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Invasion migratoire – Chroniques d’Allemagne : la crise des réfugiés se politise (5e partie)

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Presse allemande

♦ Tout porte à croire que les faveurs de l’opinion pour l’Union vont continuer à s’éroder : je ne serais pas surpris de la voir à peine plus de 25% à Noël.

La grande inconnue est en fait celle de l’électorat SPD, encore assez populaire, qui n’a pas encore déserté, mais qui est aujourd’hui traversé par un doute terrible.


L’AfD (Alternative für Deutschland) rattrape die Linke (Die Welt 8 nov.)
L’AfD exploite si bien la question des réfugiés qu’elle fait jeu égal avec die Linke dans le dernier sondage dominical. Un groupe d’électeurs est particulièrement tenté par le parti. C’est ce que montrent de nouvelles données.
(Selon l’article, l’AfD est créditée de 14% d’intentions de vote en ex-Allemagne de l’Est, contre 9% pour l’Allemagne entière ; cette proportion atteint 18% chez les hommes — NDT)

Tendances

Tendances (pour une meilleure lecture cliquer sur l’image)

Le politicien écologiste Beck attaque le maire de Tübingen (Handelsblatt 8 nov).
Après avoir soutenu les positions de la CSU dans la crise des réfugiés, le maire [écologiste] de Tübingen, Boris Palmer, doit affronter de violentes critiques des rangs de son propre parti : on l’adjure de ne pas « éclairer les voies de la CSU de ses feux follets ».

Le maire écologiste maintient sa ligne « CSU » (Handelsblatt 8 nov.)
Dernièrement, de jeunes membres du parti [écologiste] ont demandé à Boris Palmer qu’il rende sa carte s’il maintenait des positions différentes de celles de la direction fédérale. Mais celui-ci en a rajouté, avec une déclaration qui pourrait avoir été faite par un homme de la  CSU.
« J’ai contribué à créer un monstre » [dit Olaf Henkel, ancien n° 2 de l’AfD] (Handelsblatt 8 nov.)
Celui qui croyait que les querelles internes de l’AfD conduiraient à la disparition prématurée du parti de droite voit ses espoirs déçus. Les opposants à une politique d’asile généreuse y ont trouvé une maison. A Berlin, des néo-nazis se sont joints à la manifestation de l’AfD.

Seehofer et Schäuble soutiennent de Maizière (Handelsblatt 8 nov.)
Avec son appel à restreindre la protection des Syriens, le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière a jeté une pierre dans la mare. Un conflit ouvert s’embrase maintenant, au sein de la coalition et en interne au sein de l’Union.
L’automne de la chancelière. Histoire d’un échec d’Etat (Die Welt 9 nov.)
L’assaut des réfugiés a pris l’Allemagne à froid. Le gouvernement est sans défense, Berlin était averti. Comment il advint que la République fédérale se jeta tête baissée dans la plus grande crise de son histoire.

« 10% des réfugiés tombent dans la délinquance » (Die Welt 9 nov.)
Le patron de l’association des fonctionnaires de police criminelle reproche aux politiques d’avoir ignoré pendant des années les mises en garde sur l’arrivée massive de réfugiés. Il exige que l’on éclaire les citoyens sur les risques sécuritaires.

Dieu contre Merkel (Handelsblatt 9 nov.)
La discussion sur le regroupement familial des réfugiés syriens révèle dans quel dilemme de politique intérieure la chancelière se débat.
Le directoire de la CDU veut restreindre le regroupement familial [pour les réfugiés] (Handelsblatt 9 nov.)
Le ministre de l’Intérieur Thomas de Maizière est-il un précurseur ? Avec son appel à limiter le flux de réfugiés, il a provoqué des remous au sein de la coalition. Mais d’autres sons de cloche se font désormais entendre à la CDU.
« Les jours de chaos » au sein de l’Union affectent la coalition (Handelsblatt 9 nov.)
Un conflit succède au précédent : le SPD critique Thomas de Maizière pour son plan visant à restreindre la protection des réfugiés syriens. Pourtant, au sein de l’Union, le ministre de l’Intérieur a trouvé quelques éminents soutiens.

« Nous n’avions pas parié là-dessus » (Frankfurter Allgemeine 9 nov.)
L’offensive du ministre de l’Intérieur fédéral pour interdire aux Syriens le regroupement familial provoque de violentes discussions. Le SPD n’est pas seul à être exaspéré : « De Maizière est un récidiviste ». En revanche, la chancelière lui conserve toute sa confiance.

Les migrants prennent le contrôle de l’île Christmas (Die Welt 9 nov.)
Selon Die Welt, le centre où les autorités australiennes regroupent les illégaux a connu une révolte de ses pensionnaires hier dimanche 8 novembre ; il aurait été réduit en cendres ; les forces de sécurité sont en fuite.


