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Le retour de la Russie conférence n°9 : La spiritualité dans la Russie nouvelle

Le retour de la Russie conférence n°9 : La spiritualité dans la Russie nouvelle

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Le lundi 11 mai à 19 h précises

     A l’association « Dialogue franco-russe »

        120, Champs-Elysées 75008 PARIS

 

 Le retour de la Russie

Conférence n°9 : La spiritualité dans la Russie nouvelle

Par Ivan Blot


La religion n’est pas qu’une question de foi individuelle. Elle imprègne toujours profondément chaque société. Par exemple, le calvinisme suisse, néerlandais et écossais coïncide avec l’intérêt pour l’économie et le goût de la rigueur et du travail. On retrouve cet ethos en Amérique. La passion pour le travail, le refus du décorum, mais aussi une certaine hypocrisie pharisienne caractérisent ces sociétés. Outre les bons côtés (le goût de l’efficacité notamment), on a aussi les mauvais : la dérive vers le Gestell utilitariste, individualiste, matérialiste avec la marginalisation du sacrifice pour autrui donc de l’éthique aristocratique militaire traditionnelle. Dans l’art, on rejette le décorum et on penche vers l’abstraction : la figure humaine disparaît.

La Sainte échelle de Jean Climaque

La Sainte échelle de Jean Climaque

En Russie, l’orthodoxie donne le ton de la même façon, que l’on ait ou non la foi. Dans l’orthodoxie mais aussi dans le catholicisme, on se préoccupe de l’amélioration de l’âme avec l’idée qu’on peut se rapprocher de Dieu jusqu’à une sorte d’illumination, déjà sur cette terre (Theosis). Selon Athanase et Irénée, le verbe de Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu. L’homme est libre et il peut approcher la divinité de Dieu par ses vertus. Cette idée rappelle Le Banquet de Platon. Celui qui a sans doute fait la meilleure synthèse de cet enseignement est saint Jean Climaque (525-606 de notre ère) qui est un saint à la fois des églises catholiques et orthodoxes puisqu’il vivait bien avant le schisme de 1054 : Dans son ouvrage L’Echelle sainte, Jean Climaque (proche à cet égard de saint Ignace de Loyola et de ses exercices spirituels) propose une échelle des vertus de 30 degrés pour s’élever jusqu’à Dieu de son vivant. Il propose de discipliner les trois parties de l’âme et use du vocabulaire du combattant. La charité s’accompagne en effet de la lutte contre le mal et la religion doit être ferme et non doucereuse.

Cet idéal a des conséquences sociales. Le culte de Dieu ramène l’ego à une place plus modeste. La personnalité suppose de rompre avec l’esprit de la masse. Le sens de l’honneur et du service pouvant aller jusqu’au sacrifice de sa vie est prisé : l’armée devient un modèle qui inspire le corps social tout autant que l’Eglise. Les racines, créations de Dieu, doivent être respectées. Une société qui abrite en son sein ces valeurs mystiques, même si tout le monde ne les pratique pas au même degré, est une société viable, qui peut combattre contre la mort. C’est ce que disait Socrate à la fin de La République de Platon : on ne sait pas s’il y aura un jugement après la mort mais il faut faire comme si pour s’élever moralement et assurer le salut de la cité.

La tradition spirituelle chrétienne s’est accompagnée d’une reprise de l’éducation humaniste issue du monde gréco-romain : il s’agit de la paideïa [παιδεία], éducation de « l’honnête homme » fondée sur la culture générale : les belles lettres, la philosophie et l’histoire notamment. Le but de la païdeia était d’élever l’enfant jusqu’à sa forme authentique d’homme adulte, capable d’être libre et responsable. Elle vise l’excellence aristocratique, celle de l’honnête homme et du gentleman. Dans l’esprit chrétien, cette élévation rapproche de Dieu. Cette vision du monde, aujourd’hui défendue notamment par l’Eglise orthodoxe russe, est proche du christianisme occidental traditionnel mais contraire à la pensée séculière matérialiste qui domine aujourd’hui l’Occident.

On voit apparaître malheureusement une opposition entre l’ouest et l’est de l’Europe, notamment sur les questions de mœurs. L’ouest fait la part belle aux caprices de l’ego (soutenus au nom des « droits de l’homme »), au culte de l’argent (au nom de la liberté), à l’idolâtrie des masses conformistes conditionnées par les médias (au nom de l’égalité) et à la soumission à la technique. A l’est, notamment en Russie, compte tenu du traumatisme communiste, la tradition est moins battue en brèche car on comprend mieux sa valeur humaine : la vie spirituelle renaît, le culte de l’argent est équilibré par le culte de la patrie, le conditionnement idéologique de type politique et partisan est faible (en réaction au passé) et les techniques n’empêchent pas le respect des racines.

Qui l’emportera ? Le Gestell du matérialisme illimité ou le retour vers une tradition européenne issue du christianisme et de l’empire gréco-romain ? Quel sera le rôle de la Russie ?

Bien amicalement,

 Ivan Blot
4/05/2015

 

 Programme des conférences 2014-2015

 LE RETOUR DE LA RUSSIE

par Ivan Blot

 

15 septembre : Mille ans d’histoire russe : existence et survie (survie et sur-vie).

27 octobre : La chute définitive du communisme : un épisode de l’histoire de l’être (Heidegger).

17 novembre : Vladimir Poutine et le rétablissement de la hiérarchie des trois fonctions (Dumézil). Aristote et le régime mixte.

8 décembre : L’armée, la sécurité intérieure et les autres formes de sécurité (Mc Lean).

19 janvier : La nouvelle économie ; croissance et liberté (Hayek).

9 février : Le renouveau familial et démographique.

16 mars : Culture et éducation ; réappropriation de l’héritage de la civilisation (Gehlen, Hayek).

13 avril : L’Eglise et l’Etat dans la Russie nouvelle.

11 mai : la spiritualité dans la Russie nouvelle.

15 juin : L’avenir se lève à l’Est ; l’inversion des pôles.

 

Correspondance Polémia : 4/05/2015

Image : L’École d’Athènes est une fresque du peintre italien Raphaël, exposée dans la Chambre de la Signature des musées du Vatican. Cette fresque symbolique présente les figures majeures de la pensée antique. (Wikipedia