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France. Election présidentielle 2017. Les «Primaires»: piège à c…?

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Uli Windisch, essayiste

♦ Un méchant coup d’œil venant de la Suisse et une apologie de la démocratie directe.

Je tiens à signaler à nos contributeurs et lecteurs pourquoi Lesobservateurs.ch ne parleront pas, ou très très peu, de ces Primaires en cours en France. Inutile donc de nous envoyer des articles sur le sujet et sur les combats de coqs et d’ego surdimensionnés auxquels cela va donner lieu ces prochains temps.

Je trouve le début de ce spectacle indigne de la politique et des citoyens français et pas uniquement parce qu’il y a parmi ces candidats des repris de justice, une réalité incroyable et scandaleuse. Quelle honte que d’oser simplement se présenter avec de telles casseroles derrière soi. Et pourtant ce spectacle va occuper une grande partie du monde politique, des « élites » et des médias pendant des mois.


Ce petit monde de candidats nombrilistes et hors sol et dont certains sont personnellement responsables de l’état désastreux dans lequel se trouve la France, un pays que j’ai admiré et qui était une référence centrale dès mon enfance, osent subitement venir nous faire croire qu’ils vont sauver la France et lui redonner ses rôles d’antan ; cela dans un spectacle où chacun dénie à tous les autres la moindre compétence.

Les citoyens français valent mieux qu’un spectacle aussi avilissant.

Un pays à régime politique hypercentralisé dépendant complètement d’une sorte de « sauveur », forme abâtardie de la royauté, est totalement dépassé et ne peut que contribuer à aggraver la situation, sauf miracle, auquel les citoyens, contrairement aux prétentions des roitelets candidats, ne croient plus.

Donner l’occasion à un peuple entier de se prononcer seulement tous les 5 ou 7 ans sur LE responsable suprême devant amener le pays entier vers un avenir radieux revient à se moquer du peuple et à lui assigner un rôle indigne.

Aujourd’hui nos pays comprennent des citoyens au plein sens du terme, éduqués, informés, conscients des problèmes  et ayant même des idées et des désirs très concrets et précis sur les possibilités de leur résolution. Seuls des pays très participatifs  auront des chances d’être à la hauteur de cette fameuse montée des profanes. Si on consultait davantage les citoyens, bien des dérives destructrices seraient à coup sûr été évitées. Pour leur résolution, ces moyens existent pourtant et, suivant les appellations, il s’agit du Référendum ou de l’Initiative populaire, parfois on parle même de Référendum d’initiative populaire ; dans certains régimes politiques il s’agit de deux moyens politiques totalement différents, le référendum permettant de s’opposer à des décisions du Parlement tandis que l’initiative populaire permet de partir de la base de la population qui elle peut précisément prendre l’initiative de faire des propositions politiques qui doivent ensuite être mises en application si elles sont acceptées en votation.

Actuellement, certains acteurs politiques français évoquent  l’introduction de tels moyens de participation citoyenne. Mais la plupart du temps certaines de ces propositions en cours, du moins celles des pouvoirs en place, sont tellement restrictives et difficiles à mettre en œuvre qu’elles s’avèrent en fait irréalisables, et cela est sans doute voulu. Ce qui témoigne de ce qu’il y a de plus grave : une méfiance viscérale envers le peuple, les citoyens de base, qui ne peuvent qu’être irrationnels, voter avec leurs tripes, brefs incompétents; les compétences étant l’apanage de la seule énarchie et autres super-compétents. Si c’était vrai le pays ne serait  pas dans l’état où il se trouve.

Le peuple ne peut  qu’être « populiste » un des termes les plus décriés et qui sent mauvais le mépris.

On n’en sort pas : c’est la méfiance envers le peuple et la crainte de ce dernier qui sont à la base de ces proposition les plus timorées. Le référendum devient alors un alibi, une façon de dire : on s’en occupe de vous, pas de soucis.

Prétendre gouverner pour le peuple, au nom du peuple, pour le bien du peuple, revient en réalité à gouverner de plus en plus contre ce peuple et ses vrais intérêts. Mais à trop tendre la corde elle risque de se casser et c’est ce qui pourrait bien arriver en France tant la situation devient explosive au sujet de certains problèmes politiques, car ces derniers sont volontiers abordés en sens contraire des volontés citoyennes.

Il faut en revanche signaler que du côté du Parlement français un assez grand nombre de députés ont compris son importance  et travaillent de manière très convaincue et convaincante à des formes de référendum qui correspondent à l’état d’esprit politique défini ici. Ils ne représentent de loin pas  la majorité mais le signal semble assez fort et déjà bien partagé.

