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« Le Figaro » héritier de la « Pravda », ou quand l’élève dépasse le maître

« Le Figaro » héritier de la « Pravda », ou quand l’élève dépasse le maître

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Un autre regard sur la Russie, présenté par Alexandre Latsa, Français qui réside en Russie. Chroniqueur pour Ria Novosti, il anime le blog Dissonance.

♦ « La part importante de la population russe qui regrettait l’époque où la Russie était une grande puissance est satisfaite par le rôle qu’a joué la Russie dans la crise ukrainienne. »

Le 15 octobre dernier Le Figaro, via la plume de l’inégalable Pierre Avril, a publié un article où l’on pouvait lire ceci : « La pénurie guette dans les magasins, l’économie russe est au bord de la récession, et pourtant Vladimir Poutine, sur lequel repose de plus en plus la destinée du pays, jouit d’une popularité inoxydable. » Le voici :


Poutine toujours plus populaire en Russie

Malgré une économie en berne et un rouble au plus bas, le président russe atteint un record de popularité depuis son arrivée au pouvoir en 2000.

Les prix s’envolent, le rouble est au plus bas, la pénurie guette dans les magasins, l’économie russe est au bord de la récession, et pourtant, Vladimir Poutine sur lequel repose de plus en plus la destinée du pays, jouit d’une popularité inoxydable. Selon la dernière livraison du sondage de l’Institut Levada Centre, 38% des Russes se disent «persuadés» que le chef du Kremlin résout « avec succès les problèmes du pays », un record absolu depuis son arrivée au pouvoir en 2000. Auparavant, ces mêmes citoyens ne faisaient « qu’espérer » la réussite de Poutine. De même, 31% des Russes affirment « partager entièrement les vues » de leur dirigeant, contre 22% en 2010. A l’inverse, seuls 8% se disent « déçus » par son action. Malgré la multiplication ces derniers temps de manifestations publiques de soutien à l’égard du chef du Kremlin, une majorité de Russes nie l’existence d’un quelconque « culte de la personnalité » dont il pourrait bénéficier.

Le sondage dessine également, à travers Poutine, l’image d’un homme préoccupé par le bien-être de son pays mais dont l’action est entravée par la bureaucratie. Depuis les empereurs jusqu’à Staline, a toujours existé en Russie cette figure mythique du bon tsar, victime soit de son entourage, soit de l’inefficacité de la machine d’Etat. Ainsi, l’actuel chef de l’Etat « souhaite obtenir le bien-être de sa population, mais il ne peut pas le faire à cause de l’opposition de la bureaucratie et de l’absence d’une bonne équipe », jugent 42% des sondés, contre 33% en mai 2012.

Cette enquête d’opinion s’inscrit dans un contexte plus large de détestation de l’Occident, de désaffection croissante à l’égard de l’Europe, et, plus généralement, selon Levada, de « xénophobie croissante ». Cette mentalité est largement façonnée par la propagande. Exemple, un Russe sur cinq rend les Etats-Unis responsables du crash du Boeing de la Malaysia Airlines en Ukraine. « La part importante de la population russe qui regrettait l’époque où la Russie était une grande puissance est satisfaite par le rôle qu’a joué la Russie dans la crise ukrainienne », constate la sociologue de Levada, Natalia Zorkaya, pour expliquer les ressorts de la popularité de Vladimir Poutine. Néanmoins, d’autres sondages de Levada montrent une inquiétude croissante de la population à l’égard de la hausse des prix, qui pourrait rejaillir en retour sur la cote du chef du Kremlin.

Pierre Avril, correspondant du Figaro à Moscou (15/10/2014).

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Commentaire d’Alexandre Latsa :

Il semble bien qu’après 5 ans en Russie le correspondant du Figorange (*) n’a toujours rien compris à ce pays. Si Poutine est populaire c’est bien, au contraire, car les rayons sont pleins et que les Russes peuvent consommer !

Pour la petite histoire – et il faudrait prendre le temps de l’expliquer à Pierre Avril :

1) Il semble difficile d’imaginer des pénuries en Russie qui découleraient de décisions politiques russes irréfléchies.

