Rubrique :
Le : 16 Février 2008
Mars 2008 : les municipales à l'ère post-démocratique
Les résultats des élections municipales de mars 2008 seront interprétés comme un sondage géant qui servira à mesurer l'(im)popularité du couple exécutif Sarkozy/Fillon. Mais sur le terrain, il y a bien peu de débats de fond. La France vit à l'ère de l'idéologie unique et de la post-démocratie.
Explications :
1).1983 : des oppositions de fond fortes
En 25 ans, le contexte idéologique des élections municipales a profondément changé. Ainsi, les élections municipales de 1983 furent non seulement politisées mais aussi marquées par des oppositions de fond majeures entre listes de droite et listes de gauche :
- sur la fiscalité : avec une droite souhaitant la limiter et une gauche axée sur la redistribution d'aides et de services ;
- sur les services publics : avec une droite favorable aux concessions aux entreprises et aux externalisations et une gauche, plus attachée au fonctionnement en « régie » ;
- sur la sécurité : avec une droite en pointe sur la création de polices municipales et une gauche y voyant les germes d'un « fascisme » local ;
- sur l'urbanisme : avec une droite privilégiant les constructions de logements privés collectifs ou individuels et une gauche continuant de promouvoir les HLM ;
- des divergences existaient aussi sur les crèches, les écoles, les politiques familiales, les schémas de circulation et de transports.
Le choix des électeurs avait alors du sens et des conséquences.
Ces oppositions de fond, entre le couple RPR/UDF d'un côté, le couple PS/PC de l'autre, se sont ensuite progressivement atténuées en 1989, 1995 et 2001.
2). 2008 : une idéologie unique
La lecture comparée du programme pour Paris de Bertrand Delanoë (PS) et de Françoise de Panafieu (UMP) est éclairante : il est dur de trouver ce qui les distingue ; difficile aussi de comprendre quelle vision, quel projet ils ont pour la capitale. Il est même permis de douter qu'ils y aient seulement réfléchi.
Paris ne fait ici qu'exacerber une situation générale : sur fond d'abandon de toute réflexion politique, l'adhésion de l'UMP, du Modem et du PS (le PC étant résiduel) à une idéologie municipale unique.
La « gauche » a fait mouvement vers la « droite » dans deux domaines : la sécurité, d'abord, où elle s'est ralliée aux polices municipales et même à la vidéosurveillance avec, ensuite, la privatisation de la gestion des services publics ; il est d'ailleurs notable que ces derniers soient plus externalisés dans les communes y compris PS/PC qu'ils ne le sont pour des taches comparables s'agissant de l'Etat.
La « droite », quant à elle, a fait mouvement vers la « gauche » sur les sujets de société : la « mixité sociale », l'aide aux minorités ethniques (et la construction de mosquées), le soutien aux minorités sexuelles et le logement social. La loi solidarité et renouvellement urbain (SRU) a d'ailleurs retiré aux maires une partie des pouvoirs qu'ils détenaient sur l'urbanisme. Le conformisme politiquement correct faisant le reste, tout programme se doit d'être « écocitoyen » et « solidaire ».
Les listes de candidats elles-mêmes sont désormais composées comme des cocktails propres à entretenir la confusion : au nom de l' « ouverture » il y a souvent sur les listes de « droite » des hommes de « gauche » et même parfois sur les listes de « gauche » des hommes de « droites » . Quant aux« peoples », dont la qualité principale est d'être « vus » à la télévision, ils figurent sur toutes les listes de villes importantes. Il en est de même de « l'enrichissement »des listes avec des candidats issus de la « diversité » : entendez des représentants des minorités ethniques et religieuses, voire sexuelles, choisis par souci d'affichage politiquement correct et de clientélisme. La méritocratie républicaine des partis est morte. Tout comme la valorisation de l'engagement militant au sens traditionnel du terme. Place aux quotas ethniques, religieux et sexuels, place au paraître !
3). Verts et FN présents en 1989/1995, quasi absents en 2008
A côté des grandes coalitions, d'autres formations avaient été présentes et avaient souvent troublé le jeu aux élections municipales précédentes.
Les élections de 1989 avaient vu l'émergence municipale des « Verts » dont les thèmes se sont largement vulgarisés depuis.
En 2008, les Verts sont, en tant que force indépendante, quasiment absents du débat municipal en dehors de Paris, où ils peinent à exister, bien que l'essentiel de ce qui restera (en bien ou en mal) du premier mandat de Delanoë leur soit dû.