C’est une révolution cognitive qu’il faut pour éviter des révolutions politiques, qui comme chacun  sait finissent par priver de tout pouvoir ceux qui voulaient se le réserver en exclusivité.

Solution possible : un gouvernement et  un président, s’il en faut absolument un, mais alors  de nature très différente, comprenant une équipe de gens ayant un sens politique et faisant passer les intérêts de la nation avant les leurs. Pour cela il faut enfin de l’humilité, la qualité sans doute la plus rare, et une capacité d’écoute et des décisions approuvées par des majorités de citoyens.

Concrètement, cela suppose des pratiques participatives, référendaires et régulières

Ces pratiques s’éxerceront sur des problèmes jugés fondamentaux par les citoyens eux-mêmes, surtout sur les problèmes les plus « chauds » et « brûlants » du moment, de ceux qui vont déterminer les grandes orientations d’un pays. Une telle démarche fournit alors un élément déterminant  à la prise de décision : la légitimité, ce qui manque le plus et est la cause de tant de conflits et d’échecs.

En introduisant 3-4 fois par an des consultations de ce type, sur 2-3 sujets à la fois, on change totalement le climat politique, on abréagit bien des tensions, on se rapproche des citoyens et ces derniers se sentent moins méprisés et rejetés. L’effet est garanti et d’ordre structurel. On casse aussi les sectarismes et intransigeances sectorielles, corporatives, etc.,  car les décisions correspondent cette fois aux souhaits et intérêts de la majorité, empêchant ainsi les égoïsmes des petits collectifs de bloquer et de nuire à tout le pays.

J’avais écrit un article dans ce sens dans un grand quotidien français il y a déjà plus de 20 ans.

L’intérêt, à ma grande surprise, était considérable.  Au point que j’étais invité à faire un dossier sur le fonctionnement concret et quotidien de la démocratie directe suisse pour les services de la présidence française du moment. Sans doute parce que le président de l’époque, Jacques Chirac, avait une réelle sensibilité populaire et souhaitait associer davantage la population à la politique. On m’avait demandé de prendre le premier contact avec l’ancien président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazaud, qui avait alors été envoyé en Haute-Savoie car le président Chirac se souvenait qu’il aimait la montagne.

Mais les choses ne se sont pas très bien passées. J’ai expliqué le système politique suisse à P. Mazeaud qui a failli me mettre à la porte d’emblée en me disant qu’on allait quand même pas voter tous les dimanches en France comme en Suisse. J’ai juste eu le temps de lui dire que ce n’était vraiment pas tous les dimanches mais bien quatre  fois par an et sur plusieurs sujets à chaque fois, avant de prendre la porte si généreusement offerte.

J’ai quand même fait un rapport pour les services de la présidence mais j’ai vite compris que le président était assez seul à vouloir aller dans le sens proposé et que le personnel politique du sommet du pouvoir était très opposé et avait visiblement réussi à dissuader le président. J’ai tout de même reçu les remerciements de son chef de cabinet, et qui regrettait que le président ne puisse me recevoir personnellement pour cause d’agenda surchargé.

J’ajoute ci-dessous un texte, sur le thème du présent article, que j’ai écrit à la suite du référendum français sur la Constitution européenne en mai 2005, Constitution qui avait donc été refusée. Mais le président, un autre à ce moment-là, N. Sarkozy, n’en avait tenu aucun compte  et avait passer outre.

Ce n’est pas ainsi que se pratique la démocratie référendaire présentée ci-dessus et ci-dessous.

Uli Windisch
3 octobre 2016

Uli Windisch, sociologue et essayiste suisse, est professeur à l’université de Genève. En 2011, avec deux confrères, il a en projet la fondation d’un média promouvant un courant de pensée conservateur. lesobservateurs.ch est lancé le 1er février 2012, sans qu’Uli Windisch accepte de dévoiler l’actionnariat du nouveau journal numérique. Il appartient à WindischMediaProd SA.

Source : Les Observateurs.ch

Correspondance Polémia – 8/10/2016

Image : Malaise dans la démocratie

Texte annexe et complémentaire

Le Référendum plébiscitaire et le Référendum comme pratique politique quotidienne

A propos du NON français à la Constitution européenne du 29 mai 2005

Par Uli Windisch, essayiste

En tant que téléspectateur suisse, originaire de ce pays et habitué à un système politique éminemment participatif comme celui de la démocratie directe avec référendum, j’étais abasourdi en suivant le débat télévisé qui a précédé le vote de la France sur le référendum relatif à l’acceptation de la Constitution européenne du 29 mai 2005.

