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Novlangue : Interview de Michel Geoffroy par le quotidien Présent

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Michel Geoffroy, essayiste.

♦ La novlangue, le mot créé par George Orwell dans son roman 1984, est passé dans le langage courant. Les médias en sont friands.

Michel Geoffroy, membre de la fondation Polémia, spécialiste de la « bataille du volabulaire », est l’auteur avec Jean-Yves Le Gallou du Dictionnaire de novlangue récemment paru aux édtions Via Romana.


— Votre ouvrage n’est pas seulement un dictionnaire, c’est un livre d’analyse. Ainsi propose-t-il une grille de lecture de cette novlangue médiatique. Pouvez-vous nous en dire davantage sur les différents types de mots utilisés par les médias ?

— Plus précisément notre dictionnaire distingue cinq catégories de mots utilisés en novlangue : les mots trompeurs, sidérants, subliminaux, tabous et marqueurs.

Les « mots trompeurs » désignent souvent le contraire de ce qu’ils prétendent représenter, comme dans famille monoparentale par exemple : car une famille séparée et éclatée puisque réduite à un seul parent est tout le contraire d’une famille ! La novlangue correspond ainsi souvent à des euphémismes, inappropriés à la situation que l’on veut décrire mais utilisés dans l’intention de tromper ; exemple : jeune pour désigner une personne d’origine immigrée, incivilités pour désigner des délits, etc.

Les « mots sidérants » sont terroristes et destinés à empêcher toute réflexion et tout débat critique, en imposant une association d’idée conditionnée, soit sur le mode répulsif soit sur le mode positif :

– sur le mode répulsif, il s’agit de diaboliser les idées contraires à la doxa dominante et ceux qui les expriment ; ainsi en novlangue un démocrate devient un populiste, un patriote devient un xénophobe ou un raciste, et celui qui refuse l’islamisation devient un islamophobe.

– sur le mode sidérant positif, il s’agit de placer les commandements de l’idéologie dominante à l’abri de toute contestation en leur donnant l’apparence d’un impératif moral absolu : d’où la référence omniprésente à la notion de valeurs, destinée à détruire tout sens critique (ainsi il serait impératif d’accueillir tous les réfugiés car cela serait conforme à nos valeurs, comme dit Mme Merkel).

Les « mots subliminaux » sont destinés à créer des réflexes pavloviens chez le récepteur. Comme les images subliminales impactent le cerveau mais non la rétine, ces mots sont destinés à provoquer des associations d’idées inconscientes dans l’esprit du récepteur. Les mots subliminaux se recoupent parfois avec les mots sidérants car leur fonction est la même. Exemples : les mots destinés à déconsidérer les dissidents comme pactiser (avec l’extrême droite), tentation (protectionniste), peur, frilosité, banalisation (qu’il faut dénoncer ou refuser), tollé, polémique, dérapage, nauséabond (idées).

Les « mots tabous » ont été expurgés de la langue car ils véhiculent des concepts contraires à l’idéologie dominante. Il s’agit donc de mots qu’il est interdit de prononcer désormais, sauf à commettre un « crime par la pensée » et risquer des poursuites judiciaires. Ce sont donc par contrecoup des mots dissidents. Exemples : Race blanche (comme l’a vu Nadine Morano à ses dépens), guerre de civilisation, colonisation, invasion (de l’Europe), puissance, souveraineté, frontières, nation, patrie, ordre, vertus (on leur préfère, bien sûr, les prétendues valeurs), identité et préférence nationales.

Enfin, les « mots marqueurs » jouent le rôle de signes de reconnaissance entre les dévots du Système. Par exemple les mots traduisant la volonté de déconstruire l’identité nationale : bousculer, faire bouger, moderniser, faire de la pédagogie (car les Français s’obstinent à ne pas apprécier ce que l’oligarchie fait pour eux !), irréversible. Ou bien les mots traduisant l’adhésion au Grand Remplacement : pluriel, métissage, mosaïque, nomade, ouverture (à l’autre), partage, diversité, planète.

Il va de soi que ces différentes catégories ne sont pas exclusives les unes des autres et qu’elles peuvent se combiner.

— Face à la novlangue, comment réagir ? Comment la désamorcer ?

— La première chose à faire est de dénoncer la novlangue pour ce qu’elle est : une idéologie militante qui cherche à nous tromper ; et de montrer par conséquent que les journalistes qui l’utilisent sont des partisans au service des puissances financières qui dirigent les médias occidentaux.

C’est notamment ce que fait la Fondation Polémia avec la cérémonie des Bobards d’Or qui permet de couronner les journalistes auteurs de la plus belle désinformation ou de la plus remarquable censure. C’est ce que fait aussi Jean-Yves Le Gallou avec son émission i-média sur TV Libertés.

Il faut à chaque fois dénoncer les travers et les manipulations ridicules de la novlangue car, comme elle avance masquée, la dénoncer c’est l’affaiblir.

Dénoncer le caractère partisan et militant de la plupart des journalistes (qui dans toutes les études d’opinion se classent majoritairement à gauche ou à l’extrême gauche, soit en décalage marqué avec l’opinion française majoritaire) est un autre moyen d’affaiblir le politiquement correct. Il faut aussi utiliser les mots justes pour désigner la vérité des choses : c’est l’objet de la réinformation de rétablir les faits, porter à la connaissance du plus grand nombre ce que le Système cherche à cacher et dénoncer les bobards médiatiques.

Il faut se réinformer sur les médias dissidents et étrangers, car la liberté de la presse est moins assurée en France qu’ailleurs en Europe : au classement de RSF 2015 la France se situe au 38e rang pour la liberté de la presse, entre le Cap Vert et l’Afrique du Sud… Il faut aussi aider les médias dissidents à vivre libres, c’est-à-dire sans publicité.

Enfin, il ne faut plus hésiter à réutiliser les mots tabous, c’est-à-dire qu’il ne faut pas hésiter désormais à tenir un discours dissident. Car ces mots disparus de notre langue sont aussi des mots nouveaux pour contrer le Système et ils rencontrent en outre un large écho dans l’opinion.

Toutes ces actions, tous ces exemples pris isolément peuvent paraître de faible efficacité face à la puissance d’ahurissement du Système. Mais elles ont un effet systémique donc cumulatif et multiplicateur car la dissidence, comme le courage, est contagieuse.

— Malgré le poids des grands médias sur l’opinion, peut-on constater que la manipulation par le langage a des limites quand elle se heurte par trop à la réalité ? Avez-vous des exemples ?

— Les partisans de la novlangue croient à un monde magique où les mots, les incantations, pourraient changer la réalité. Mais cela ne se passe pas ainsi dans le monde réel.

En outre tout le monde sait désormais décoder le discours novlangue : on sait bien que les djihadistes ne sont pas vraiment « belges » ou « français » mais qu’ils ont surtout d’autres caractéristiques que le Système s’efforce de nous cacher. Le ridicule est en train de tuer la novlangue.

Michel Geoffroy
Propos recueillis par Philippe Vilgier
20/02/2016

Jean-Yves Le Gallou et Michel Geoffroy, Dictionnaire de Novlangue, Edition Via Romana, octobre 2015, 255 pages.

Source : Présent, Hors Série Mars – Avril 2016

Voir : Dictionnaire de Novlangue, présenté par Marc Bertric
http://www.polemia.com/dictionnaire-de-novlangue-de-jean-yves-le-gallou-michel-geoffroy-et-polemia/

Correspondance Polémia – 10/03/2016

Image : Dictionnaire de Novlangue (Troisième édition)