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Inventivité linguistique des hommes politiques et slogans présidentiels de Franklin D. Roosevelt à George W. Bush

Inventivité linguistique des hommes politiques et slogans présidentiels de Franklin D. Roosevelt à George W. Bush

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Martin H. Levinson, PhD, président de l’Institut de sémantique générale, New York.

♦ Le langage politique n’est pas destiné à promouvoir la pensée analytique, le raisonnement objectif ou une opinion modérée. Il est plutôt destiné à accroître les soutiens, détruire les opposants et modeler l’opinion publique. Il en est ainsi depuis des âges anciens et c’est certainement dans ces buts que les présidents américains l’ont utilisé.

Le présent article passe en revue les expressions politiques et les slogans présidentiels employés depuis Franklin D. Roosevelt jusqu’à l’administration de George W. Bush. Un tel examen est important car, comme le premier ministre Benjamin Disraeli l’a un jour déclaré : « Avec le langage nous gouvernons les hommes » (s’il avait vécu de nos jours, Disraeli aurait sans nul doute substitué à « hommes » un terme plus général tel que « humanité »).

Les expressions politiques et les slogans présidentiels ont joué un rôle essentiel et parfois central dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques gouvernementales.


Franklin D. Roosevelt

Lors du discours d’investiture de Franklin D. Roosevelt à la Convention démocrate de 1932 ce dernier déclare « Je vous promets une nouvelle donne pour le peuple américain et je m’y engage ». A cette période, Stuart Chase, auteur du best-seller ayant contribué à la popularisation de la Sémantique générale La Tyrannie des mots, et économiste reconnu, écrivit un article pour The New Republic intitulé « Une nouvelle donne pour l’Amérique » (A New Deal for America). Cette expression attira l’attention du public américain acculé par la dépression et aida Roosevelt à faire passer une série de programmes économiques au Congrès entre 1933 et 1936.

L’expression « arsenal de la démocratie » a été créée par Jean Monnet, alors ambassadeur de France aux Etats-Unis, pendant une conversation avec le juge de la Cour suprême, Felix Frankfurter, qui a répondu à Jean Monnet que Franklin D. Roosevelt pourrait s’en servir utilement. Cette expression attira aussi l’attention du secrétaire d’Etat à la Guerre, John J. McCloy, et elle fut insérée dans un projet de discours envoyé à Roosevelt qui, dans un programme radiophonique diffusé le 29 décembre 1940, déclara « Nous devons être le grand arsenal de la démocratie ». Cette allocution permit de gagner le soutien populaire à la fourniture d’armes aux alliés européens, dans leur guerre contre les puissances de l’Axe. Le complexe militaro-industriel (une expression de l’ère Eisenhower) est devenu, depuis, le premier fournisseur d’armes au monde.

Au tout début du XXe siècle, les expressions du type « colosses du Nord », « impérialistes yankees » et la « diplomatie du dollar » étaient fréquentes en Amérique Centrale et du Sud, pour exprimer leur amertume envers le « grand frère américain ». Dans son premier discours inaugural, Roosevelt essaya de calmer ce ressentiment en déclarant : « En matière de politique internationale, je conduirai cette nation à se comporter comme un bon voisin, un voisin qui se respecte assez fermement lui-même pour respecter aussi les droits d’autrui ».

La politique du « voisinage respectueux » donna lieu au retrait des marines américains d’Haïti et du Nicaragua en 1934, à l’annulation de l’amendement Platt et à la négociation de compensations pour la nationalisation des actifs pétroliers étrangers au Mexique en 1938. Après la Deuxième Guerre mondiale, cependant, les Etats-Unis devinrent des voisins de plus en plus intrusifs en Amérique latine, avec l’implication de la CIA dans le renversement du gouvernement du Guatemala en 1954, le débarquement de la Baie des Cochons sous Kennedy en 1961 et l’attaque de Panama en 1989.

D’autres expressions datent de Roosevelt : « les quatre libertés », « jour d’infamie », « rien à craindre que la peur elle-même », « discussion au coin du feu » et « question incertaine ».

Truman

Continuant sur la « nouvelle donne » de Roosevelt, l’adresse d’Harry S. Truman auprès du 81e Congrès comprenait : « Chaque partie de notre peuple et chaque individu a le droit d’attendre de son gouvernement une donne équitable ». La presse reprit ce terme pour qualifier la politique intérieure de l’administration Truman. Avant lui, Teddy Roosevelt avait employé le terme de « honnête donne » pour décrire son propre programme politique.

