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Le « mane, thekel, phares » des écolos

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Par Julius Muzart, essayiste ♦ C’est dans le Livre de Daniel que la Bible donne le récit du dernier festin du roi Balthazar. On y voit le roi en pleine débauche, déjà complètement ivre et qui continue à boire en compagnie de ses dignitaires et de ses courtisanes. Rien ne le retient : aucune pudeur, aucune morale. Rien ne lui importe que de prendre du plaisir et de s’amuser. Et il a décidé d’amuser la galerie en commettant un sacrilège : il fait apporter les vases sacrés pour y boire du vin.


C’est alors qu’il voit apparaître une main sortie du mur et qui y trace les mots suivants : « Mane, thekel, phares ».

Le roi Balthazar en conçoit une frayeur telle que, dit la Bible, « ses reins se relâchèrent ». Et personne, dans son entourage, ne sait interpréter ces mots.

Il fait donc extraire de prison le prophète Daniel qui lui en donne la signification :

Mane : les jours de ton règne ont été comptés ; il s’achève aujourd’hui ;

Thekel : toi-même tu as été pesé et ton poids a été jugé insuffisant ;

Phares : ton royaume sera divisé.

La nuit même, le palais est envahi, le roi Balthazar est tué et son royaume passe sous la domination des Perses de Darius.

A bien réfléchir, voilà un récit qui présente de frappantes analogies avec la situation actuelle des écolos en France. Car enfin :

–ils se sont (et ils nous ont) trompés à peu près sur tout ;

–ils se sont divisés (à un point tel que c’est « émiettés » qu’on devrait dire) ;

–ils se sont reniés (eux, des centaines de fois ; le coq a eu le temps de s’égosiller !) ;

–ils se sont déconsidérés.

En allant à la soupe avec gourmandise, ils ont montré ce que valait leur morale.

Ils se voulaient purs, jusqu’à en être « hors normes » : ils sont tous rentrés dans le rang, dans les rangs confortables qui mènent aux mangeoires. « Changer de l’intérieur »… Tu parles, Charles. Tous les renégats disent ça.

Toutes et tous se sont coulés dans le moule d’où sortent les politiciens retors. Ils se voulaient le sang neuf de la politique : neufs depuis 30 ans, avec toujours les mêmes têtes, ce n’est plus vraiment du neuf. Et comment feraient-ils pour être neufs ? Ce sont les « sabras » de la politique politicienne : ils sont nés dedans. Etudiants indéfiniment prolongés ils sont passés sans transition des bancs de la faculté à ceux des assemblées. Mais c’est un caractère qu’ils partagent largement avec les néo-PS : n’est-ce pas, NVB, Myriam El Khomri, Bruno Julliard, Seybah Dagoma, etc. ?

Avec le PS, ils partagent aussi une propension incontrôlée à mettre du « citoyen » partout, et à l’assaisonner à toutes les sauces. Si bien que plus personne ne semble capable d’en reconnaître le véritable goût. Mais « citoyens », eux-mêmes ? Et comment le pourraient-ils ? En quoi ces mercenaires de la politique pourraient-ils incarner cette catégorie dont ils n’ont rien : ni la diversité, ni la sueur, ni les larmes, ni la bénévolence, ni le désintéressement. La politique, tout petits, à l’école, ils en ont fait leur métier comme on deviendrait avocat ou marchand de courges.

Ils sont divisés… c’est peu de le dire

Contrairement aux divisions du Pape chères à Staline, les divisions des écolos sont impossibles à dénombrer. Quand ils ne sont pas en train de se diviser, c’est qu’ils préparent une scission. C’est bien simple : la seule limite à cette mitose permanente c’est qu’un individu ne peut pas se couper en morceaux pour incarner la diversité des tendances qui le traversent.

Et ce n’est pas un phénomène nouveau : bien souvent, dans une organisation constituée, la division précède la fin. Les écolos, quant à eux, ont pris de l’avance : chez eux, la division avait même précédé le début !

Ils se sont trompés

Pour ce qui est de s’être trompés, ils se posent un peu là, les écolos. La tromperie, la fumisterie, le faux-semblant semblent intégrés à leur nature profonde, teintés dans la masse.

Ainsi, quand on dit « ils se sont trompés » il faut entendre « trompés » à la fois au sens intransitif et au sens réfléchi, car ils passent leur temps à se tromper (en d’autres termes à se trahir) mutuellement, et ils continuent : « Trompez-vous les uns les autres » ; il semble bien que ce fut la devise de leur récente primaire.

Plus gênant : ils savent aussi donner au verbe tromper sa signification transitive : ils nous ont trompés, ils ont passé leur temps à nous tromper, ou du moins à essayer de le faire.

Avec l’habileté et l’aplomb des vieux routiers, ces jeunes gens se sont attachés à faire subir à l’adjectif « scientifique » des manipulations génétiques à faire pâlir de jalousie la brebis Dolly.