Les Verts remettent en question les fondamentaux de leur politique d’asile (Die Welt 9 nov.)
Dans la crise des réfugiés, les vieilles certitudes écologistes vacillent : l’exigence centrale de placer sur un pied d’égalité les demandeurs d’asile et les bénéficiaires de Hartz IV est remise en cause. Un conflit fondamental menace.


Merkel et le directoire de la CDU soutiennent de Maizière (Die Welt 9 nov.)
Soutien pour Thomas de Maizière: le directoire de la CDU soutient l’idée d’une limitation du regroupement familial pour les réfugiés. Le ministre de l’Intérieur jouit « évidemment » de la confiance de la chancelière.

Commentaires :

Un nouveau sondage.

Insa/YouGov donne l’AfD à 10%, à égalité avec les Verts et un point en-dessous de Die Linke ; l’Union serait à 34% :

La crise actuelle n’affecte que de manière marginale les intentions de vote pour les Verts et Die Linke : on peut s’attendre raisonnablement à ce que les intentions de vote pour ces deux partis restent stables aux environs de 10% dans les prochains mois. Le FDP va très vraisemblablement continuer à osciller autour de 5%. Tout porte à croire que les faveurs de l’opinion pour l’Union vont continuer à s’éroder : je ne serais pas surpris de la voir à peine plus de 25% à Noël. La grande inconnue est en fait celle de l’électorat SPD, encore assez populaire, qui n’a pas encore déserté, mais qui est aujourd’hui traversé par un doute terrible. En témoigne cet article du Frankfurter Allgemeine, assez long, mais qui traduit le désarroi des simples militants :

Où est le SPD, dans la crise des réfugiés ?

Le SPD et son président, Gabriel, se présentent dans la crise des réfugiés comme le parti de la « Willkommenskultur », au coude à coude avec la chancelière fédérale Merkel. Du coté de la base, cela n’est pas apprécié partout.

Il y a aussi l’article suivant, toujours du Frankfurter Allgemeine

Se gagner les faveurs du pays dans « les jours de chaos ».

Désamorcer les crises si nécessaire, montrer les muscles si possible : comment les sociaux-démocrates gèrent le rejet chaque jour plus évident du partenaire au sein de la coalition.

Si le SPD serre les boulons partout, et que la propagandastaffel fait bien le job pour empécher la fuite vers l’AfD, le SPD pourrait se maintenir aux alentours de 25%. Sinon, il devrait à son tour commencer à s’éroder – cela dépendra évidemment de la deuxième vague de migrants, que l’on nous annonce, et de la façon dont on aura passé l’hiver d’ici-là …
On s’achemine en tout cas vers une situation intéressante à moyen terme – c’est-à-dire pour les élections au Bundestag, avec une « Grosse Koalition » (Union + SPD) incontournable, voire la nécessité d’un troisième larron (FDP ou Grünen) pour obtenir une majorité à la chambre basse.
Pendant ce temps, l’AfD devrait continuer à grimper tranquillement : on peut, avec prudence, tabler sur un 15% à la fin de l’année pour l’Allemagne entière, avec toujours une forte avance à l’Est – jusqu’à 20%?
(Frankfurter Allgemeine 11 nov.)

Selon un sondage, l’AfD atteint pour la première fois la barre des 10%

Selon les instituts de sondage, la crise des réfugiés provoque un basculement en profondeur de l’opinion. Le bénéficiaire principal en est l’AfD. Les spécialistes de sciences politiques attestent de la proximité grandissante du parti avec les thèses de l’Extrême droite.

On notera, au passage, la petite phrase repoussoir/pare-feu à la fin du préambule de l’article, au cas où … On présente dans un seul article des résultats de sondage – éléments à peu près objectifs (!) – et des opinions de censeurs : cela ne mange pas de pain de rappeler au bon peuple certaine vérité.

Par ailleurs, je trouve la presse française étonnement discrète sur les événements en cours sur l’ile Christmas … On voudrait éviter de donner un modèle aux habitants de la « jungle » de Calais ?

Un contributeur résidant en Allemagne
Grand lecteur de la presse locale
10/11/2015

Correspondance Polémia – 11/11/2015

Voir :

Invasion migratoire : Polémia vous révèle ce que les médias vous cachent sur l’Allemagne (1re partie)
Invasion migratoire : Polémia vous révèle ce que les médias vous cachent sur l’Allemagne (2e partie)
Invasion migratoire : Polémia relève les grandes tendances dénoncées par la presse allemande. (3e partie)
Invasion migratoire – Chroniques d’Allemagne : la crise des réfugiés se politise (4e partie)

Image : Le président du Groupe AfD de Thuringe, Björn Hocke, annonce lors d’une manifestation son hostilité à la politique d’asile à Erfurt.