Un « congrès immobile » (A Do-Nothing Congress) est associé au président Truman, qui a utilisé cette tournure de phrase lors de sa tournée à travers les Etats-Unis de 1948. Le public répondit positivement aux assauts de Truman contre le 80e Congrès qualifié de « bon à rien, inerte » et « le plus mauvais Congrès » jamais vu. Sa stratégie d’attaque vive et inattendue permit à Truman, qui affichait sur son bureau « en dernier ressort, c’est moi qui décide », la victoire la plus spectaculaire et inattendue de l’histoire des élections présidentielles américaines.

D’autres expressions de la même époque incluent « flanquez-leur la raclée » et « brouillage de piste ».

Eisenhower

Le 12 janvier 1954 dans un discours au CFR (Council on Foreign Relations) le secrétaire d’Etat John Foster Dulles déclara que « la défense locale doit être renforcée par une dissuasion de force de représailles massives ». La couverture de presse résuma les 3 derniers mots en « représailles massives », et la politique américaine eut l’image d’un pragmatisme du type : il-vaut-mieux-que-vous-ne-fassiez-rien-ou-vous-allez-le-regretter. L’expression présageait une stratégie qui allait donner lieu à une génération de bombardiers à longue distance, de sous-marins atomiques et de missiles nucléaires.

En 1954, le président Eisenhower utilisa l’expression d’effet dominos afin d’expliquer pourquoi il pensait que les Etats-Unis devaient offrir de l’aide au Vietnam du Sud. L’idée était que si le premier domino (Vietman du Sud) tombait, alors les autres pays de la région suivraient rapidement. La théorie des dominos décrivait à l’époque la situation de l’Asie du Sud-Est à cette époque, mais Eisenhower ne proposait pas une généralisation de cette théorie des dominos. D’autres observateurs et gouvernements le feront après.

Durant la campagne présidentielle de 1956, Adlai Stevenson accusa l’administration Eisenhower de stratégie du bord du précipice, une politique de sécurité qui impliquait des risques de guerre à grande échelle pour imposer l’acquiescement aux adversaires. Le secrétaire d’Etat américain John Foster Dulles s’exprima sur l’importance d’aller au bord du précipice (« la possibilité d’aller au bord du précipice sans aller en guerre ») dans le numéro du 16 janvier 1956 du magazine Life. L’intellectuel anglais Bertrand Russell compara la stratégie du bord du précipice à celui d’un jeu de dupes, ce qui a peut-être amené plusieurs supporters parmi les plus durs du candidat Goldwater, lors de la Convention républicaine de 1964, à brandir des pancartes disant « il vaut mieux le bord du précipice que les poules mouillées » (NDT : jeu de mots sur « chicken game » jeu de dupes et chicken signifiant poulets).

D’autres expressions de l’ère Eisenhower incluent : « atomes pour la paix », « républicanisme moderne », « proposition de ciel ouvert », « remise en question douloureuse ».

L’ère Kennedy

Durant la campagne présidentielle de 1960, John Fitzgerald Kennedy affirma que la production de missiles américains était derrière la production soviétique, qualifiant ce retard de « déficit en missiles ». Le fait que les républicains étaient « faibles en défense » aida Kennedy à se hisser au poste et, une fois arrivé au pouvoir, il rejeta d’un revers de main l’idée de « déficit en missiles ». Arthur M. Schlesinger Jr., qui servit comme assistant spécial auprès du président Kennedy entre 1961 et 1963, qualifia ce sujet de fausse question.

Cherchant une étiquette susceptible de succéder à celle de la nouvelle donne, Kennedy mit en avant celle qui fut employée par le candidat républicain aux présidentielles de 1936, Alf Landon : La nouvelle frontière. L’expression avait été trouvée pour symboliser l’esprit de conquérant et la vigueur que Kennedy voulait apporter à sa présidence et amener les Américains à entrer avec dynamisme dans la nouvelle décennie car « la nouvelle frontière est là, que nous le voulions ou non ». L’impact réel de la nouvelle frontière de Kennedy est difficile à évaluer, car plusieurs de ses idées et propositions étaient encore au stade de l’ébauche quand il fut assassiné à Dallas.

En 1961 lors de son discours inaugural, Kennedy parla de la nécessité pour chaque Américain d’être un citoyen actif disant « Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». L’expression « Ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous » a pu être inspirée par Oliver Wendell Holmes et son discours du Memorial Day de 1884 : « C’est le moment (…) de vous souvenir de ce que le pays a fait pour chacun de vous et de vous demander ce que vous pouvez faire pour votre pays en retour ».

D’autres expressions de l’ère Kennedy comprennent « alliance pour le progrès », « je suis un Berlinois », « le relais a été passé », « la victoire a une centaine de parents » et « profils d’hommes courageux ».

