Rubrique : Europe / A La Une


Le : 07 Mai 2010

Des attaques répétées contre la liberté d'expression

On trouvera sur le site du quotidien suisse Le Temps, à la date du 4 mai, un article sur la liberté d'expression, signé Thorbjørn Jagland, secrétaire général du Conseil de l'Europe. Ce dernier s'apitoie sur le sort d'un rédacteur emprisonné en Azerbaïdjan, mais il semble ignorer complètement que l'Allemagne et l'Autriche maintiennent en captivité un certain nombre de prisonniers incarcérés uniquement pour leurs opinions anticonfomistes sur un sujet purement historique.

On pourrait croire que M. Thorbjørn Jagland ignore tout de certaines lois libertices votées par bon nombre de pays appartenant à l'Union européenne. Un doux rêveur ?

Polémia

 

Thorbjørn Jagland, secrétaire général du Conseil de l’Europe, s’inquiète des menaces qui pèsent sur un droit fondamental garanti par la CEDH.

Le sort du rédacteur emprisonné Eynulla Fatullayev est extrêmement préoccupant. Eynulla Fatullayev est détenu depuis trois ans, sur le fondement d’accusations douteuses, par les autorités azerbaïdjanaises. Ce journaliste, lauréat du Prix international de la liberté de la presse, faisait simplement son travail. La Cour européenne des droits de l’homme a décidé le mois dernier qu’il devait être immédiatement libéré.

Dans son arrêt, la Cour dit que l’Azerbaïdjan a violé trois articles de la Convention européenne des droits de l’homme, dont l’article 10 relatif à la liberté d’expression. L’Azerbaïdjan a signé la Convention européenne des droits de l’homme en janvier 2001 et l’a ratifiée en avril 2002. A ce titre, il est juridiquement tenu d’appliquer la décision de la Cour. Il n’y a pas à discuter.

Je suis également inquiet pour l’artiste Lars Viks et le caricaturiste Kurt Vestergaard. Tous deux ont reçu des menaces de mort. Kurt Vestergaard a échappé de peu à un attentat. Ils sont la cible d’extrémistes islamistes pour avoir publié des caricatures de Mahomet et de l’islam. Ils ne sont pas en prison, mais la menace de violence qui pèse sur eux fera de leur vie une prison.

En ma qualité de secrétaire général du Conseil de l’Europe, je suis fermement convaincu que la liberté d’expression est au cœur de nos valeurs et que nos 47 Etats membres ne doivent avoir de cesse de la défendre, sans compromis ni excuses.

Alors que nous avons célébré hier la Journée mondiale de la liberté de la presse, nous voyons la liberté d’expression menacée non seulement en Europe, mais partout dans le monde. Google a quitté le marché chinois en raison des problèmes de censure. Un épisode de la comédie populaire américaine South Park a été censuré, les auteurs de la série ayant été menacés par des extrémistes islamistes en raison de la façon dont ils avaient représenté le prophète Mahomet.

2010 marque le 60e anniversaire de la Convention européenne des droits de l’homme. L’article 10 de la Convention garantit la liberté de parole et d’expression – considérée non pas comme un droit absolu, mais comme un droit fondamental qui doit être mis en balance avec les autres droits et s’accompagne de responsabilités.

Toutefois, il ne saurait être question d’interpréter l’article 10 d’une manière qui porte atteinte aux fondements mêmes de notre société. La liberté de parole et d’expression protège la liberté en Europe. Elle est l’essence même de notre identité européenne. Dans nos cultures libérales et laïques, débattre des différences est un impératif. La liberté de parole et d’expression est ce qui nous permet d’intégrer les différentes cultures, traditions, religions et convictions dans une maison commune européenne.

Nous ne pouvons autoriser les incitations à la violence et à la haine, mais je défends avec force le droit de critiquer les gouvernements, les dirigeants politiques, les religions, leurs mythes et leurs idées, tout autant que le droit des personnes de protester – pacifiquement – contre cette libre expression, que ce soit dans des articles, des émissions de télévision, des œuvres d’art ou des caricatures.

Le sort de notre démocratie est en jeu si nous acceptons des compromis sur la liberté d’expression. Sans liberté d’expression, il n’y a aucune liberté. La Journée mondiale de la liberté de la presse est l’occasion de s’en souvenir – et l’occasion d’agir.

Thorbjørn Jagland

secrétaire général du Conseil de l’Europe

Le Temps

04/05/2010

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/2de2a334-56f4-11df-a1d4-07fb7aacbc0c/Des_attaques_répétées_contre_la_liberté_dexpression

Correspondance Polémia

07/05/2010

Image : « LA LIBERTÉ NE S’USE QUE SI L’ON NE S’EN SERT PAS »

Thorbjørn Jagland

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