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Melika Sorel Sutter

«Ce sont bel et bien des Français de souche qui ont trahi la République».

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Entretien avec Malika Sorel-Sutter

♦ Le laxisme des élites à l’égard des voyous.

Malika Sorel-Sutter, écrivain, essayiste, membre du Haut Conseil à l’intégration depuis le 4 septembre 2009 jusqu’à la dissolution de celui-ci par François Hollande le 24 décembre 2012, est Ingénieur de l’École polytechnique d’Alger et diplômée d’un troisième cycle de Sciences Po.
Elle condamne le laxisme des élites à l’égard des voyous.

« L’importance des flux migratoires, dans lesquels je range également le regroupement familial, a conduit à la reconstitution des sociétés d’origine sur le sol d’accueil. Dans ces conditions, l’intégration devient impossible… ».


Nous sommes officiellement « en guerre ». A qui doit-on, selon vous, cet état de guerre ?

C’est le résultat de quarante années de refus de regarder la réalité en face. Depuis le début des années Mitterrand, c’est sur une erreur de diagnostic que se sont basés les différents gouvernements pour fonder puis déployer un certain nombre de politiques publiques. Or, un traitement fondé sur un faux diagnostic ne peut, au mieux, que jouer le rôle de placebo ; au pire, il aggrave l’état du malade. C’est ce qui s’est produit.

L’absence de renouvellement des élites politiques et de la haute administration les a fatalement conduits à s’inscrire dans une fuite en avant. Le renouvellement aurait pu permettre d’accomplir régulièrement l’inventaire de ce qui était accompli. Il aurait aussi permis de changer de trajectoire, car il est bien plus facile de juger le bilan d’autrui que le sien propre pour des raisons assez évidentes.

Il ne faut pas non plus sous-estimer la responsabilité qui a été celle des citoyens, et pas seulement en France puisque le même phénomène s’observe dans toutes les démocraties occidentales. Certes, cela évolue et une prise de conscience est en train de se produire quant aux enjeux réels, mais il n’en demeure pas moins que ces citoyens ont en effet été tels qu’Alexis de Tocqueville l’avait anticipé lorsqu’il imaginait les périls qui guetteraient les démocraties. Ces citoyens, il les voyait formant « une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme ». Le plus important pour notre sujet, c’est qu’il avait également anticipé le fait que cela conduirait à ce que les citoyens oublient qu’ils forment une même patrie.

Tant que les Français ne se sentaient pas concernés, dans leur quotidien, eux-mêmes ou leur entourage immédiat – amis ou famille – par les conséquences des décisions politiques, ils préféraient, exactement comme l’élite qu’ils se sont choisie, faire l’autruche. Bien sûr, il n’en demeure pas moins que c’était aux politiques de veiller sur le destin de leur peuple.

On entend parfois parler de djihadistes « français »… Que penser de leur « francité » ?

Dans le drame qui frappe la France, parler de francité n’est pas suffisant, d’autant qu’une partie de ceux qui participent à cette nouvelle guerre sainte sont nés dans des familles de culture française. Ils se sont convertis pour un certain nombre de raisons qui ne sont d’ailleurs guère abordées dans le débat public. L’approche par la francité n’est certes pas à écarter, mais elle est loin de suffire. Parmi les raisons qui m’ont poussée à publier de nouveau, outre le souhait que les générations à venir ne puissent pas croire que notre époque ne savait pas, je souhaitais dire à ceux qui viendront que ce sont bel et bien des Français de souche qui ont trahi la République. Trahir la République française, ce n’était pas trahir n’importe quelle République, car la République française porte en elle la traduction de l’héritage politique et culturel du peuple français. Ensuite, il y a bien sûr la question migratoire, mais la première place dans l’échelle des responsabilités ne peut lui être octroyée, puisque ceux des migrants et de leurs descendants qui ont rejeté l’intégration culturelle, tout en acceptant de prendre les papiers d’identité français qui leur étaient offerts, n’ont fait en réalité que saisir les perches qui leur étaient tendues, là aussi, par des Français de souche.

Dans les banlieues, les écoles sont souvent attaquées. L’État islamique vient de menacer nommément les professeurs de France. Pourquoi ces cibles précises, selon vous ?

C’est bien là la preuve que les défis sont d’ordre culturel et non socio-économique comme assené par la bien-pensance, à des masses dont elles s’emploient à laver le cerveau depuis le début des années Mitterrand.

La déchéance de nationalité a été évoquée… Vous vous êtes déjà prononcée en faveur de celle-ci. Pourquoi ?

J’ai toujours dit et écrit que l’assimilation ne pouvait être imposée, car elle peut se révéler extrêmement difficile moralement et affectivement mais qu’en revanche, au vu de l’évolution d’un certain nombre de paramètres que j’avais abordés lors de mon audition par la mission parlementaire – que l’on peut retrouver sur le site de l’Assemblée nationale -, il était de la plus haute urgence de réformer un Code de la nationalité devenu totalement obsolète. En refusant de prendre en compte la dimension humaine, à savoir que l’être humain ne se réduit pas à un corps et qu’il est aussi doté d’une identité, on négligeait le fait que pouvaient se produire des phénomènes de dissonance identitaire générateurs de fortes souffrances, et que nous n’étions pas à l’abri que cela se traduise par une violence qui serait, pour les uns retournée contre eux-mêmes, et pour les autres contre la société. Tous ceux qui n’ont eu de cesse de réduire le problème à une injonction d’assimilation portent aussi une part de responsabilité dans le temps précieux qui a été perdu.

Ces élites que vous dénoncez depuis longtemps viennent d’être rappelées à l’ordre. Quel est le message que les Français ont adressé en votant massivement pour le FN ?

Après avoir tour à tour voté pour la droite pour éjecter la gauche, puis pour la gauche pour éjecter la droite, une partie des Français utilisent le vote FN pour tenter d’éjecter et la droite et la gauche qui ont gouverné alternativement, et qui portent donc, dans les faits, la responsabilité de la Bérézina. De surcroît, les partis de gouvernement, ainsi que la plupart des médias, persistent à refuser de se rendre à l’évidence, à savoir que pour une majorité des Français, le sujet politique majeur, c’est l’identité du peuple qu’ils forment ensemble. Dans l’analyse de ce qui se produit, il ne faut pas non plus oublier le contingent extrêmement important des abstentionnistes. Il suffit d’observer son évolution dans le temps pour saisir l’ampleur du divorce entre les élites politiques et le peuple.

Les populations ne vivent pas (ou plus) ensemble, beaucoup d’immigrés ne se sentent pas français… Est-ce trop tard pour agir ?

Désormais, seule l’Histoire pourra répondre à cette question.

Propos recueillis par Boulevard Voltaire.fr
23/12/2015

Source : Boulevard Voltaire.fr

Voir aussi du même auteur :
Le laxisme des élites à l’égard des voyous [archive], entretien, bvoltaire.fr, 27 mai 2013
L’immigration de masse rend impossible l’intégration… [archive], entretien, bvoltaire.fr, 28 mai 2013

Correspondance Polémia – 24/12/2015

Image : Malika Sorel-Sutter