L’époque Johnson

London B. Johnson utilisa l’expression de « meilleure donne » dans ses premiers discours, mais l’expression ne prit pas. Puis, le 23 avril 1964, devant un groupe pour une levée de dons : « Nous avons été appelés –entendez-vous ? – à construire une grande société de la plus haute valeur, une société non pas juste pour aujourd’hui ou demain, mais pour trois ou quatre générations à venir ». Le « entendez-vous » était un procédé un peu lourd pour faire entendre le slogan qui allait suivre, auprès du public en général.

Le terme de « guerre contre la pauvreté » décrivait selon Johnson son programme social. Par la suite, plusieurs programmes devinrent des « guerres ». Sous Johnson il y eut une « guerre contre le crime » et des « guerres contre l’ignorance ».

D’autres expressions de la même époque comprennent « fédéralisme inventif », « trouillards », « pas de guerre plus étendue », « un chien qui ne chasse pas », « sachons poursuivre » et « en campagne électorale chronique ».

Nixon avant le Watergate

La « vietnamisation » était un plan de Nixon pour désengager les forces terrestres du Vietnam, avec la mise en place en même temps de forces vietnamiennes du Sud (République du Vietnam). La qualification utilisée par le précédent président Johnson était l’expression bizarre de « dé-américanisation ». Le président vietnamien Thieu n’était pas un fan de la vietnamisation. Il pensait qu’elle donnait raison au Vietnam du Nord (République démocratique du Vietnam) qui accusait les Etats-Unis de passer la responsabilité du combat à des marionnettes et des mercenaires. Plus proches de nous, les termes « Irakisation » et « Afghanisation » (pour désigner l’entraînement, l’équipement et le transfert progressif du combat aux troupes et police locales) n’ont pas vraiment gagné l’attention du public américain.

Nixon employa l’expression de « majorité silencieuse » en 1969 dans un discours télévisuel destiné au public américain, dans lequel il essayait de gagner du temps pour sa politique de vietnamisation. L’idée derrière cette expression était que la masse du peuple américain pouvait faire l’histoire, même si les individus et leur opinion n’étaient pas assez intéressants ou assez originaux pour faire la une des journaux. En 1972, ils firent cependant l’histoire en élisant de nouveau Nixon dans une victoire magistrale à la Maison-Blanche, Nixon emportant 49 des 50 Etats américains.

Durant la course au Congrès de 1970, le vice-président Agnew employa des allitérations dans ses discours (pusillanimous pussyfooters, vicars of vacillation, etc.) afin d’inciter les journalistes à les reprendre. Le 11 septembre 1970 Agnew mit en avant une expression particulièrement répétitive devant l’assistance de la Convention républicaine de l’Etat de Californie : « Les nababs jacassant du négativisme (…) ont formé leur propre club des 4, les désespérés, les hystériques et les hypocondriaques de l’histoire ». Cette expression reçut quelques gloussements de la salle mais le journaliste du New York Times James « Scotty » Reston s’en moqua en la qualifiant de pire exemple d’allitération dans l’histoire de l’Amérique.

D’autres expressions d’avant l’affaire du Watergate comprennent « workfare », « la doctrine Nixon », « nouveau fédéralisme », « années sauvages », « plan de match », « capitalisme noir » et « articulation ».

La période du Watergate

Les expressions politiques générées par le scandale du Watergate (1972-1974) sont nombreuses et connues. Voici certaines d’entre elles qui donnent la tonalité de l’époque : « à l’instant présent », « grosse enchilada », « étouffer un scandale », « CREEP », « gorge profonde », « noyer le poisson », « jeux dangereux », « liste d’ennemis », « le privilège de l’exécutif », « tempête de feu », « cloisonner », « contrôle des dommages », « brutal », « inopérant », « lessivage d’argent », « pas de noyé au Watergate », « pas un voleur », « plombiers », « Massacre du Samedi Soir », « écran de fumée », « faire obstruction », « vol à la tire », « tourbillonner lentement dans le vent ».

L’ère Carter

Le président Jimmy Carter utilisa l’expression « équivalent moral de la guerre » en 1977 pour s’adresser à la nation et demander aux Américains d’être prêts à faire des sacrifices durant la crise énergétique. Dans les journaux, le discours de Carter et « l’équivalent moral de la guerre » ainsi que ses recommandations sur l’énergie, devinrent l’acronyme M.E.O.W. La terminologie elle-même a pu être empruntée aux interventions publiques de William James qui, en 1906, s’exprima à l’Université de Standford et plus tard dans un essai avec cet intitulé, publié en 1910.

