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« La Russie de Poutine », de Ivan Blot

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Hyman Rickover, contributeur de Polémia

♦ Ivan Blot dans son dernier livre La Russie de Poutine analyse la société russe au travers du crible des quatre raisons de la métaphysique d’Aristote : la cause matérielle, la cause motrice, la cause formelle et la cause finale.


Du point de vue des sociétés, une société « saine » ou « conservatrice » repose sur le schéma :

– cause matérielle = racines (territoire, langue, culture, race),
– cause motrice = les hommes comme individus libres et responsables,
– cause formelle = une éthique pas uniquement marchande,
– cause final = servir des valeurs supérieures (religion).

russie de Poutine 1Les sociétés « malades » comme les sociétés post-démocratiques ont oublié l’Etre comme le soulignait Heidegger au profit du Gestell (ou arraisonnement utilitaire) et se basent sur 4 idoles :

– culte de la technique (avortement, euthanasie) remplaçant les racines,
– massification et égalitarisme entrainant la raréfaction des individualités vraiment libres au profit des individus interchangeables devant servir les impératifs d’une économie basée de plus en plus sur la consommation (d’où le recours massif à l’immigration),
– culte de l’argent remplaçant une éthique plus large (culte du beau, du bien et du bon),
– satisfaction des caprices de l’Ego et rejet de la divinité (mariage pour « tous »).

Ivan Blot analyse aussi l’organisation de la société russe par rapport aux fonctions tripartites des sociétés indo-européennes de Georges Dumézil :

– la fonction sacerdotale (autorité juridique et spirituelle),
– la fonction militaire (armée),
– la fonction économique et marchande.

Alors que les sociétés mondialisées et déracinées connaissent une hypertrophie de la fonction économique et marchande, a contrario, la société russe de Vladimir Poutine offre une alternative plus équilibrée et organique :

– il a rétabli la primauté du politique sur l’économique (mise à l’écart des oligarques comme Bérézovsky),
– il a renforcé l’armée et les forces de sécurité,
– l’économie russe, si elle est libérale (flat-tax), n’est pas ultra-libérale (sans contre-pouvoirs),
– la religion orthodoxe a retrouvé toute sa place dans la société russe officiellement laïque mais pas laïciste (l’appartenance chrétienne est revendiquée par le personnel politique (y compris ex-communiste) et les chefs des armées.

Dans son livre, Ivan Blot démonte également quelques mythes propagés par les médias de la propagande :

– « l’effondrement démographique russe ». Le nombre d’avortement (totalement libéralisé du temps de l’URSS) est en recul constant avec une politique nataliste forte (prime de 7000 euros pour le 2e enfant) et donc la démographie se redresse :
– « l’économie russe uniquement basée sur les hydrocarbures ». Même si ceux-ci représentent 45% du budget de l’Etat, seul 18% du PIB dépend du pétrole et du gaz,
– « Poutine l’extrémiste ». Poutine est un « centriste » sur l’échiquier politique russe.

Prenant l’exemple du temple grec, ces 4 causes sont :

– les pierres
– les ouvriers bâtisseurs
– le plan de l’architecte
– le niveau de vie qui a quadruplé depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine et le PIB qui est équivalent à celui de l’Allemagne.

Hyman Rickover
26/01/2016

Ivan Blot, La Russie de Poutine, ed. Giovanangeli Bernard, préface de Philippe de Villiers, 7/01/2016, 208 pages.

Note de la rédaction : Extrait de la préface de Philippe de Villiers :

« Les Russes sont un peuple de résistants. Après l’éclatement de l’URSS et les catastrophiques années qui ont suivi, la Russie s’est relevée et est redevenue aujourd’hui une puissance qui compte. Ce redressement est incarné par Vladimir Poutine. A rebours des Européens, le président russe a restauré la fonction de souveraineté et la fonction militaire, au détriment des oligarques de la finance. Il a renoué avec la tradition et n’a pas sacrifié l’identité et la civilisation de son pays. »

« C’est des Russes eux-mêmes et des ressources de leur État qu’est venu le salut. Ce livre, qui mêle des considérations politiques et philosophiques, présente différents aspects de cette Russie nouvelle et analyse son rôle géopolitique dans un monde marqué par l’affaiblissement de l’hégémonie des États-Unis et la vassalisation de L’Europe. Celle-ci, pour sauver son indépendance et son identité, sera-t-elle capable d’un rapprochement avec la Russie ? »

Correspondance Polémia – 30/01/2016

Images : 1re de couverture