Scientifiques, les fondements de l’épouvante millénariste qu’ils ont fait naître à propos du nucléaire ! Dignes héritiers des Grünen, qui ont remporté en Allemagne une éclatante et digne victoire en contraignant leur pays à abandonner le nucléaire comme source de production d’électricité, avec, comme conséquence, de faire de l’Allemagne le plus gros pollueur d’Europe, contraint qu’il est de brûler du charbon, comme l’exemplaire Chine… Bravo, les artistes ! Et ne parlons pas des techniques allemandes en matière de confinement ultime des déchets nucléaires : leurs Grünen viennent aider les « nôtres » à faire le coup de poing contre l’enfouissement contrôlé, pendant que, chez eux, on benne les fûts radioactifs en désordre dans une mine désaffectée !

Scientifiques, les arguments martelés pour accréditer la responsabilité du gaz carbonique dans le réchauffement climatique (et la contamination de leurs certitudes est profonde, n’est-ce pas, Monsieur le Président ?). A qui profite ce crime contre l’intelligence ? Cette thèse du réchauffement « anthropique » est un puissant levier vers une politique d’appauvrissement de notre pays au profit de puissances qui se moquent ouvertement de notre naïveté forcée. Aujourd’hui, plusieurs publications de l’Académie des sciences confirment le caractère de carabistouilles de ces « trompettes de la mort annoncée ». Aujourd’hui bien après le licenciement stalinien d’un météorologue honnête, d’autres météos presque aussi officiels conviennent sur les ondes qu’on en fait beaucoup sur le CO2 en oubliant le facteur principal : le soleil… Rien n’y fait : les travaux de l’Académie restent sous le manteau ; on continue à licencier pour dissidence, et à couper les financements des dissidents !

Scientifiques, les algorithmes censés démontrer que nous pouvons gérer sans inconvénient majeur, et surtout sans nucléaire, la transition des énergies fossiles vers les énergies dites renouvelables. Autant de sophismes dont le succès usurpé n’a, pour le moment, abouti qu’à nous offrir le bonheur de voir nos paysages massacrés (pour la Bonne Cause, Monsieur !) par des cohortes d’araignées à trois pales dont la production restera inférieure à ce qu’elles ont coûté, mais qui ont rapporté des fortunes à leurs constructeurs (un monopole conféré à des consortiums internationaux). Mais ce n’est pas grave : c’est aux frais du contribuable français ; tout va pour le mieux.

Scientifique, sans doute, le postulat de Madame Cosse lorsqu’elle affirme que l’Europe « peut accueillir sans problème un nombre illimité de migrants ». Elle en est sûre. Et elle est bien tranquille : ce ne sera pas dans son jardin.

Il faut croire qu’au nombre de leurs divisions, la plus importante est celle qui sépare les babas des bobos : les babas confits dans leurs fantasmes millénaristes, et les bobos cyniques et installés, qui connaissent parfaitement l’inanité de leur argumentaire mais qui n’ont pas oublié à quel point la boîte à outils de grand-père Trofim Lyssenko pouvait être efficace et profitable.

Ne dites pas, cependant, que les écolos sont un lobby subventionné grassement par de colossaux intérêts étrangers pour mettre à mal l’indépendance énergétique et industrielle de notre pays : vous seriez immédiatement taxé de paranoïa complotiste. Enfin, tout de même, rien ne vous interdit, dans le secret de votre conscience, d’estimer qu’on pourrait s’y tromper…

Je vous trouve bien sévère, me dites-vous, pour ces candides, tout épris d’éthique et amoureux du bien commun. Hé ! Même s’ils l’étaient, candides, en politique moins qu’ailleurs « Erreur n’est pas compte ».

Mais surtout faisons un examen clinique de ces candides épris d’éthique.

S’il existe plusieurs manières de se déconsidérer, ils les ont employées toutes. Il est vrai que certains et certaines n’avaient pas beaucoup de chemin à faire…

D’abord – et c’est là leur moindre défaut – on a pu constater que, chez ces redresseurs de torts « toujours bouffis d’orgueil et rouges de colère », l’éthique résiste mal à l’odeur de la soupe. Combien d’entre eux, au juste, après avoir dit pis que pendre de la tiédeur du PS en général et du Président en particulier ont mis un mouchoir sur leurs convictions à l’appel du portefeuille (ministériel) ? Elles devaient être « poids plume », ces convictions, parce qu’ils arrivent sans grand effort à les trimballer d’un point à un autre dans leur nomadisme politique. Placé, lui, c’est « hop, un nouveau parti » (deux membres, c’est un début) ; et re-hop, un fauteuil de ministre.

Duflot, si sévère à l’égard de tout ce qui ne pense pas comme elle – c’est-à-dire à peu près tout le monde –, si prompte à endosser sa toge de Fouquier-Tinville bavard, a emmené avec elle son inoxydable et inépuisable logorrhée pour s’installer, elle aussi, sous les ors d’un ministère. Elle n’y est pas restée longtemps, mais (quand on a le don inné de nuisance) il ne lui en a pas fallu davantage pour y concocter une loi si délirante, contre-productive et liberticide qu’elle est devenue la loi la plus éphémère de France : quatre mois après sa promulgation (avril/août), le premier ministre déclarait que les dispositions phares n’en seraient pas appliquées !