Carter condamna la pratique du « déjeuner aux trois martinis » lors de sa campagne présidentielle de 1976. Il illustrait l’injustice des règles fiscales nationales en déclarant que la classe laborieuse subventionnait cinquante dollars de déjeuner servi avec des martinis (les hommes d’affaires pouvant déduire sur leurs frais ce type de repas). Après son élection, son adversaire le président en exercice Gerald R. Ford, dans un discours donné en 1978 à l’Association nationale des restaurateurs, déclara que le déjeuner à trois martinis était la quintessence de l’efficacité américaine : « Où d’autre peut-on se voir tirer l’oreille (earful), remplir le ventre (bellyful) et avoir la gueule de bois en même temps (snootful) ? ».

D’autres expressions sous Carter : « naître à nouveau », « l’adultère au cœur », « pureté ethnique », « gaspillage », « fraude et abus », « budget table rase ».

L’ère Reagan

Une publicité pour la réélection de Reagan montrait de belles scènes de l’Amérique (des gens allant au travail, une mariée dans sa robe, un enfant admirant le drapeau américain) le tout avec des rappels concernant la baisse de l’inflation et des taux d’intérêt, et une voix en fond déclarant « le jour se lève en Amérique ». Ce thème fonctionna pour Reagan qui gagna 48 Etats lors de la présidentielle de 1984. En 1993, le même thème fut l’objet de satire, perçu comme une réclame manquant de retenue. L’ancien sénateur démocrate, Gary Hart, commentant les années Reagan, déclara que la fête avait été amusante mais que le champagne avait perdu ses bulles et que ce n’était déjà plus le matin.

Reagan introduit le terme de « empire du mal » le 8 mars 1983 dans un discours pour la Convention de l’Association nationale des évangélistes, à Orlando, en Floride. Cette appellation se présentait comme un reproche moral contre la corruption générale du communisme. Critiquée à l’époque comme grossière et simpliste, cette expression est aujourd’hui considérée par beaucoup comme un jugement historique valide.

Lors des conclusions du débat télévisé du 28 octobre 1980 de Cleveland avec le président Jimmy Carter, le candidat Ronald Reagan demanda à l’assistance si elle était « mieux maintenant qu’il y a quatre ans ? ». Un tas d’électeurs répondirent par la négative, ce qui aida Reagan à gagner les élections de 1980. Douze ans après, avec une économie entrée dans une récession à double creux, Newsweek posa la même question. 38 pour cent répondirent oui et 58 pour cent, non. C’est à peu près la répartition du vote en faveur et contre le président George H. W. Bush.

D’autres expressions : « une ville en haut de la colline », « fatalement défectueux », « terrain de jeu équitable », « cela fait ma journée », « la guerre des étoiles », « jusqu’au bout de jusqu’au bout », « surprise d’octobre » et « venir à nouveau ».

George H.W.Bush

Le vice-président George H.W. Bush utilisa les termes de « plus douce et plus aimable nation » dans son discours d’acceptation de sa nomination aux présidentielles en 1988 et encore une fois lors de son discours inaugural. L’expression signifiait la volonté d’exprimer une vision de l’Amérique en paix. Toutefois, certains lui donnèrent une tonalité sarcastique. La première dame Nancy Reagan est censée avoir dit « plus doux et aimable que qui, au juste ? ».

Bush introduisit l’expression « une myriade de lumières » (une métaphore sur le bénévolat et le bénévolat collectif qui ne coûte rien aux administrés) lors de sa campagne présidentielle de 1988. Durant sa présidence, Bush attribuait le prix « du point lumineux » à des citoyens qui aidaient leur communauté locale par bénévolat. Dana Carvey utilisait fréquemment cette expression dans ses parodies de Bush dans l’émission En Direct du Samedi Soir.

Lors de son discours à la nation de 1991, Bush appela les nations à « tenir la promesse faite il y a longtemps d’un nouvel ordre mondial où la brutalité ne serait pas récompensée et où l’agression rencontrerait une résistance collective ». Les usages antérieurs de l’expression « nouvel ordre mondial » visaient moins à soutenir une harmonie internationale. Dans son autobiographie de 1965, Malcom X déclarait : « Faisons face à la réalité. Nous pouvons voir dans les Nations unies un nouvel ordre mondial en marche, selon les lignes de couleurs de peau, une alliance entre les pays colorés ».

D’autres expressions de George H.W. Bush comprennent « un trait dans le sable », « lisez sur mes lèvres », « bouger les lignes » et « comme un épouvantail sur un singe ».

