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La Journée des dupes

La Journée des dupes

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Laurence Maugest, essayiste.

♦ Un mensonge historique. — « C’est en déconnectant le peuple du monde réel, en le faisant vivre dans un monde fait de stéréotypes idéologiques, que l’on asservit les foules ».

Cette situation de crise a permis au gouvernement, en perdition dans les sondages et dédaigné dans la sphère internationale, de remonter en scène et redorer son blason (pour un temps). En dépit de la tristesse de l’événement nous avons pu surprendre « nos élites » tout sourire, sous les feux de la rampe qui ne se révèlent pas suffisamment éblouissants pour dissimuler les failles d’un numéro d’illusionniste.


Le parcours pavlovien fut parfait : les abris-bus, les messages électroniques en ville et sur les routes, la gratuité des transports… Lorsqu’un gouvernement organise une manifestation, il n’y a pas de doute, cela facilite l’intendance jusqu’à l’estimation du nombre de participants qui, pour une fois, a été unanime entre la police et les organisateurs. Il est certain que l’ostracisme des opposants est un plus. C’est sans doute cela, la démocratie en marche !

L’unité nationale, omniprésente dans les propos, était absente dans le cortège. Pour les politiques et « les intellectuels » le choix des partis susceptibles de représenter la France ne se fait pas dans les urnes mais à leur convenance. Le tsunami émotionnel a eu la vertu de décréter qu’en dépit des 25% d’électeurs du Front national aux dernières élections (*) les Frontistes ne font pas partie de cette sacrosainte « unité nationale ».

Cet événement révèle, dans son paroxysme, ce qui sous-tend notre société au quotidien : le mensonge et le paradoxe.

Ce 11 janvier 2015, les politiques furent nombreux à évoquer, avec le plus grand sérieux, le renforcement de nos frontières, allant parfois jusqu’à critiquer les Accords de Schengen après avoir éjecté le Front national qui alarme sur les dangers de cette convention depuis sa conception.

La crainte de voir la France mise en péril par la montée islamiste est poussée lestement au second plan derrière la priorité de « ne pas faire d’amalgame ». Nous sommes appelés à nous excuser, par anticipation, des représailles que ces méchants Français seraient capables d’exercer sur des musulmans innocents. Extraordinaire ! La France attaquée s’excuse auprès de ses assassins. L’autoflagellation de cette France, si prolixe et ironique vis-à-vis de ce qu’elle appelle « la névrose chrétienne », n’a pas de borne.

L’obsession de l’amalgame, l’esprit de repentance et le raz-de-marée émotionnel permettent d’éviter l’identification objective de la cause réelle de ces drames. Il est difficile de rechercher quelque chose que l’on ne peut pas nommer. Eric Zemmour (entre autres) a eu bien des soucis, suite à ses propos sur les origines ethniques et religieuses des prisonniers en France. L’idéologie dominante, qui sert le multiculturalisme souhaité à des fins financières, trouble l’expertise objective des causes. C’est en déconnectant le peuple du monde réel, en le faisant vivre dans un monde fait de stéréotypes idéologiques, que l’on asservit les foules.

L’attaque de Charlie Hebdo devrait faire réfléchir sur les conséquences de ce cocktail explosif que constitue l’immigration massive, le désamour que les Français portent à leur pays, l’interdiction de toute notion de patrie et de frontière, la méconnaissance orchestrée de l’histoire, la déchristianisation et le consumérisme qui mettent à mal toute dimension verticale. Mais, très curieusement, cette attaque terroriste n’a fait que renforcer l’apologie verbale « du Grand Remplacement ». « C’est cela la France ! » lance un imam tenant par le cou un recteur de mosquée et un rabbin sous les applaudissements émus d’une foule qui ne connaît pas la phrase de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

La manifestation du 11 janvier doit s’inscrire comme une bonne et exceptionnelle manifestation. Tout tend à le prouver jusqu’à certains détails dissimulés dans la rubrique « Puériculture » : les nombreux bébés présents furent, avec tendresse et bonheur, présentés par les chroniqueurs comme des enfants « symboliques » alors que les bébés des manifestations contre le mariage des personnes de même sexe étaient « instrumentalisés ».

Les médias sont de véritables « neuromédiateurs » qui s’infiltrent dans nos cerveaux pour y provoquer la plus redoutable des censures : l’autocensure qui entraîne la plus pathétique des destructions : l’autodestruction.

Dans cette ambiance dominicale qui revendiquait fort la laïcité voire l’athéisme, on surprenait quelques résurgences étranges d’un autre monde : des expressions curieuses revinrent, assez souvent, dans les commentaires des journalistes : « un silence de cathédrale, une profonde communion… » Jusqu’à ces amis et proches des caricaturistes, fiers de leur athéisme, qui ont évoqué le regard des dessinateurs posés sur nous de « là-haut ». De « là-haut » vraiment ? N’est-ce pas un peu paradoxal ? Ce paradoxe-là, ne serait-il pas, en définitive, un retour du monde réel qui jaillit dans un univers de mensonges ?

Dans leurs souhaits de communion et de catharsis, leurs envies de partage et de fraternité, les manifestants n’ont-ils pas exprimé, ce dimanche 11 janvier, une recherche de dimension religieuse ? Ce n’est pas une république fatiguée, qui s’accroche à sa devise en la trompant régulièrement et en leurrant ainsi un peuple en attente, qui peut combler ce manque.

Les pauvres « Charlie », qui se pensent debout, rampent sous le joug de la manipulation de l’idéologie unique, de l’encéphale de masse. Mais il y a un temps où les leurres deviennent inefficaces, où les masques tombent, où les manipulations idéologiques se brisent, où la recherche de la clairvoyance et de la vérité s’impose. Notre devoir est de contribuer à ce réveil, à cette sortie du mensonge avant que cette longue imposture intellectuelle ne nous mène vers un chaos bien réel.

Laurence Maugest
12/01/2015

Note :

(*) Résultat du FN, arrivé en tête des élections européennes du 25 mai avec près de 25% des voix, selon un sondage BVA pour I Télé-CQFD publié le 31/05/2014.

Correspondance Polémia – 13/01/2015

Image : « J’ai vu Nicolas Sarkozy jouer des coudes » – Nicolas Sarkozy s’est retrouvé au même niveau que François Hollande et les autres chefs d’État durant la marche républicaine du 11 janvier 2015. Crédits photo : Philippe Wojazer/AP.