Quant au Front National, il s'est municipalement affirmé, dès 1989, et les élections de 1995 ont été marquées par sa très grande présence (plus de 400 listes), des scores moyens importants et la conquête de trois villes (Toulon, Marignane, Orange), suivie en 1997 de celle de Vitrolles.
Or en 2008, le Front National s'apprête à n'avoir plus qu'une présence marginale aux élections municipales, faute de volonté et de capacité à constituer des listes. Bien qu'elle soit couramment avancée, l'explication par le manque d'argent n'est pas la bonne, puisque, en 1989, il n'y avait alors quasiment pas de financement public et qu'en 2001, le MNR, qui se heurtait à des difficultés financières majeures, avait, malgré tout, réussi à être présent dans près de 200 communes. Plus que ce que le Front National est en mesure de faire aujourd'hui.
4). Les Verts et le FN : victimes contraires de la tyrannie du consensus
Paradoxalement, Verts et FN sont l'un et l'autre, mais pour des raisons différentes, victimes de la tyrannie du consensus.
Les Verts sont électoralement pénalisés par le consensus mou sur l'écologie : tout le monde étant désormais d'accord sur une adaptation à la marge, souvent plus cosmétique que réelle, des politiques aux préoccupations écologiques, les Verts ont perdu leur espace propre et, tous leurs concurrents étant devenus écolos, ils manquent désormais d'oxygène électoral.
La situation du Front National est voisine mais pour des raisons radicalement différentes. Le parti de Jean-Marie Le Pen est victime du consensus dur imposant un interdit croissant sur les questions d'identité.
Certes, sa faiblesse a aussi des causes internes : l'usure de Jean-Marie Le Pen, les ambiguïtés de sa fille qui se prépare à assurer sa succession et l'incapacité (ou l'impossibilité) à transformer en actions positives les résultats électoraux obtenus...même lorsqu'ils sont bons. Ainsi la crise du Front National est clairement liée à l'absence de perspectives et d'espérances. Mais ces causes internes ont aussi des causes externes, la négation de la réalité par les forces et les médias dominants : le problème de l'immigration est plus que jamais occulté et n'est jamais étudié de manière rationnelle. Un sondage publié par le Parisien du 1e février 2008 illustre ce phénomène. A la question « quelles devraient être les principales priorités du maire de Paris » (quatre occurrences pouvant être choisies parmi 16 proposées) les réponses sont les suivantes :
- en 1 (avec 46 %) : l'accès au logement
- en 15 (avec 10 %) : l'immigration
- en 16 (avec 3 %) : les constructions de tours de plus de 37m.
Admirable incohérence de la démocratie des sondages où le sondé répète ce qu'il entend dans les médias. Car avec 120 000 permis de séjours délivrés en 2007 par la préfecture de police, l'immigration est la principale, sinon l'unique, cause du retour de la crise du logement en Ile de France ; seul un arrêt radical de l'immigration permettrait de faire face aux besoins de logements, sauf à ériger des tours sur tout le périmètre du boulevard périphérique.
Mais cette démonstration arithmétique simple étant politiquement incorrecte ne peut être entendue. D'ailleurs tout ce qui est médiatisé échappe de plus en plus au raisonnement : parce que les télévisions, les radios et les journaux privilégient l'émotion sur la réflexion et que l'argument logique risque parfois d'aboutir à des conclusions jugées inacceptables émotionnellement ou idéologiquement.
5). Mars 2008 : un résultat dépourvu de conséquences pratiques
En 2001, ceux qui se réclament aujourd'hui de l'UMP avaient gagné une trentaine de villes. L'insatisfaction de l'opinion vis-à-vis du gouvernement et surtout le désamour d'une partie de ses partisans pour Nicolas Sarkozy, démobiliseront sans doute beaucoup d'électeurs UMP. Des villes UMP – 15, 20, 30, 40, 50, 60 ? – risquent ainsi de basculer vers le PS. Banal mouvement de diastole/cistole qui aura sans doute des conséquences sur l'image de l'exécutif présidentiel mais…bien peu sur la vie des communes concernées.
Car la classe politico-médiatique, au service de l'idéologie dominante et de la superclasse mondiale, s'adresse ainsi aux électeurs : « Votez, nous ferons le reste ». La France est entrée dans l'ère post-démocratique
Polemia
07/02/08
NB Bien entendu cette analyse est générale. Elle ne prend pas en compte les affrontements purement locaux et souvent « clochemerlesques » de certaines élections municipales, ni les vrais enjeux de fond qui sont parfois posés comme à Strasbourg, à Nice ou à Versailles.
Aidez nous à vivre libre, versez un don (66% de déduction fiscale)
Imprimez ce document


