immigration et ce chiffre s’est encore considérablement accru aux élections municipales d’octobre dernier. La plupart d’entre eux sont musulmans et la plupart ont été élus sur des listes socialistes. Bruxelles jouit du triste privilège de devenir la première capitale islamique de l’Europe à l’horizon 2020.

Or, le clientélisme socialiste, en perte de vitesse auprès de son électorat traditionnel à cause de multiples scandales politico-financiers, ne connaît pas de limites lorsqu’il s’agit de rafler les voix des immigrés. Dans la commune bruxelloise de Saint-Josse, 11 conseillers municipaux socialistes sur 16 sont d’origine étrangère. Parmi eux se trouvait, en 2006, Emir Kir, à l’époque secrétaire d’Etat aux Monuments publics pour la région bruxelloise. Emir Kir, qui a la double nationalité, belge et turque, s’est fait connaître en proposant de démolir le monument qui commémore à Bruxelles le génocide arménien, un génocide qui n’a pas eu lieu selon lui.

Son parti, le parti de Laurette Onkelinx, le numéro deux du Parti socialiste et actuelle ministre des Affaires sociales, s’est déclaré partisan de l’interdiction du Vlaams Belang, traité de fasciste et de raciste. Mais ce même Parti socialiste de cette même madame Onkelinx n’hésite pas à faire figurer sur ses listes des membres turcs de l’organisation d’extrême droite les « Loups Gris ». A Schaerbeek, par exemple, une autre commune de Bruxelles, où habite Mme Onkelinx, a été élu conseiller municipal socialiste un certain Murat Denizli, membre de cette organisation radicale et nationaliste. Le journal de gauche Le Soir a rapporté, le 11 octobre 2006, que Denizli était connu pour ses prises de position racistes et extrémistes. Lorsque cette élection a créé des remous au sein de la fédération socialiste de Schaerbeek, Laurette Onkelinx a simplement répliqué qu’il ne fallait pas en faire une histoire et que la seule chose qui comptait, c’était de gagner les élections. « Ces candidats, nous les avons choisis parce qu’ils sont populaires au sein de leur communauté », ainsi justifia-t-elle sa décision. C’était aussi la raison pour laquelle la campagne que le PS a menée dans les communes à forte concentration immigrée a été une campagne trilingue : en français, en arabe et en turc. Les ouvriers flamands qui sont susceptibles de voter à gauche n’en valaient pas la chandelle. Voilà d’autres effets bénéfiques du vote communautaire en Belgique et la conclusion qu’on peut en tirer.

La plupart des immigrés fréquentent en général des compatriotes ou des coreligionnaires. Ils sont souvent encadrés par des organisations religieuses ou ethniques qui les aident dans leurs contacts avec les autorités et institutions belges. Il est donc normal qu’ils s’en remettent à ces organisations ou ces intermédiaires pour déterminer leur vote.

L’immigré peu intégré ou mal informé va donc voter selon des consignes. Il n’aura en général pas d’autre choix : la politique belge est extrêmement complexe et il lui est particulièrement malaisé de se faire une opinion propre. Il demandera donc conseil auprès de ceux qui l’écoutent :

– auprès des immigrés de même origine ethnique, qui se sont lancés dans la politique belge, ou leur proche entourage. C’est d’ailleurs la raison première pour laquelle la plupart des partis belges font figurer sur leurs listes des candidats d’origine étrangère. Et cela se traduit clairement par un vote de type ethnique : les Turcs votent pour des Turcs d’origine, les Marocains pour des Marocains d’origine, ou certainement pour des musulmans ;

– auprès des hommes politiques belges qui se livrent au clientélisme politique, en général des politiciens de gauche, et plus particulièrement les socialistes ;

– auprès du secteur associatif à tendance sociale, largement surreprésenté à gauche ; auprès de leur imam, ou des associations de même origine ethnique ou religieuse.

Il ne faut donc pas s’étonner que les voix immigrées se portent essentiellement sur des candidats de gauche et plus particulièrement sur des candidats de même origine ethnique ou religieuse.

Aux Pays-Bas

Il en va de même aux Pays-Bas. Là-aussi, les élections municipales de la même année 2006 ont été révélatrices des effets du vote communautaire.

Or, les immigrés n’ayant pas la nationalité néerlandaise y peuvent voter aux élections locales depuis l’année 1986, les Pays-Bas devenant un des premiers pays européens, après les pays scandinaves et certains cantons suisses, à accorder le droit de vote aux immigrés. Avec une légère différence : alors qu’en Suède ou au Danemark une durée de séjour de trois ans est considérée comme suffisante pour voter, le gouvernement hollandais de l’époque, de centre droite, a imposé un délai de cinq ans, mais avec les mêmes effets que l’on peut s’imaginer. La participation électorale des immigrés y a toujours été importante, bien que légèrement inférieure à celle des Néerlandais.

Il y a 12 millions de Néerlandais qui peuvent voter : qui peuvent voter. En Belgique, le vote est obligatoire, sauf pour les immigrés n’ayant pas notre nationalité. Mais, sauf pour les échéances européennes, les Néerlandais sont souvent d’un civisme exemplaire et le taux de participation aux élections législatives y atteint souvent les 80%. Cela fait un peu moins de 10 millions d’électeurs qui élisent 150 députés, un député valant quelque 64.000 voix.