Ce débat mettait donc en scène sur le plateau de TF1 le président Jacques Chirac, quelques journalistes et plusieurs dizaines de jeunes. Ce n’est pas le fait que les journalistes et les jeunes aient été triés sur le volet qui m’a le plus frappé, même si cela est difficilement concevable dans un régime politique et le télévisuel comme ceux de la Suisse, puisque la démocratie référendaire suisse se situe à l’opposé du type de communication politique dont a fait l’objet le débat français susmentionné.

Première surprise : le fait que le président Jacques Chirac puisse se retrouver seul responsable politique présent, et donc susceptible de répondre à toutes les questions sur tous les thèmes et questions des journalistes et d’une centaine de jeunes! Comment, de nos jours, avec la complexité de nos sociétés, imaginer un surhomme ou un Superman, même président d’une grande nation, en mesure d’assumer une telle fonction et de répondre à une aussi formidable attente. Cela me paraissait  tout à coup complètement surréaliste comme situation et comme conception du débat politique. N’était-ce pas là le signe d’un profond décalage entre le Pouvoir et les citoyens, une mise en évidence et en scène, du fameux « fossé » entre la base et le sommet, entre la classe politique et l’ensemble de l’électorat.

A plusieurs reprises d’ailleurs, le président lui-même, réellement surpris, avouait ne « pas comprendre » certains jeunes, tous pourtant déjà triés sur le volet, afin d’éviter une confrontation chahutée et débridée. Autre aspect surprenant et peut-être inconscient, que révélait une telle conception du débat, de la délibération et de la communication publiques : apparaître ainsi comme seule et unique incarnation du pouvoir c’est aussi prendre le risque de se présenter comme cible idéale et unique sur laquelle tout le monde peut s’acharner et tirer à volonté, si je puis dire.

Dans le cas présent, la personne du président incarne certes le pouvoir et le gouvernement, mais il devient aussi le responsable principal de toutes les insatisfactions, problèmes, difficultés et autres grondements populaires. Cela  d’autant plus que dans un tel système politique, un autre acteur, l’opposition, attend, guette et se réjouit de la moindre « erreur » de la majorité au pouvoir.

Le référendum étant rare, très rare, en France, il y avait aussi le risque que l’on ne se prononce pas sur le sujet soumis à ce référendum-là, mais que ce dernier devienne, à cette occasion rare, le catalyseur de toutes les frustrations de la nation, bien au-delà du seul thème agendé.

C’était offrir à tous les mécontents et mécontentements un bouc émissaire idéal.

Tout en se posant, le président s’exposait à tous les dangers, prêt à être adulé mais aussi immolé. Le risque de suicide politico-symbolique est peut-être toujours présent dans un référendum de type plébiscitaire.

C’est bien là tout le problème d’un référendum qui n’en est pas réellement un et sans doute plus guère d’actualité ni en osmose avec le Zeitgeist [l’esprit du temps] éminemment participatif de notre époque. En France, le référendum dépend de la volonté du Prince ; c’est lui qui l’initie et qui décide quelle question il veut bien soumettre au peuple citoyen, avec le risque que ce dernier n’y voit qu’un piège, « référendum piège à c… ». Le peuple peut avoir l’impression que le Prince veut, en premier lieu, faire du référendum un plébiscite personnel, au-delà de l’objet du référendum, en ne choisissant  que des sujets qui seront à coup sûr acceptés et à son avantage.

Mais l’électorat peut devenir méfiant lorsqu’on ne lui propose jamais de se prononcer sur des thèmes jugés, par lui, fondamentaux et qui l’intéressent concrètement et quotidiennement.

Plus généralement, il faut prendre acte du fait que les formes de la participation et de la communication politiques ont profondément changé de nos jours et cela dans de très nombreux pays. Les sensibilités politiques ne sont plus les mêmes. Les exigences de participation des électeurs deviennent d’autant plus affirmées que ces derniers sont devenus plus informés et plus compétents, contrairement à ce que l’on pense dans une optique politique technocratique et énarchique.

Il est parfaitement possible de continuer à gouverner aujourd’hui mais à condition de consulter l’électorat et de le faire participer réellement. Les réflexes d’exclusivité de la part du pouvoir et sa rigidité intransigeante deviennent un véritable danger. Consulter, faire participer, communiquer et pas seulement informer à sens unique, deviennent des pratiques impératives en même temps qu’elles peuvent tenir lieu de sas de décompression politique. Aujourd’hui chacun veut avoir son mot à dire. Tout doit pouvoir être discuté par tous ; conception certes insupportable pour les tenants d’un régime politique qui ne cherchent que le plébiscite du peuple, mais c’est dans ce sens que les réalités sociales et politiques évoluent inexorablement. La politique a profondément changé de nature, plus vite que les politiciens eux-mêmes souvent. Ce n’est pas un référendum qu’il faut tous les cinq, six ou sept ans, c’est l’ensemble de la vie politique qui est en train de devenir référendaire, c’est-à-dire basée sur la consultation, la délibération et la participation constantes de tous les acteurs d’une société donnée. Cela prend certes plus de temps mais évite nombre de crispations, de blocages et même certains mouvements  réactifs, qui peuvent devenir d’autant plus violents qu’ils ont longtemps été écartés de toute possibilité d’expression et de participation. Etre démocrate aujourd’hui c’est croire, malgré tout, en la capacité et en la force de la discussion et de l’argumentation généralisées pour répondre aux problèmes les plus brûlants et urgents de nos sociétés.