Clinton

Lorsque, à une audience concernant l’affaire Monica, il fut demandé à Clinton pourquoi il n’avait pas corrigé l’affirmation de son avocat selon laquelle « cette relation n’est absolument pas sexuelle, en quelque façon ou manière que ce soit » le président répondit « cela dépend du sens du mot “être” ». Certains trouvèrent cette sémantique ésotérique emblématique de l’utilisation subtile et parfois changeante que Clinton faisait du langage. D’autres pensèrent qu’il espérait pouvoir échapper à la mise en accusation pour un écart de conduite insignifiant et un mensonge concernant son activité sexuelle.

Au milieu de son mandat, Bill Clinton déclara que l’ère du gros gouvernement était terminée. Beaucoup d’Américains n’y croyaient pas et les événements de la dernière décennie ont renforcé leurs doutes.

Dans son mémoire fleuve Dans les coulisses du bureau ovale (1988), le sondeur républicain Dick Morris, qui a changé de ligne politique pour conseiller Bill Clinton, écrit qu’il avait conseillé au président de trianguler (dessiner une ligne centralisatrice entre les positions traditionnelles des partis politiques en cooptant des éléments des programmes de l’opposition). Un certain nombre d’observateurs ont vu dans cette approche un mouvement stratégique vers le centre. Les républicains y ont vu la preuve d’un manque cynique de conviction.

D’autres expressions de cette époque incluent « l’homme lambda », « faire son retour inespéré », « je n’ai pas avalé la fumée (NDT : à propos de la marijane) » et « nouveau contrat ».

George W. Bush

En 2002, dans son discours à la nation, George W. Bush qualifia l’Iran, l’Iraq et la Corée du Nord, d’axe du mal. La puissance de cette expression réside dans son évocation de l’Axe, soit les ennemis des Américains durant la Deuxième Guerre mondiale, et mise en relation au problème éthique du « mal ». L’expression généra un nombre de variantes dans la presse populaire du type « l’axe des belettes » (pour l’Allemagne et la France qui ne se joignaient pas à la « coalition des volontaires » dans l’invasion de l’Irak), les « asses » du mal (pour Bush, Cheney et Rumsfeld) et les « axles » du mal (pour les comparer à des véhicules du type SUV qui pompent de l’essence).

L’expression « conservateurs pleins de compassion » était une expression de George W. Bush datant de sa campagne de 2000 pour obtenir l’investiture des républicains. C’était la version de Walker Bush, à rapprocher de celle de son père, « plus douce et plus aimable nation ». L’allitération date en fait de près d’un demi-siècle. Le New York Times l’employait en 1935 pour décrire le démocrate texan Sam Rayburn « dans l’action, un conservateur plein de compassion ».

Neuf jours après le 11-Septembre, le président Bush s’exprima à une séance commune des assemblées au Congrès : « Notre guerre contre la terreur commence avec Al Qaïda mais ne s’arrêtera pas là ». Techniquement parlant, la guerre contre la terreur est une combinaison de mots erronée. La terreur est plus une stratégie qu’un ennemi. Conduire une guerre contre la terreur serait comme conduire une guerre contre des bombardements aériens à longue distance, ou une guerre contre des champs de mines. Quand la tactique est substituée à un ennemi spécifique (par exemple Allemands, Japonais et Italiens pendant la Deuxième Guerre mondiale) la victoire finale est difficile à déterminer, et une guerre sans fin devient une option réaliste.

D’autres expressions comprennent « arracher et s’échapper », « décideur », « calendrier de la liberté », « mal sous-estimer », « attentisme et préjudice mous » et « rester dans la course ».

Martin H. Levinson, PhD
Président de l’Institut de sémantique générale, New York.
Avril 2014

Source : Academic journal article by Levinson, Martin H.
ETC.: A Review of General Semantics , Vol. 71, No. 2, April 2014

Titre original : Political Catchwords : Linguistic Maps That Shape Politics and Governance

Traduction/adaptation de l’américain par Vanessa Biard-Schaeffer, IGS Paris.

Notes

  1. Cet article est largement inspiré par l’édition révisée et augmentée du Dictionnaire politique de William Safire (Safire’s Political Dictionary), Oxford, New York, 2008, qui est un guide historique riche en anecdotes linguistiques, phrases et mots politiques, contenant 1800 termes et 1400 entrées.
  2. NDT : Les expressions et slogans contenus dans cet article ont été traduits en français, et il peut y avoir une perte de compréhension liée à cette traduction étant donné la spécificité du contexte dans lequel ces expressions sont nées. Il a cependant été préféré de faire une traduction aussi systématique que possible plutôt qu’un mélange d’anglais et de français à chaque expression.

Correspondance Polémia – 28/04/2015

Image : business-people  (Institut de Sémantique Générale)