2) Il ne peut y avoir de pénurie en Russie de par les sanctions russes car la part des importations agroalimentaires russes en provenance de l’Union européenne est en gros la suivante :

Viande : 36%
Produits laitiers, miel, œufs : 32%
Légumes : 30%
Fruits : 24%

L’auteur ne sait il pas que les Russes ont trouvé des fournisseurs alternatifs aux pays européens ? Je peux lui citer les plus actifs récemment : l’Inde, la Thaïlande, le Vietnam, la Malaisie, le Brésil, le Paraguay, l’Argentine, le Chili, la Colombie, le Mexique, l’Equateur, le Guatemala, l’Ile Maurice, les îles Féroé, le Groënland, le Maroc, la Tunisie, le Pakistan, l’Egypte, le Sri Lanka ou encore la Chine…

3) Je mets au défi l’auteur (moscovite tout comme moi) de me montrer physiquement un magasin qui serait menacé par une quelconque pénurie…

En réalité, ces « pénuries alimentaires » n’existent que dans les cerveaux malades de la grande majorité des journalistes français qui confondent visiblement leurs fantasmes inavoués avec la réalité.

Ce n’est pas la première fois que les lecteurs français sont intoxiqués par la bêtise de leurs correspondants, comme je vais le démontrer ici.

En 2009, en pleine crise, les très malhonnêtes correspondants du Figaro et du Monde nous avaient déjà fait le coup comme on peut le voir ici :

 

1/ Ici pour le Figaro

penurie

Cliquez ICI pour retrouver l’article original et lisez les commentaires ça vaut le coup et sur l’image pour l’agrandir

 

2/ Ici pour Le Monde…

le Monde

Sauvons le capitalisme des capitalistes        C’est officiel : la crise épargne Moscou

Cliquer sur les titres ci-dessus pour la lecture des articles et sur l’image pour l’agrandir.

Quelle bande de comiques, en effet…

Le lecteur averti remarquera :

1) Le client choisi pour illustrer chaque fois la situation : un vieux Russe en fin de cycle car il fallait montrer l’évidence qui était celle que la Russie mourait et était un pays sans avenir ! En 2009, une chose est certaine : les journalistes français ne savaient pas que la baisse démographique de la Russie allait au cours des prochaines années s’atténuer, voire s’arrêter… Ils ne le savaient pas car ne lisaient sans doute pas Dissonance qui pourtant l’annonçait déjà à cette époque-là.

Malheureusement ils ne le savent toujours pas en 2014 puisque, cette année, l’inégalable Pierre Avril affirmait toujours dans les colonnes du Figaro que le renouveau démographique russe, que pourtant toute la planète a pu constater (pour mémoire la population augmente naturellement depuis 2 ans), était « prétendue »…

2) Le lecteur remarquera aussi que la seule chose qui surpasse la bêtise de certains correspondants est leur fainéantise car en effet les deux photos choisies pour illustrer les articles sont des photos prises à AUCHAN (Cf. les paniers)…Ce faisant, les deux correspondants mettent un coup de poignard au plus gros employeur français en Russie et à la communauté économique française de Russie mais prouvent aussi leur mensonge : tous les clients d’Auchan Russie savent que ni en 2009 ni en 2014 les rayons n’y ont été à ce point vides, si ce n’est pour des raisons purement internes au magasin, de type logistique, par exemple.

Les journalistes français vont-ils un jour se mettre à faire leur travail correctement ?

Alexandre Latsa
18/10/2014

Note :

(*) Connaissez-vous le FIGORAnge?

Il s’agit d’un quotidien français bien connu quand il se met au service des révolutions oranges dirigées en sous-main par les Etats-Unis. C’est en tout cas l’analyse d’Alexandre Latsa, qui prend Le Figaro en flagrant délit et le taxe d’être l’héritier de la Pravda. (Le Salon beige)

Source : http://alexandrelatsa.ru

Correspondance Polémia – 21/10/2014

Image : Vladimir Poutine : 14 octobre 2014 à Moscou.