Dans l’optique de la vision technocratique, omniscience et pressée de la politique, on doit réaliser que le temps de la discussion n’est pas toujours du temps perdu. En effet, aujourd’hui, on ne se contente plus de déléguer, de demander à d’autres d’agir à notre place. La volonté de prendre part à la discussion politique des grands problèmes de société fait partie du nouvel esprit du temps. Il ne s’agit pas d’un effet de mode passager mais bien d’une lame de fond. Le peuple n’est ni idiot ni passif ; il possède même les ressources nécessaires pour se prononcer sur des problèmes complexes. Cela, dans la mesure où les spécialistes et les autorités savent traduire la technicité et la complexité de certains thèmes politiques en enjeux de société, savent montrer quelles seront les conséquences de tel ou tel choix sur l’orientation générale de la société. Le citoyen ordinaire sait quel type de société il veut ou ne veut pas. C’est sur ces enjeux que doit porter la discussion politique.

Le débat public et la communication politique donnent aux citoyens la possibilité de choisir entre différentes orientations possibles de la société, tout en participant au processus qui aboutit à la définition même de ses différentes options.

Si avec la multiplication des possibilités d’information et de discussion, la très grande majorité des citoyens sont plus informés et compétents que jamais, la méfiance envers le peuple reste pourtant grande ; il s’agit d’un véritable réflexe conditionné chez certaines élites.

Il faut savoir faire confiance, faire discuter les problèmes brûlants de notre époque et  faire participer le plus grand nombre aux choix de société. Les forces politiques qui réussissent à mettre en pratique cette triple exigence ont des chances d’être à la hauteur des défis de nos sociétés. La pratique référendaire peut y contribuer. Lors de nombreux exposés faits en France sur le fonctionnement et la pratique référendaires en vigueur en Suisse et ailleurs, et notamment sur ses effets sur le climat politique général, j’ai pu faire un double constat : un intérêt très considérable de la « base » de la population et une certaine méfiance, parfois une franche hostilité, du côté d’une grande partie des politiques et des plus hauts magistrats, certains politiques estimant avoir été élus pour gouverner seuls jusqu’aux prochaines élections. Or, le fossé se creuse entre élus et électeurs et le risque de rejet du « monde politique » s’amplifie et l’infidélité partisane va croissant.

Ce qui compte, ce n’est pas tant le degré de démocratie participative, mais l’état d’esprit général qu’elle induit. C’est la discussion publique généralisée (à la maison, au travail, au café, avec les amis, etc.) qu’entraîne un référendum sur un thème politique important qui importe ; soit une ambiance de participation collective, de création de lien social et politique et même festif (la citoyenneté peut être à la fois civique et ludique). Bref, un climat autre que celui du sentiment de mépris, d’impuissance et d’exclusion que ressent un nombre de plus en plus grand de citoyens de nos sociétés.

On ne rappelle sans doute pas assez qu’un climat politique malsain favorise tôt ou tard la naissance de mouvements réactifs et extrémistes plus ou moins massifs et violents. L’ouverture d’un système politique favorise au contraire la discussion publique. Elle fait avancer, elle prépare des solutions. Par la délibération, le citoyen est aussi maintenu en activité citoyenne. La délibération publique généralisée est en train de remplacer les Dogmes et les Evidences, que ces évidences soient politiques, idéologiques ou autres. Discuter plus, dénigrer et haïr moins. La pratique référendaire peut, elle aussi, y contribuer, dans la mesure où elle devient régulière et s’applique à des problèmes de société considérés comme primordiaux par les citoyens eux-mêmes.

Uli Windisch,
Printemps 2005

Uli Windisch, sociologue et essayiste suisse, est professeur à l’université de Genève. En 2011, avec deux confrères, il a en projet la fondation d’un média promouvant un courant de pensée conservateur. lesobservateurs.ch est lancé le 1er février 2012, sans qu’Uli Windisch accepte de dévoiler l’actionnariat du nouveau journal numérique. Il appartient à WindischMediaProd SA.

Source : Revue Quaderni, N° 60, printemps 2006

Correspondance Polémia – 8/10/2016