En 2010, il y avait environ un million d’allochtones néerlandais ayant la nationalité en droit de voter aux élections législatives, c’est-à-dire 9% de l’électorat. Si tous devaient exprimer leur voix, ils seraient bons pour 16 sièges, mais avec un taux de participation actuelle de 50%, ils envoient 8 députés au Parlement.

La situation est tout à fait différente au niveau municipal où tous les immigrés peuvent voter.

La situation dans la capitale Amsterdam – mais je pourrais tout aussi bien citer des villes comme Utrecht ou le grand port de Rotterdam – est à cet égard révélatrice. La moitié de la population y est d’origine étrangère et, comme la culture du vote y existe depuis trois décennies, ses effets y sont encore plus manifestes qu’en Belgique. Que dis-je : depuis le 1er janvier 2011, les Néerlandais de souche ne forment plus que 49,7% de la population d’Amsterdam. Vous voyez que vous n’avez rien à envier à la capitale belge et européenne, ni à la capitale néerlandaise.

Aux Pays-Bas, comme par hasard, les étrangers votent massivement pour le PVDA socialiste, ce qui fait que la capitale néerlandaise est depuis belle lurette une ville rouge dont la réputation en matière de laxisme sur le plan sociétal, avec les fameux coffee-shop pour cannabis notamment, n’est plus à faire ici. D’après l’Institut hollandais pour la Migration et les Etudes ethniques de l’Université d’Amsterdam, plus de 80% des étrangers ont voté à gauche aux municipales de 2006, les partis de centre droite, comme les libéraux du VVD et les chrétiens-démocrates du CDA, séduisant à peine quelques pourcentages de cet électorat. C’était pourtant ces deux partis qui ont introduit le droit de vote en 1986. Mais la gratitude n’existe pas en politique.

Mesdames et Messieurs,

Il est difficile de conclure un tel exposé sur une note optimiste. J’essaierai pourtant, comme je l’ai promis dans mon introduction, de combiner un optimisme de la volonté à un pessimisme de la raison et de suivre en cela le philosophe marxiste Antonio Gramsci.

Existe-t-il une manière de droite pour capter des voix d’immigrés qui se sont intégrés voire assimilés d’une façon raisonnable dans nos sociétés ? Peut-être et l’histoire politique récente de mon pays semble le démontrer avec la victoire phénoménale de Bart De Wever, patron de la N-VA, la « Nouvelle Alliance flamande », un parti qui prend aujourd’hui la place du Vlaams Belang sans verser dans les excès, les luttes fratricides et les provocations qui ont causé la perte de ce dernier. Expliquer cette histoire et les raisons pour lesquelles beaucoup de personnes ont quitté le Vlaams Belang me mènerait trop loin, mais résumons que la N-VA, avec un programme voisin en de multiples points de celui du Vlaams Belang, a réussi en octobre 2010 où le Vlaams Belang avait échoué en octobre 2006. En raflant 38% des voix et en infligeant une défaite cuisante au maire sortant Patrick Janssens, Bart De Wever a réussi son pari et est devenu le maire d’Anvers. Après 70 ans de règne ininterrompu du PS, la N-VA a réussi a détrôner les socialistes.

Il combat l‘islamisme et l’immigration clandestine. Il combat la politique migratoire insensée des gouvernements successifs, mais il propose une alternative aux immigrés qui sont prêts à devenir des Flamands parmi les Flamands. Les immigrés assimilés qu’il a placés sur ses listes défendent, encore plus peut-être que les autres candidats sur sa liste, le programme de la N-VA sans prôner un vote communautaire ou donner le spectacle d’une Laurette Onkelinx à Bruxelles. Bart De Wever veut une approche du phénomène migratoire juste mais sans concessions, une approche qui soit dans l’intérêt des immigrés qui veulent s’intégrer et dans l’intérêt des Flamands. Il est beaucoup trop tôt pour dire si une telle politique, une telle approche est encore possible et a des chances de réussite.

L’avenir dira si Bart De Wever a raison. Il doit bénéficier du bénéfice du doute. Ce bénéfice, 40% des sondés actuellement le lui accordent pour la mère de toutes les élections de mai 2014, en un peu plus d’un an. Nous voterons alors pour le Parlement européen, le Parlement fédéral, le Parlement bruxellois et le Parlement flamand. La politique d’asile et de migration sera un enjeu majeur de la campagne. Une Flandre nouvelle pourrait naître. C’est donc sur cette note optimiste que je voudrais terminer et vous remercier.

 

Koen Dillen
13/04/2013

Correspondance Polémia 26/04/2013

Image : selon Le Soir du 11 décembre 2012, en Belgique, la moitié des immigrés ne travaille pas. La Belgique est le seul pays européen où la moitié des résidents hors de l’Union européenne ne travaille pas. La discrimination à l’emploi est pointée du doigt : les employeurs préfèrent engager des autochtones.