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FN et vote bourgeois : encore un effort, camarades !

FN et vote bourgeois : encore un effort, camarades !

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Philippe Christèle, consultant international

♦ Les résultats sont tombés. Avec plus de 25% des voix, le FN grappille 2% des sièges.

Une fois passées les légitimes congratulations, force est de constater que le succès électoral n’amène pas l’efficacité recherchée : celle de la prise du pouvoir. Et ce de manière d’autant plus frustrante que le bilan des maires FN, salué par les urnes, montre que la gestion FN, ça marche.


A tête froide, l’enseignement du scrutin le plus dangereux pour le FN est le suivant : il y a une porosité très forte entre l’électorat FN et les candidats UMP. Au 2e tour, lorsque son candidat est éliminé, l’électeur FN soutient largement le candidat UMP. Le drame, c’est que l’inverse n’est pas vrai. De fait, l’électorat FN est volatil, capable d’être siphonné par l’UMP (cf. Sarkozy 2007) ; à l’inverse, l’électorat UMP, même dans le Bassin méditerranéen, ne se mobilise pas pour assurer la victoire du FN ; il s’abstient et même lui préfère jusqu’à la pire des gauches.

On a raison de vouer aux gémonies cet électorat bourgeois qui trouve toujours une bonne occasion de ne pas franchir le pas malgré l’état catastrophique de la nation. Et tout autant de dénoncer ses dirigeants, y compris leurs cadres locaux, qui participent du système qu’il faut abattre et dont il ne faut rien attendre.

Il y a néanmoins un effort à faire, au FN, pour développer sa capacité d’attraction auprès des électeurs de droite qui restent une cible de choix ; ce que Marine Le Pen ne nie d’ailleurs pas.

Culturellement, il y a, dans la droite nationale, un mépris et une haine du bourgeois qui fait primer l’intérêt égoïste du possédant sur toutes les démarches courageuses de renouveau. Ce sentiment a parfois été nourri de jalousies et d’aigreurs ; il est parfois plus naturel de haïr son voisin plutôt que celui qui est loin de vous. Ce sentiment affectif reste fort au FN et prive ses dirigeants d’une certaine forme de lucidité.

En arithmétique électorale dénuée de sentiment, cet électorat vaut pourtant bien celui qui vote encore à gauche, des sans-culottes égalitaristes aux bobos métissés des centres urbains.

A tout le moins, le FN pourrait, sans renier aucun de ses fondamentaux, montrer quelques preuves d’amour, sinon d’intérêt ou de connivence, à l’électeur de droite qui ne sera jamais révolutionnaire mais doit pouvoir être la force d’appoint pour gagner. Pour cela il faudrait :

  • Arrêter de claironner urbi et orbi qu’entre FN et UMP il s’agit d’une lutte à mort. Si l’on veut éradiquer ou faire exploser l’UMP, inutile de les prévenir et de souder autour de ses chefs son électorat. Sarkozy l’a bien compris, qui utilise à fond cet argument ;
  • Sortir du discours inquiétant sur la sortie de l’euro. Le soutien à Syriza, qui démontre chaque jour son imposture et son impuissance, n’a pas été heureux. Il faut d’urgence rééquilibrer le discours. La France patriote doit certes être celle qui protège, mais elle doit aussi être celle qui conquiert ;
  • Mettre en avant des personnalités qui portent ce discours. A Philippot le souverainisme et l’Etat stratège. A la belle Marion la tenue des fondamentaux. Il faut un troisième pilier. Il faudra des profils analogues aux régionales (chefs d’entreprise, cadres du privé, jeunes retraités, professions libérales, …) ;
  • Rechercher des occasions d’envoyer des clins d’œil. L’occasion de la Manif pour tous ayant été tragiquement gâchée, il faudra en trouver d’autres. La politique socialiste fournira son lot de prétextes.

Marine Le Pen a eu raison de prendre le risque de la dédiabolisation et faisant faire, parfois durement, un virage médiatique à son parti et à ses candidats. S’il faut être cynique, qu’elle le soit jusqu’au bout et sur tous les terrains.

Que le FN se donne les moyens d’aller séduire puis conquérir les 3-5 points UMP qui manquent à l’appel électoral. Aux régionales peut-être ou aux législatives de 2017, ce sont eux qui feront la différence entre un beau score et une victoire.

Philippe Christèle
30/03/2015

Correspondance Polémia – 31/03/2015

Image : Marine Le Pen