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La France à l’heure de l’URSS agonisante

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Par Bruno Mégret, haut fonctionnaire, écrivain, essayiste ♦ Le dernier livre d’entretiens de François Hollande constitue un événement politique de grande importance. Non pas parce qu’il révèle à quel point le vingt-quatrième président de la République française était indigne d’exercer sa fonction. Cela, tout le monde le savait déjà avant même qu’il ne s’exprime sans retenue devant deux journalistes. Ce qui est nouveau et significatif, en revanche, concerne les opinions réelles du chef de l’Etat sur les grands problèmes de notre pays. Car, dans cet ouvrage intitulé Un président ne devrait pas dire ça…, on apprend ce que pense réellement M. Hollande de la question de l’immigration et du danger de l’islamisation. On peut lire notamment qu’il estime « qu’il y a trop d’arrivées, d’immigration qui ne devrait pas être là » ; ou encore « qu’il y ait un problème avec l’islam, c’est vrai. Nul n’en doute ». On peut aussi apprendre que, pour lui, « on ne peut pas continuer à avoir des migrants qui arrivent sans contrôle ».


Une situation quasiment schizophrénique

Ses observations, surprenantes dans la bouche du chef de l’Etat, expriment clairement ce que ressent une majorité de Français. Mais elles sont surtout en symbiose avec les thèses de ceux qui, sur la scène publique, défendent l’identité et la survie de notre nation, ceux-là mêmes que le président dénonce et combat avec hargne, n’hésitant pas à les faire condamner lorsqu’ils tiennent des propos pourtant comparables aux siens. Et de fait, ces déclarations ne correspondent nullement à celles qui sont officiellement tenues par le chef de l’Etat dans l’exercice de son mandat. Elles se révèlent d’ailleurs en totale contradiction avec son action publique. Bref, elles sont politiquement incorrectes quand la politique officielle de M. Hollande est parfaitement conforme à la pensée unique.

Les journalistes se sont d’ailleurs bien gardés d’appeler l’attention du public sur cette dimension du livre. Ils ont même pris soin de créer une diversion médiatique en exploitant la susceptibilité des juges traités de lâches par le chef de l’exécutif. Pour les tenants du politiquement correct, il était en effet essentiel que l’existence de ce clivage entre les déclarations officielles et la pensée réelle du chef de l’Etat soit occultée. Car laisser certains en tirer publiquement les conséquences pourrait provoquer un séisme politique.

Ces confidences du président de la République prouvent en effet que les constats dressés par les défenseurs de notre identité sont exacts et que leurs craintes sont fondées. Ainsi validés par le premier personnage de l’Etat, qui pourrait encore les contester ?

On apprend, par ailleurs, qu’il existe bien au plus haut niveau de l’Etat un double langage : officiellement, on adhère à l’idéologie du politiquement correct mais, officieusement, on n’y croit pas. Et ce dédoublement quasiment schizophrénique du langage et de la pensée ne concerne pas que le chef de l’Etat. Tous ceux qui fréquentent un tant soit peu la classe politique savent que beaucoup de ses membres connaissent, eux aussi, cette divergence de l’esprit et de la parole : en public, ils adhèrent à la pensée unique ; en privé, ils en reconnaissent les limites et en dénoncent l’absurdité. Certains, d’ailleurs, manquant de vigilance, se laissent parfois aller à révéler le fond de leur pensée par des déclarations publiques que les aboiements des chiens de garde du politiquement correct leur font vite regretter et retirer.

Comme à l’époque de l’URSS agonisante

Au-delà des apparences, cette réalité démontre en fait la grande fragilité du Système politique qui, malgré son emprise quasi totalitaire, se trouve secrètement contesté par ses propres soutiens. La chape qui recouvre notre pays depuis des décennies pourrait bien ne plus être de plomb.

La situation dans laquelle se trouve dès lors notre nation me fait penser à celle de l’Union soviétique avant qu’elle ne s’effondre.

Hollande aux commandes

Hollande aux commandes

L’idéologie communiste s’imposait alors avec force. Tout le monde y adhérait officiellement et la répression s’abattait sur ceux qui la contestaient publiquement. Pourtant personne n’y croyait plus. Les Russes voyaient dans leur vie quotidienne qu’elle les menait à la misère. Quant aux hiérarques et aux apparatchiks eux-mêmes, ils ne s’interdisaient pas en privé de la dénoncer ou d’en plaisanter. Et c’est cette fracture entre le discours officiel imposé par la force et les convictions privées dictées par les réalités qui a fini par provoquer l’écroulement de l’Union soviétique. Il a suffi que le dirigeant principal, M. Gorbatchev, soulève le couvercle pour qu’aussitôt le Système s’effondre.

Et peut-être sommes-nous aujourd’hui en France dans une posture un peu comparable. L’idéologie politiquement correcte s’impose avec une force implacable et, en surface, tous les politiques du Système la défendent et s’en réclament. Mais, comme leurs homologues soviétiques, leur foi est chancelante. Le livre de Hollande nous en apporte la confirmation quasi officielle. Le Système politico-médiatique français est donc en réalité très fragile. Sans doute suffirait-il que l’un de ses principaux dirigeants ait le courage de ne plus l’assumer publiquement pour qu’il s’effondre soudainement et brutalement.

Je ne vois pas, parmi les candidats de la classe politique actuellement en lice pour l’élection présidentielle, qui pourrait avoir le courage de dire tout haut ce qu’il pense tout bas. Mais on peut néanmoins espérer que, sous la pression d’une réalité de plus en plus menaçante, un nouveau venu finisse tôt ou tard par soulever le couvercle – et permette, avec l’effondrement du politiquement correct, le redressement in extremis de la France.

Bruno Mégret
24/10/2016

Haut fonctionnaire, Bruno Mégret est un homme politique, ancien député et député européen. Venu du RPR, numéro deux du Front national puis président du MNR, il a été au premier plan des débats publics. Aujourd’hui en retrait de la vie politique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, récemment, le Temps du phénix (Ed. Cité Liberté).

Correspondance Polémia – 25/10/2016

Image : La France à l’heure de l’URSS !

Bruno Mégret

Bruno Mégret

Bruno Mégret est un homme politique, ancien député et député européen. Venu du RPR, numéro deux du Front national puis président du MNR, il a été au premier plan des débats publics. Aujourd’hui en retrait de la vie politique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, récemment, le Temps du phénix (Ed. Cité Liberté).
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