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Cop21

Croissance démographique et réchauffement climatique

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Yves Marie Laulan, économiste, géopoliticien, démographe, essayiste.

♦ La 21e conférence mondiale sur le climat (COP21), a accueilli du 30 novembre au 12 décembre au Bourget, près de Paris, 195 Etats qui se sont engagés à contenir « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement au-dessous de 2 °C », en un traité dénommé L’Accord de Paris. A en croire les médias, la tâche fut laborieuse, mais finalement « le président François Hollande, le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) Christiana Figueres et Laurence Tubiana posent main dans la main, les bras levés en signe de victoire. »

Tout va pour le mieux dans le meilleur de la planète, à ceci près que, l’homme ayant été déclaré le premier responsable du réchauffement climatique, la question démographique n’a pas été abordée.
Yves Marie Laulan traite cette question.
Polémia


La lutte contre la pollution est une priorité comme l’atteste la récente conférence COP21 et il faut s’en réjouir.

Mais elle a laissé dans l’ombre un paramètre essentiel de cette équation qui est la croissance démographique au plan mondial. Elle va passer de 7,3 milliards à plus de 11 milliards en 2100. Mais cette expansion se vérifie surtout au niveau de l’Afrique dont la population va quasiment quadrupler en passant de 1,2 milliard à 4,2 milliards.

Ce constat se démontre aisément. Si la pollution générant l’effet de serre est réduite de 20% mais que la population mondiale croît dans le même temps de 20%, toutes choses égales par ailleurs, le niveau de pollution restera rigoureusement identique. Si la pollution est réduite de 50% (hypothèse clairement hypothétique) mais que la population de la planète augmente de 50% en même temps, le niveau de pollution et le réchauffement climatique resteront inchangés. Or la population mondiale va passer de 7,5 milliards à environ 10/11 milliards fin 2100 et celle de l‘Afrique va quadrupler.

Il ressort de ce qui précède que ce que l’on pourra faire en matière de lutte contre le réchauffement climatique ne sera pas efficace si l’on n’agit pas en même temps sur le paramètre démographique. Car il existe une liaison étroite entre réchauffement climatique et la croissance démographique.

Or il n’est pas question, jusqu’à présent, de réduire les effets de serre mais simplement d’en limiter la progression de façon à cantonner le réchauffement climatique dans une fourchette de 1,5 à 2 degrés. Nous sommes loin du compte. On voit bien que les résultats obtenus à l’issue de la COP21 sont illusoires et les sonneries de trompe qui ont salué la fin de cette rencontre sont parfaitement dérisoires. Car elles négligent l’essentiel : l’explosion démographie de l’Afrique. Dès lors, vouloir limiter le réchauffement climatique à 2 degrés d’ici la fin de ce siècle est un objectif parfaitement irréalisable. Le facteur crucial serait de prendre les moyens d’amener l’Afrique à contrôler les naissances. Or on connaît les chiffres, avec un pic de 8 enfants par femme au Niger !

Jusqu’ici tous les efforts menés dans ce sens se sont révélés parfaitement vains. C’est que l’on se heurte ici à un double obstacle :

-en premier, l’extrême sensibilité des gouvernements africains en matière de souveraineté, lesquels de toute façon ne considèrent nullement le contrôle de la natalité comme une priorité, à l’inverse du gouvernement chinois il y a un demi-siècle ; outre que les gouvernements africains, même s’ils le voulaient, seraient bien en peine de mettre en œuvre une telle politique face à une population rétive et mal informée ;

-en dernier lieu, la religion musulmane, qui gagne progressivement la moitié du continent africain, loin de la décourager, tend à encourager la natalité où elle voit un instrument de conquête et de domination politico-religieuse.

On ajoutera que les institutions d’aide à l’Afrique, l’Agence française de développement au premier chef, la Banque africaine de développement, les Agences de l’ONU, n’osent guère s’aventurer sur ce terrain qu’elles estiment miné et préfèrent tranquillement, et aveuglément, continuer à financer des routes, des logements, des marchés-gares ou des hôpitaux. C’est plus sûr, même si cela ne règle rien : ni le problème africain ni celui du réchauffement climatique.

Le mirobolant plan d’électrification de l’ancien ministre Borloo, qui espère peut-être, à l’occasion de cet ambitieux programme, relancer une carrière politique défaillante, tombe dans le même travers. On ne voit pas en quoi le fait que l’Afrique aurait l’électricité dans tous les foyers pourrait en quoi que ce soit réduire la natalité… à moins d’espérer que les Africains ne préfèrent regarder la télévision plutôt que de faire des enfants.

En fait, le seul moyen réaliste de promouvoir dans la démocratie le contrôle des naissances en Afrique serait d’améliorer la condition féminine qui laisse fortement à désirer. La libération de la femme africaine est la clef du développement du continent africain. C’est aussi le seul moyen de prévenir la catastrophe démographique qui se profile à l’horizon – et d’empêcher les effets de serre d’exploser et donc de contenir le réchauffement climatique dans des limites raisonnables.

C’est bien parce qu’il s’agit d’une solution raisonnable et efficace que personne n’en parle. Normal.

Yves Marie Laulan
21/12/2015

Correspondance Polémia – 25/12/2015

Image : Adoption de l’accord final dans la salle plénière de la Cop21 à Paris-Le Bourget. Samedi 12 décembre 2015 Jean-Claude Coutausse pour Le Monde