Rubrique : Société


Le : 02 Février 2005

Immigration : le leurre des quotas

En reposant (comme Charles Pasqua l'avait fait il y a quelques années) la question des quotas d'immigration, Nicolas Sarkozy trouve une occasion de faire parler de lui : en heurtant l'opinion, sans heurter les faiseurs d'opinion.

Il peut d'ailleurs faire valoir que son propos s'inscrit dans la même logique que les réflexions de la Commission de Bruxelles estimant utile de définir une politique européenne commune d'immigration à base de quotas.

Avec un argument fort : compenser par une main d'œuvre jeune venue d'ailleurs, les vides démographiques des populations européennes qui vont se faire fortement sentir dans les décennies à venir.

Toutefois si les creux démographiques futurs de l'Europe sont incontestables, il n'est pas certain que l'immigration de main d'œuvre soit la seule manière d'y faire face.

Trois autres formes de gains de production ou de productivité sont possibles :
1. la diminution du volant de chômage en puisant dans les réserves de main d'œuvre inutilisées, de l'ordre de 10% en France ;

2. l'allongement de la durée du travail, notamment en différant l'âge du départ à la retraite ;

3. les délocalisations consistant à faire effectuer des tâches à l'étranger à un moindre coût et permettant de compenser par la même un manque de main d'œuvre éventuel.

Surtout, l'idée qu'il faudrait des « quotas d'immigration » pour faire face aux besoins de l'économie ou aux vides démographiques suppose que l'immigration soit arrêtée : or tel n'est pas le cas. Jamais les flux migratoires à destination de la France ou de l'Europe n'ont été aussi forts. Tout simplement parce qu'aujourd'hui le mode normal d'immigration, c'est l'immigration irrégulière : c'est-à-dire l'entrée avec un visa de tourisme, suivie de l'installation dans le pays d'accueil, soit par régularisation à posteriori, soit par maintien sur place comme clandestin inexpulsable - de jure ou de facto.

Cela signifie que la question des quotas mériterait peut-être d'être posée, si le problème de l'immigration subie avait été préalablement réglé. Manifestement, tel n'a pas été le cas, ni par Nicolas Sarkozy quand il était ministre de l'intérieur (173 000 entrées légales ou légalisées en 2003), ni par ses autres collègues européens d'ailleurs.

Pour qu'il y ait « une immigration choisie » par les pays d'accueil, encore faut-il que ceux-ci aient la capacité et la volonté de refuser l'immigration qu'ils ne souhaitent pas : il est clair que ces conditions ne sont pas remplies aujourd'hui.
La question des quotas d'immigration est donc un leurre destiné à camoufler l'échec des politiques publiques dans ce domaine et à détourner l'opinion de l'essentiel.


Guillaume Benec'h
20/01/2005
© POLEMIA

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