L’inénarrable Cosse, si sévère à l’égard de Duflot, a pris le même chemin et, convictions en poche, a posé avec délices son derrière dans le fauteuil encore chaud de Duflot. Les écolos, courroucés, ont désavoué leur ci-devant bien-aimée présidente.

Remontons un peu dans le temps. Vous vous souvenez de l’ayatollah Lipietz ? Celui aux yeux de qui nul ne trouvait

grâce, l’austère et vertueux polytechnicien ? Passé à l’opposition, lui aussi, recruté par l’équipe UMP et divers qui a repris Villejuif aux communistes.

Pendant qu’on en est aux souvenirs : dans quelle oubliette le « paysan pour la photo », l’agriculteur sur son tracteur le temps que passe la caméra, le faucheur Bové ?

Et aussi « Dites moi où, n’en quel pays » s’est retirée la juge aux lunettes rouges, Madame 2% ? Toujours eurodéputée des Verts, Eva Joly n’a pas quitté la boutique et engrange tranquillement ses indemnités. Elle oublie seulement de payer ses cotisations à sa maison mère. La reconnaissance n’est plus ce qu’elle était.

Dans le registre « Plus déconsidéré que moi… » nous n’aurons garde d’oublier le sénateur Baupin, dit « Beethoven », dit « M’harcèle ». Comment ? me dira-t-on, suppôt de fachosphère que vous êtes ! « Vous n’avez pas honte de reprocher à quelqu’un la vigueur de ses sentiments, sa joyeuse vitalité ? Je vous vois venir, avec votre morale bourgeoise rancie et l’ordre moral “fin XIXe” qui dépasse de votre serviette ! » Voire… Vitalité, certes. Joyeuse ? Pas pour tout le monde. Quand un notable, un patron, bref, un « Grand », comme on disait sous Louis XIV, trop sûr de son impunité, fait pression sur des salariées, des collaboratrices, des subordonnées pour obtenir leurs faveurs, non, ce n’est pas joyeux. Des fois, c’est sordide. Il arrive – le saviez-vous ? – que certaines victimes tombent en dépression ou soient contraintes de démissionner. Mais « M’harcèle » n’en a cure, ce n’est pas son problème. Lui, il est joyeux. Il est bon vivant. Il se sait immune. Et il continue.

Il est vrai que, chez les Verts, on a une tradition bien ancrée d’esprit large : on est libertaire, on le revendique bien haut et ceux qui s’en offusquent sont « la France moisie », des chaisières frustrées, ultra-catho, ridicules.

Chez les Verts, et dans la nouvelle gauche en général, la sexualité sans entraves c’est plus qu’une liberté : c’est un combat. On la revendique, bardé de bonne conscience, on s’en vante ! N’est-ce pas Dany ? La seule limite connue, c’est le risque électoral, comme pour tout.

Les Verts français doivent donc redoubler d’efforts pour soutenir, là encore, la comparaison avec leurs cousins germains. Il faut dire que ce n’est pas de la tarte. Il faut, en effet, de la constance pour soutenir la comparaison avec ceux qui, sous la plume de Volker Beck, futur député et encore tout récemment porte-parole du groupe (*), proposèrent jadis de dépénaliser la pédophilie. Quel sens de l’innovation ! Quelle avance sur leur temps !

Les Verts français, même s’ils n’ont pas encore à leur palmarès d’aussi brillantes réalisations, ne sont pourtant pas en reste. Les dossiers qui leur tenaient à cœur étant en bonne voie, les écolos, dont l’imagination est sans limites, ont décidé récemment de consacrer leurs efforts à une question fondamentale pour le bonheur quotidien des Français : ils militent pour l’aménagement d’un espace naturiste dans Paris. C’est, de toute évidence, une question dans laquelle l’intervention de la puissance publique est une impérieuse nécessité !

Un chômage de masse que tout vise à aggraver, plus de 300 morts dus à une guerre terroriste que nul ne songe sérieusement à endiguer (et à laquelle Madame Cosse semble estimer opportun de fournir les moyens de son extension), des pouvoirs publics rendus impuissants par leur démission et leur corruption, et les écolos de répondre : « Et mes nudistes, alors ? »

Mane, thekel, pheres

Comptés, pesés, divisés…

Ajoutons l’état proche de la cessation de paiement du parti, et on se dit que, décidément, le festin des Balthazars écolos est promis à une triste et nauséabonde fin.

Julius Muzart
24 octobre 2016

(*) Jusqu’à son arrestation, début 2016, pour possession de méthamphétamine, qui freine sa résistible ascension. Mais il reste député…

Correspondance Polémia – 26/10/2016

Julius Muzart

Julius Muzart, ENA ; DES de Droit public. Ancien haut fonctionnaire (ER), enseignant en droit public. Essayiste, auteur des ouvrages « Le quatrième complice (ou : je vous mets en examen parce que je ne comprends pas…) », « Associations, subventions, compromissions », « Chroniques de la principauté de Grande Gabegie ». Contributeur régulier de Polemia.

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